Où sont donc nos dignes Kabyles ?

À la vue d’un grand Z (symbole de berbérité) sur les murs et les portes des habitations, sur les tables des écoles, et même sur les sièges des bus, on croirait que les Kabyles s’attachent très profondément à leur culture et leur langue ; qu’ils sont prêts à donner ce qu’il y a de meilleur en eux pour que ces deux piliers de leur identité se renforcent.

Détrompez-vous, les Kabyles n’aiment en tamazight que son symbole qu’ils implantent partout et agitent par occasion comme un épouvantail pour signaler leur simple présence aux gens qui les entourent.

Je suis sûr qu’à la lecture de ce paragraphe, beaucoup de Kabyles, m’accusant d’être un anti-amazighiste, sursauteront de colère. Or, je ne fais que dire la vérité, toute la vérité.

Si les Kabyles étaient réellement fiers de leur amazighité, ils auraient contribué à l’épanouissement de ce qui forme l’âme de l’identité de tout un peuple, à savoir la langue et la culture. Jetez un simple coup d’œil dans les librairies et vous verrez qu’elles sont pleines à craquer des ouvrages sur et/ou en tamazight, mais que presque personne n’achète ne serait-ce que pour encourager leurs auteurs. L’argument selon lequel les livres sont trop chers ne justifie nullement cette abstention, puisque des sommes encore plus importantes sont quotidiennement gaspillées dans des activités de moindre importance, comme la tchatche dans les cybercafés, ou pire encore dans l’achat des cigarettes et autres produits non nécessaires.

De nos jours, certains auteurs ont même eu recours aux disques compacts pour publier leurs ouvrages (recherches linguistiques, dictionnaires, nouvelles, etc.) Hélas, même à 50 DA le CD-Rom, presque personne n’ose les acheter, pas même ces enseignants qui se sont un jour reconvertis « par conviction ! » en profs de tamazight.

Et nos milliardaires, pourquoi n’investissent-ils pas dans l’industrie du film amazigh ? Ils auraient pu contribuer à la préservation et surtout à la diffusion de la culture et de la langue berbères. La Kabylie a enfanté des cinéastes et des comédiens de talent qui, malheureusement par manque d’argent, se limitent à des courts et moyens métrages sans lendemain ou, pis encore, laissent leurs projets mourir à petit feu dans leurs tiroirs.

Si, au moins à chaque commémoration du 20 avril, au lieu de s’investir dans l’érection des monuments et autres stèles commémoratives souvent inutiles et très coûteuses, on déboursait une toute petite somme d’argent pour l’achat des ouvrages écrits en et/ou sur tamazight, on rendrait un énorme service à celle-ci.

Pour finir, il est important de rappeler que tamazight ne se maintiendra pas en vie et ne se développera jamais à coût de simples graffitis sur les murs, et encore moins au prix de slogans creux du genre « Anwi wigi ? D-Imazighen ! ».

Messaoudi Djaafar

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