Non rien de rien, ils ne regrettent rien

Les besoins doivent être distingués des envies. Comprenez par vous-mêmes avec l’exemple suivant : j’ai besoin de partir en vacances / j’ai envie de partir en vacances. Dans le même registre et malgré les abus de langage, la volonté est une chose, et le désir en est une autre. Le philosophe Edmond Globot (1858-1935) sur la différence entre volonté et désir : « Le désir est un attrait que l’on subit, la volonté un pouvoir que l’on exerce. » Au sens moral, faire preuve de volonté ou avoir de la volonté implique de la ténacité, c’est-à-dire de la détermination (ou résolution) et de la persistance (ou constance), dans une succession d’actions poursuivant un même objectif. Il s’agit d’un effort personnel à fournir, d’une certaine « force de caractère ». Vouloir ou désirer ? Au sens moral, il semblerait que le désir soit associé à une attraction passive incontrôlable vers un objet.

Je te désire…

Quand une personne aime la vie et la vérité, alors en toute logique, elle veut en son for intérieur devenir absolument vivante et vraie. À l’inverse, quand une personne aime la mort et le mensonge, alors en toute logique, elle désire en son for intérieur devenir absolument morte et fausse.

D’un point de vue mystique, l’Inconscient voile la plus profonde motivation du cœur, la motivation unique : soit la volonté essentielle de se fondre dans la vie, soit le désir essentiel de se fondre dans la mort. Apprendre à compter jusqu’à un ou apprendre à décompter jusqu’à zéro ? La problématique est binaire comme le langage binaire, conformément au deux instincts fondamentaux admis par Freud : l’instinct de vie et l’instinct de mort. Soit on est « un », soit on est « zéro ». Ou comme disait les anciens parisiens dans leur langage de rue, derrière tous les déguisements et travestissements sociaux qu’on s’impose ou qu’on nous impose pour survivre : « on y est ou on y est pas », équivalent sans doute du « to be or not to be » attribué à William Shakespeare. Ainsi, ce qui en premier définit les hommes et les femmes, c’est leur racine énergétique. Cette racine est un ou zéro.

La distinction fondamentale entre les êtres humains et les humains est plutôt simple à comprendre (le mot humain provient de humus). En leur for intérieur, les êtres humains veulent répandre la vie autour d’eux et en eux, et ils éprouvent un profond sentiment de dégoût lorsqu’ils sont contraints à côtoyer des individus cadavériques. À l’inverse, les êtres humains qui perdent leur « être » deviennent des humains, marionnettes-girouettes en décomposition morale plus ou moins lente dont la phase terminale a pour nom « zombification ». En leur for intérieur, les humains désirent répandre la mort autour d’eux et en eux, et ils éprouvent aussi un profond sentiment de dégoût lorsqu’ils sont contraints à côtoyer des individus plein de vie et de bonheur. Un mystique habitué à traîner dans les souks dirait plutôt qu’un pois chiche pourri ne pourra jamais s’empêcher de pourrir les pois chiches frais qu’il côtoie.

L’être humain veut répandre la vie parce qu’il a la volonté essentielle de se fondre dans la vie. Des envies peuvent éventuellement voiler temporairement cette volonté, mais en fin de compte rien ne peut la détruire. Ses besoins sont vitaux. Ils dérivent de son indestructible volonté essentielle, et ils finissent toujours par dominer ses envies, puisque celles-ci ne se gravent pas véritablement dans son esprit. Cette domination suppose une capacité de recul par rapport au miroir narcissique, de distanciation par laquelle les envies ressenties peuvent être véritablement évaluées en fonction de choix moraux vitaux à court, moyen ou long terme. Le vivant est ainsi dans l’instant présent rattaché à la véritable éternité.

À l’inverse, l’humain veut répandre la mort parce qu’il a le désir essentiel de se fondre dans la mort. Des besoins peuvent éventuellement voiler temporairement ce désir, mais en fin de compte rien ne peut le détruire. Ses envies sont mortelles. Elles dérivent de son indestructible désir essentiel, et elles finissent toujours par dominer ses besoins, puisque ceux-ci ne se gravent pas véritablement dans son esprit. L’humain est égocentré, et le zombi est parfaitement égocentré. Le premier a encore quelques acquis moraux et sociaux qui l’empêchent de sombrer trop vite vers Zombi Land. Le second est un ego sur patte. Il n’a plus aucune capacité de recul par rapport au miroir narcissique, de distanciation par laquelle les envies ressenties peuvent être véritablement évaluées en fonction de choix moraux vitaux à court, moyen ou long terme. Il est dans l’instant présent complètement détaché de la véritable éternité. En d’autres termes, son présent est sa seule éternité. Il n’a donc pas peur d’une quelconque punition céleste puisqu’il n’a plus du tout conscience de l’écoulement du temps autour de son corps et à l’intérieur de son corps. Il peut torturer, tuer, violer, voler, humilier, imposer sa religion par la terreur, assassiner les apostats, ou réduire à l’esclavage sans que sa conscience ne proteste, car il n’a plus les moyens psychiques nécessaires pour entrevoir que la véritable éternité passe nécessairement par un rééquilibrage de toutes choses, et que ce rééquilibrage implique obligatoirement le jugement de tous les actes et de toutes les paroles perpétrées dans l’univers.

L’humain a commencé à devenir son propre dieu au moment où il a imité Narcisse s’enfonçant un poignard dans la poitrine. En son for intérieur, il a commencé à ne plus avoir peur d’être jugé puisqu’il y est devenu son propre juge. Avec le temps, toutes les barrières psychologiques qui atténuent ce mensonge s’effondrent lentement mais sûrement, puis lorsque la dernière barrière tombe… l’humain devient un zombi. Il devient parfaitement son propre dieu. Son nom devient « Ego sans Écho ». Et il existe tellement de dieux dans lesquels l’ego s’emboîte parfaitement… Les gourous de tous les continents l’ont compris depuis très longtemps. L’éternité qu’ils vendent à leurs brebis, chameaux et autres animaux d’élevage ne ressemble à rien. C’est la raison pour laquelle elle se vend si bien.

Jacko

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