Partis de l’opposition « démocratique » en Algérie

Analyse critique de la mouvance démocratique

Il faut arrêter le temps, changer le peuple et entamer une nouvelle manière d’être. Telle est, pour le citoyen algérien, déçu et vidé de son optimisme légendaire, l’unique voie de sortie pour que notre pays puisse retrouver la direction du progrès et de l’émancipation. Ce summum de désespoir est loin d’être synonyme de son abdication devant le système qui lui apparaît finissant bien que résolument accroché à son pouvoir. L’atomisation et la passivité de la société seraient plutôt dues aux reniements et au calquage du fonctionnement des institutions décrié et condamné par tous, par une classe politique qui s’enlise d’année en année dans une « normalisation » effarante. Les autres mouvances (islamiste, conservatrice, arabo-islamiste, clientéliste) étant délétères pour la démocratie, les partis politiques de la mouvance démocratique semblent, quant à eux, incapables de faire leur propre mutation pour dépasser leurs archaïsmes et instaurer en leur sein une véritable démocratie interne qui, faudrait-il le reconnaître, est quasi absente de ces structures devenues de simples appareils sans projection réelle dans la société.

Il est pénible en effet pour n’importe quelle plume démocratique de rendre public les tares (pas toutes) de partis que nous aurions aimés voir ne pas dévier de leur socle démocratique pour jouer sur la corde raide des flans démocratistes. Ce n’est guère de gaieté de cœur, quoi qu’on dise d’ailleurs, que la responsabilité éthique nous impose d’aborder enfin la réalité peu reluisante du fonctionnement de ces partis démocrates qui, à leur insu ou de gré, n’ont fait que reproduire le schéma du parti unique pour nous retrouver avec un multipartisme décousu et trompeur. Un multipartisme fait de plusieurs partis uniques en fait. Et pour cause : les exemples sont nombreux d’opposition ou de différents internes qui aboutissent systématiquement à l’exclusion sans jamais en rendre public les raisons. Aussi, quand des réflexions critiques, des rapports et autres écrits sont produits par des militants de la base et transmis à qui de droit, souvent au président du parti, sans jamais arriver à bon port et quand ces correspondances arrivent à destinations par on ne sait quel miracle, l’on se demande si les destinataires ont daigné une lecture, serait-elle furtive, puisque aucune suite ne vient, au moins, en rassurer le destinateur. Du coup, ce sont autant de digues à ce genre d’audaces qui finissent par abdiquer devant une fatalité qui est celle de se rendre enfin à l’évidence que la communication est rompue quelque part en partant de la base vers le sommet et qu’à l’évidence, il n’y a pas plusieurs choix mais uniquement un dilemme : où céder à sa déception et au sentiment d’impuissance et abandonner complètement ses illusions politiques, ou tenter de se faire entendre en empruntant, par la force des choses, la voie médiatique ; porteuse de risque d’être incompris, d’être suspecté et d’être poussé vers la sortie comme un obscur lampiste. Comme au FLN donc, on ne badine plus avec l’acquiescement dans nos chapelles démocratiques.

