Non Monsieur Sifaoui, la Kabylie n’est pas une province de la péninsule arabique

Mercredi 20 juin 2012. Invité, aux côtés d’Antoine Sfeir, Souhayr Belhassen et Robert Solé, dans l’émission « C’est dans l’air » présentée par Yves Calvi sur France5, à décrypter l’actualité tourmentée dans les pays arabes en général et, plus particulièrement, dans les 02 pays, la Tunisie et l’Égypte, qui sombrent peu à peu dans l’obscurantisme islamiste, après une année et demi de la soi-disant « révolution arabe » (*)

Mohamed Sifaoui qui, pour fuir l’islamisme en Algérie durant les années 90, s’est installé en France où il s’est illustré dans une opposition étriquée à l’islamisme allant jusqu’à reprendre à son compte les arguments de la mouvance intégriste qui consiste à étiqueter le moindre parallèle fait entre l’intégrisme islamiste et l’islam, d’acte « islamophobe » ; un concept inventée, rappelons-le, par l’Ayatollah Khomeiny et mis à la « mode » par l’hypocrisie de la classe politique occidentale, gauche/droite confondues, notamment en France où la chasse aux voix des communautés essentiellement originaires d’Afrique du Nord et les intérêts dans les marchés énergétique et autres dans les pays arabo-musulmans, auront, tour à tour, estropié le socle laïque et les principes démocratiques dont la liberté d’expression au sens le plus large n’en est pas des moindres. Ainsi, la démocratie et la laïcité version Sifaoui & Cie, sont tout bêtement des cadres permettant certes de critiquer la violence mais jamais la source, supposée ou réelle, de telle sorte qu’en définitive, il est quand même effarant que Sifaoui tout comme certains politiques français soient sur la même longueur d’ondes concernant le fait de qualifier toute critique à l’encontre de l’islam et de son dogme, comme une provocation « islamophobe », voire raciste, ce qui est le comble de l’absurdité puisque l’islam est une religion et non une race, par conséquent, la fameuse loi, véritable tombeau pour la liberté d’expression, visant à pénaliser le « délit de blasphème » que les islamistes, de part le monde, tentent d’imposer partout à travers les instances onusiennes, sans qu’aucune voie musulmane ne s’y oppose, fait l’unanimité par la grâce du sacro-saint politiquement correct qui a pignon sur rue en Occident.

Ceci n’étant pas le propos, encore moins le pire dans les postures ambiguës de Sifaoui, en revanche, ce qui a motivé cet article-réaction est la conclusion, pour le moins, impertinente qu’il s’est permise au terme de l’émission ; un grave dérapage qu’il serait difficile de mettre sur le compte de l’ignorance de la réalité culturelle, linguistique, sociétale, historique et politique des peuples berbères du sous-continent nord-africain et de la Kabylie en particulier. A Yves Calvi qui lui demande, en allusion aux événements sanglants d’octobre 1988 et à la pseudo ouverture démocratique qui s’en était suivie et qui aura produit le génocide islamiste des années 90 (200.000 morts… qui se poursuit encore), si le « printemps arabe » n’aurait pas commencé en Algérie, Mohamed Sifaoui, en bon produit du système algérien, lâche : « Incontestablement, le printemps arabe a commencé avec le printemps berbère en Kabylie ».

Assimiler le Kabyle à l’Arabe dans une tentative de dilution du premier dans le second a été, depuis toujours, le recours systématique du régime algérien et de tous les tenants de l’arabo-islamisme pour mépriser et réduire à un folklore d’origine arabe toute expression du berbère en général et du Kabyle en particulier. Ensuite, oser l’inconcevable parallèle entre, d’un côté, le printemps de Kabylie (1980), plus connu sous le vocable de « printemps berbère » et, de l’autre côté, ce qui est appelé « printemps arabe », [1] c’est faire injure à la Kabylie qui s’est soulevée, sans équivoque, contre l’idéologie arabo-islamiste, pour son identité, sa langue et sa culture qui n’ont rien à voir avec l’arabité et l’islam, étant ante-invasion des armées arabo-musulmanes de l’Afrique du Nord, pour une démocratie majeure, un état de droit, une égalité des sexes et pour une laïcité évidente… en somme, des revendications et des aspirations que porte la Kabylie depuis, au moins, la création du mouvement nationaliste algérien en 1926, confirmées à maintes reprises, notamment durant la crise anti-berbériste de 1949, esquissées dans la plate-forme de la Soummam en 1956, [2] assumées lors du « printemps 1980 », consolidées par la singularisation de la Kabylie par son vote systématique en faveur des mouvements porteurs (ou supposés l’être) de ces mêmes valeurs et, enfin vérifiées dans le sang lors du « printemps noir » de Kabylie en 2001 qui s’est soldé par 126 morts, des milliers de mutilés à vie et des Sifaoui par millions qui n’avaient rien vu, rien dit…

Allas DI TLELLI

(*) Lire ma réaction à chaud au soir même de la chute de l’ex dictateur tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali

Notes

[1(Un « printemps arabe » qui a toutes les chances de s’avérer n’être que la confirmation du séculaire hiver musulman ; somme toute logique dans des sociétés qui croulent sous le fardeau d’une religion passéiste, misogyne, qui ne conçoit de liberté qu’en parfaite adéquation avec ses préceptes et, fait aggravant, qui se décline en véritable système de gestion politique, économique, sociale…

[2(Extrait de la plate-forme de la Soummam (Annexe II) :

« C’est une révolution organisée et non une révolte anarchique. C’est une lutte (…) pour détruire le régime anarchique de la colonisation et non une guerre religieuse. C’est une marche en avant dans le sens historique de l’humanité et non un retour vers le féodalisme.

C’est, enfin, la lutte pour la renaissance (…) sous la forme d’une République démocratique et sociale et non la restauration d’une monarchie ou d’une théocratie révolues. »

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