Nadia Matoub nous parle de Lounès

Nadia Matoub, nous a accordés un entretien que nous livrons à nos internautes, en ce jour anniversaire de Lounès.

Le maire de Montrouge a décerné une médaille d’honneur, à titre posthume, à votre époux , qui vous a été remise, que pensez-vous de cet hommage ?

Nadia Matoub : En premier lieu, je suis satisfaite pour Lounès, de l’honneur qui lui a été rendu par la municipalité de Montrouge, que je remercie d’avoir honoré le grand homme qu’il est.Retour ligne manuel
Je suis très émue de l’hommage significatif que l’on a rendu à Lounès ; qui est un acte riche de sens de recevoir cette médaille en son nom.Retour ligne manuel
Je suis très touchée par le fait qu’elle me soit remise, c’est pour moi une certaine reconnaissance de mon existence en ma qualité de veuve. À onze jours du 51ème anniversaire de sa naissance, on ne peut que se réjouir de cet hommage. Je tiens à remercier Monsieur Jean-Loup Metton en notre nom Lounès et moi, ainsi qu’au nom des Kabyles qui se battent pour leurs droits élémentaires.

Les politiques Français en l’honorant officiellement se rendent compte de son sacrifice et de la légitimité de la cause qu’il défendait, comment le décririez-vous ?

Nadia Matoub : Lounès, homme de conviction de lutte et d’action, n’a jamais abdiqué devant le danger a porté et continue à porter les revendications les plus nobles auxquelles chacun de nous aspire.Retour ligne manuel
Lounès est un homme de probité, un homme libre et juste, il mérite et que sa valeur universelle soit connue et reconnue.

On vous voit très rarement lors des cérémonies concernant Lounès pourquoi ?

Nadia Matoub : Il est vrai que je suis habituellement informée par le biais de la presse, ou des radios. Même si cela me fait un petit pincement au cœur, le principal à mes yeux est qu’on illustre mon mari. Ce qui prime c’est que l’on immortalise Lounès, c’est l’essentiel pour moi.

Fêtait-il habituellement son anniversaire ?

Nadia Matoub : Le 24 janvier 1998 beaucoup de personnes l’ont appelées pour le lui souhaiter et nous avons passé une soirée joyeuse. Retour ligne manuel
En fait, nous n’avions pas besoin d’une date précise pour fêter quelque chose, son anniversaire ou le mien, nous avions l’habitude de fêter chaque journée passée ensemble.

Comment se passaient ces journées ?

Nadia Matoub : Lounès a vécu des drames, je comprends après ce qui m’est arrivé, qu’un jour on peut se sentir bien, un autre moins bien et parfois ne pas se sentir bien du tout.Retour ligne manuel
S’il se levait en se sentant très bien une journée magnifique nous était promise. Lorsqu’il était content on l’entendait rire dans toute la maison, il cuisinait, on passait de longues soirées qui duraient jusqu’au petit matin.

Sortiez-vous beaucoup ?

Nadia Matoub : En hiver nous ne sortions pas beaucoup, on aimait rester au chaud chez nous, nous sortions plus avec l’arrivée des beaux jours.

Quand composait-il ? Avait-il toujours des idées et les notait-il ?

Nadia Matoub : Il disait que c’était la souffrance qui l’inspirait, et qu’étant pleinement heureux avec moi, l’inspiration ne venait pas aussi facilement. Retour ligne manuel
Il a écrit 23 textes inédits pendant son séjour à Paris, à l’occasion de l’enregistrement de son dernier album.

Quels étaient les projets de Lounès, avant d’être lâchement assassiné ?

Nadia Matoub : Il avait beaucoup de projets, celui qui lui tenait le plus à cœur était d’avoir un enfant, il voulait qu’on ait un enfant ensemble, il voulait aménager une chambre pour les enfants que nous souhaitions. Il était tellement content à l’idée d’avoir un enfant. Sachant sa vie menacée, il y a des moments où il se disait que sans doute cela ne lui arriverait jamais.

Il voulait installer un studio d’enregistrement au rez-de-chaussée de notre maison, afin d’aider les jeunes talents Kabyles.

Il a énormément chanté la mort, lui est-il arrivé de vous en parler ?

Nadia Matoub : Lounès était conscient des menaces qui pesaient sur lui, penser à la mort faisait parti de ses réflexions quotidiennes. Il était très sensible et sans doute sentait-il la mort. Lorsqu’il abordait ce sujet, je ne faisais que l’écouter. Une fois alors qu’il m’en parlait, je lui ai répondu, « de toute façon nous mourrons ensemble », il m’a dit en français « il faut vivre pour moi ».

Depuis le décès de Lounès, que ressentez-vous ?

Nadia Matoub : Je souffre de son absence. Il m’arrive de me sentir très seule, même si je suis entourée par ma famille. Dans les moments de désespoir, le fait de ressentir sa présence autour de moi, m’apporte un certain réconfort. Cela va faire neuf ans qu’il a disparu, je me suis insurgée et je m’insurge encore, je suis à la fois pleine de colère et de douleur, face à l’intolérable impunité dont jouissent, à ce jour, les assassins de mon époux. Je suis confiante, je suis convaincue que la « justice » finit toujours par triompher.

L’âme de Lounès et celle de ses compagnons de combat, nous interpellent. Afin que l’on puisse, nous, avancer et mériter de leur succéder, justice doit leur être rendue.

Propos recueillis par Marie K. en janvier 2007.

 

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