Ainsi, loin de regretter le « départ » de certains ex-cadres qui se sont avérés, soit des serviteurs zélés du pouvoir comme l’actuel double responsable de la maison de la culture et de la direction de la culture de Tizi-Ouzou et son ministre de tutelle, ou encore ce transfuge dont la récompense, un journal de proximité qui ne s’encombre même pas de décence pour étaler son lèche-bottisme au prince du moment…, soit des ego machistes démesurés pris dans le tourbillon de leur mégalomanie comme c’est le cas de ce « chef » autonomiste qui, gageons qu’il le restera, lui aussi, pour la vie ! … la base militante en est donc tenue à ce jour dans l’ignorance des véritables raisons qui ont amené à ces exclusions. En conséquences de quoi, le doute s’installe d’autant plus que ces ex, fort de cette opacité ou du moins, de cette carence en communication, se présentent souvent dans la peau de « victimes d’un abus d’autorité ». Cette manière traditionaliste, c’est-à-dire archaïque de traiter les litiges s’est profondément ancrée, semble-t-il, dans les us de ces partis. Et pour cause : en 2009 encore, un député et néanmoins ex vice-président de son parti a profité de cette déficience flagrante pour prendre tout un parti politique au dépourvu en saisissant très vite les médias par un communiqué laconique qui s’apparente, à s’y méprendre, à ce mécanisme vieux comme le monde qui fait qu’un voleur s’empresse de crier au vol pour passer inaperçu. Mieux, ce député qui percevra toujours, comme tous ses pairs, ses 30 millions de centimes mensuels et continuera de jouir de ses multiples privilèges, a lui-même rendu public sa convocation en conseil de discipline qu’il justifie par un hypothétique acte de « bravoure » dont il se serait rendu coupable vis-à-vis de son président qui, selon lui, voulait se débarrasser des cadres hostiles à sa participation à la farce électorale d’avril prochain. L’opinion, déjà tournant le dos à cette présidentielle injurieuse, semble être très réceptif à ce genre de rhétorique et d’arguments opportunistes tandis que le désormais ex parti du toujours député, se confinant dans des silences et des non-dits étranges qui entrent, dit-on, dans le cadre d’une toute aussi étrange stratégie de communication pour, paraît-il, « ne pas répondre à la provocation en refusant d’être entraîné dans des polémiques sans intérêts », se retrouve acculé de toute part et mis en demeure de se justifier… comme à l’accoutumée. Autre élément aggravant, le rejet patent de la prochaine présidentielle par la base militante qui s’est déjà dessinée dès le changement intervenu à desseins à la tête du gouvernement, en juin dernier, comme le démontre la rubrique « les questions du mois » visible sur le site officielle de ce parti, qui continu quand même d’entretenir inutilement le suspens quant à son boycott quasi certain, ouvrant ainsi la porte large aux spéculations dont les répercussions négatives risquent de s’avérer plus nuisibles que prévu et ce, quelque soit la position adoptée.

Parallèlement à cet amateurisme désarçonnant, on continu dans l’autre parti de produire de l’inculture politique par une médiocrité juvénile, pure produit de l’école fondamentale algérienne, intronisée par la grâce des beaux-parents et néanmoins gourous du chef omnipotent qui, bien que complètement sénile et loin du terrain, est invariablement encensé et glorifié entre deux outrages rendant compte d’une insolence systématique à l’égard de l’auteur de « L’échec recommencé », qui n’a d’égale que l’admiration inconsciente vouée à ce dernier par son novice détracteur et qu’un double désir pathologique de se mesurer à lui. Ainsi, entre deux saignées de cadres, on s’étonne presque qu’on ait pu arriver aussi vite au sommet avec zéro expérience, zéro compétence, zéro analyses ou produits de réflexion … juste une épouse dénichée parmi les décideurs de l’ombre qui ont la main mise sur leur appareil partisan.

En matière de politique et comme un mauvais élève, on prend de vieux errements, on les maquille et on recommence à ressasser. Ainsi, de l’alliance de Londres en 1985 jusqu’à celle, récente, dite « des trois personnalités » dont la crédibilité laisse à désirer, en passant par celle de 1991 « des trois fronts », la dérive de 1995 à Sant Egidio qu’on continu toujours de présenter grossièrement comme un haut fait d’arme au moment où tous les signataires, dont les véritables bénéficiaires qu’étaient les islamistes du FIS, ne s’en réclament plus, on est arrivé à un tel point de désorientation où l’identité politique ne constitue guère qu’une coquille sans contenant. Le militant de base se retrouvant sans repères solides, verse dans l’invective fratricide quand il ne coulisse pas carrément vers l’intégrisme « soft » sans éprouver le moindre sentiment d’incompatibilité, encore moins de culpabilité.

En revanche et revenant au phénomène de « purge », s’agissant d’autres situations, il est difficile de retenir l’unique explication en vogue qui prend systématiquement le raccourci de mettre sur le compte de manipulation du pouvoir qui aurait manipulé ces “oppositions internes” et que la “vigilance du parti” aurait réussi à neutraliser. Si des cas pourraient se retrouver dans ce schéma, à l’image de ceux qui ont bénéficié qui d’un journal, qui d’une promotion socioprofessionnelle, qui de la gestion d’un ministère … c’est loin d’être le cas des cascades de “démissions” ou « d’exclusions » qui ont jalonnées la vie, pourtant si courte, de notre opposition démocratique. Leur éloignement toujours grandissant du quotidien du citoyen est, en partie, la résultante de cette saignée car, le nombre de militants anonymes qui se sentent dépités et qui tournent quotidiennement le dos au militantisme structuré sans faire de bruit représente la véritable saignée qui devrait préoccuper tout un chacun.

D’autres raisons existent en effet et qui expliquent ce processus d’affaiblissement allant crescendo des partis d’une mouvance démocratique difficilement définissable. Loin de se vouloir exhaustive, cette approche critique citerait l’absence de l’alternance qui flirte avec le culte de la personnalité. Il n’est pas question ici de remettre en cause la compétence et les valeurs intrinsèques d’un Sadi par exemple, mais de là à monopoliser la présidence de son parti sans alternance durant près de 20 ans, cela n’est pas sans soulever des questions d’éthique et de démocratie réelle et c’est la porte ouverte au scepticisme. Ainsi, El Hachemi Cherif n’a pu céder les règnes de son mouvement qu’en trépassant, laissant sa maison politique dans une pagaille indescriptible. Que dire d’un Aït-Ahmed qui, bien qu’établit définitivement en terre helvétique, continue de régner sans partage, à travers ses cousins et néanmoins beaux-parents de l’actuel premier secrétaire, en véritable monarque, sur son parti et ce, depuis 1963 ! Ne pas se poser de questions en de pareilles situations, c’est participer à la consolidation de la culture de l’unanimisme qui est aux antipodes de l’intelligence et donc, de la démocratie tout court. A plus forte raison que dans un système interne respectant l’alternance, le premier responsable n’étant pas forcément présidentiable, cette qualité pouvant toujours être léguée à ces personnalités en cas d’élection présidentielle crédible.

L’argument auquel on recourt souvent pour justifier cette anomalie c’est le «  plébiscite souverain des militants de la base qui auraient voté “unanimement” pour le même président lors des congrès ». Un peu à la manière du régime algérien qui, depuis 1962, recours à cet artifice pour expliquer son maintient permanent au pouvoir, les partis de la mouvance démocratique versent dans ce vocabulaire populiste pour expliquer l’indétrônabilité non seulement d’un président du parti mais souvent, même celle de certains membres influents de la direction qui, malgré l’arrivée de nouvelles compétences, continuent de jouir d’une légitimité tantôt “historique”, tantôt “enfant-de-chahidiste” tantôt carrément “claniste” ou “consanguine” qui sont autant de « qualités » requises pour se voir admis dans le cercle du personnel du pouvoir algérien.

Bien entendu, il ne s’agit pas de changer de têtes pour paraître respectueux de l’alternance, encore moins pour le plaisir de le faire. Il s’agit d’instaurer un fonctionnement à même de réunir toutes les conditions adéquates pour que cette alternance soit un principe, mieux, un mécanisme.

Cette situation a, logiquement produit l’autre faille qui consiste à voir une partie de la militance, à défaut de pouvoir accéder au poste de responsabilité dans leur propre parti, en raison de la fermeture des voies d’accès ou en raison de leur médiocrité ou encore par calcul, se recycle dans une carrière d’« élu » ou de « candidat », épiant la moindre élection locale, de préférence à l’APW [1], au mieux, pour le gros lot, à la députation. Ainsi, il n’est pas difficile de constater l’omniprésence de plusieurs noms sur les mêmes listes lors de toutes les consultations électorales qui ont eu lieu depuis 1989. Cet état de fait peut s’avérer relatif s’agissant des élections municipales mais l’omniprésence de certains noms aux premières loges des listes APW et celles pour les législatives est assez frappante. Pire, certains « recalés » des listes pour la députation se retrouvent recyclés aux premières loges dans les listes APW comme ce fut le cas lors des législatives du 17 mai 2007 et des locales (APC – APW) de novembre de la même année.

Avec un système aussi fermé devant les nouvelles compétences qui se retrouvent souvent reléguées, des années durant, au rang d’exécutant ; de « colleur d’affiches » et de « pompiers » quand il s’agit de combler un vide, car n’ayant pour seule arme que leur compétence et la force de leur convictions politiques, on est en droit de se poser des questions, notamment celle qui consiste à dire : N’y aurait-il plus de relève dans les partis de la mouvance démocratique pour recourir, des décennies durant, aux mêmes têtes qui, du reste, n’ont jamais été soumises à une véritable évaluation de leurs bilans ?

Nous ne pouvons aller plus loin dans notre propos sans noter un exercice politique qui pèche par un manque de crédibilité aux yeux du citoyen-électeur qui se sent de plus en plus floué en ayant accepté de servir d’alibi à la légitimation de mascarades électorales, s’agissant des élections nationales, notamment les présidentielles, dont le vainqueur est tout désigné parmi les listes issues des partis du pouvoir et de leurs alliés et où viennent s’imbriquer, par intermittence, quelques « députés » issus des partis de la mouvance démocratique dont les motifs de leur démarche participative se résumant souvent à la nécessité d’être présent dans l’hémicycle parlementaire pour « porter la voix des plus démunis » au plus haut niveaux !

La réalité étant plus diversifiée que ça, les raisons en sont multiples et dont nous citerons, outre la quête d’intérêts personnels pour certains, il y’a l’asphyxie financière qui étrangle notre opposition démocratique et à laquelle il y’a urgence d’y remédier. La légitimité relative de ce souci vital pourrait être recevable si les honoraires perçus par l’élu national étaient versés majoritairement dans le trésor du parti. Or, c’est loin d’être le cas et c’est la frustration du militant de base qui s’en trouve exaspérée chaque jour un peu plus en constatant « la disparition » de l’élu qui avait juré dévouement et esprit de sacrifice à son électorat lors de campagnes discursives « mémorables ». Ainsi, des militants de la cause identitaire qu’ils étaient, ils n’ont gardé que la formule « Azul », « Tanemmirt » et un ou deux proverbes amazighs encastrés dans des interventions en plénières totalement émises dans l’unique langue officielle du pays, l’arabe en l’occurrence, imposée comme seule langue des institutions, dont l’APN et le Sénat. Pourquoi Diantre ! se demande-t-on « en bas », n’y aurait-il plus un seul « homme » capable d’avoir la fougue et la force de l’engagement d’antan et être député en tamazight, intervenir exclusivement en kabyle et refuser de s’exprimer dans une langue imposée par ceux-là même qui ont empêché Mammeri de donner sa conférence en 1980, qui ont envoyé des blindés à l’université de Tizi-Ouzou et qui ont emprisonné jadis certains de ces mêmes députés « arabisés » aujourd’hui ?

A la question de savoir si cette stratégie de participation qui, soi dit en passant, n’est pas sans attiser certains appétits, ne serait pas en fin de compte l’alibi démocratique que rechercherait le régime et de ce fait, l’option du boycott, en ce qui concerne les élections nationales (présidentielles, législatives, référendum), ne serait-elle pas la mieux appropriée tant que la fraude reste une donne incontournable du jeu électoral algérien et tant que le champ politique et médiatique soit fermé, nos partis démocrates rétorquent systématiquement par cette question qui, loin d’être convaincante, renvoie l’image d’une opposition dépassée et par les événements et par l’ambition toujours grandissante de certains de ses cadres et qui consiste à dire : « boycotter et après ? ».

Les citoyens rencontrés ici et là sont loin de partager cette vision des choses, pis encore, ils disent majoritairement leur colère de voir des partis en qui ils avaient mis tous leurs espoirs devenir de simples appareils qui, au lieu de former des cadres militants qui ne badineront pas avec les idéaux fondamentaux et l’éthique, se sont transformés en ateliers où se négocient les plans de carrières et les promotions via des positionnements privilégiés sur les listes électorales, notamment celles des législatives. Des exceptions existent certes, mais noyées dans le tas, elles finissent par renter dans les rangs et se contenter, comme les autres, de se prêter au jeu de « lève la main » pour percevoir un salaire de député dépassant, depuis septembre 2008, les 30 millions de centimes dont 80% renfloueront le trésor personnel, les 20% restant étant versés à la trésorerie de leurs partis. Il faut rappeler que tout cet argent qui devrait servir au travail du parlementaire notamment pour l’ouverture, comme ça été promis lors de la campagne pour les législatives, d’un bureau de proximité dans chaque circonscription à raison d’une permanence par député par circonscription. Si une telle promesse était tenue, cela générerait logiquement la nécessité de recruter au moins une secrétaire et un assistant parlementaire (de la formation !) par député. Le salaire du député serait dans ce cas, plus ou moins justifié car, outre les salaires de la secrétaire et de l’assistant, voire du loyer, l’ouverture de ces bureaux de proximité rapprocherait le député du citoyen qui aura la possibilité de le solliciter et de lui soumettre ses doléances. Le traitement de ces dossiers et leur prise en charge engendrera forcément des dépenses supplémentaires. Or, de ces permanences, il n’y en a que dalle et ce n’est pas une unique permanence ouverte dans l’enceinte du siège d’un parti politique qui changera quoi que ce soit à cet amer constat. Ceci et au moment où 80% de la base militante de ces partis grâce à qui, une campagne électorale à pu avoir lieu et des citoyens réticents convaincus d’aller voter pour les futurs députés ou élus APW de leurs partis, vivent dans le dénuement le plus totale et dans une indifférence déroutante. Ainsi, en l’absence de tout mécanisme de contrôle ou de solidarité interne, le militant de base fougueux qui, du jour au lendemain, se retrouvant dans la précarité, est-il tout bonnement abandonné par ce qu’il a toujours considéré comme « son parti ». Sur le registre de la solidarité interne, la mouvance démocratique a, hélas, tellement à apprendre de la mouvance islamiste.

Pendants ce temps, les députés et les cadres (sur)rémunérés faussent compagnie à leurs bases et évoluent dans un univers à mille lieues des préoccupations « d’en bas ». Ce phénomène apparu avec les années du terrorisme s’est considérablement accru durant ces dernières années à tel enseigne que, dans l’intermède qui sépare deux élections, d’aucuns croient qu’il n’existait plus de multipartisme. Par la force des choses, une idée est venue s’incruster dans les esprit pour se consolider au fil des joutes et qui est celle de dire que, n’ayant plus de structures de base opérationnelles en dehors des élections, encore moins de mécanismes d’évaluation des parcours, les partis politiques sont devenus des clubs où accourent les opportunistes de tous poil à l’occasion de chaque consultation électorale propulsant souvent à la gestion des collectivités locales (APC), des « militants » sans culture politique et sans véritable engagement, produisant des gestions décevantes voire aussi catastrophiques que celle, tant calomniée, des représentants du pouvoir (FLN, RND, islamistes). D’où l’apparition de ce sentiment largement partagé ces dernières années qui consiste à dire que « tout le monde est pareil ». Ce sentiment, du reste inique, a travaillé en défaveur de notre opposition, puisque repris et amplifié par les canaux du pouvoir, le citoyen y a presque succombé puisque, notamment en Kabylie, le FLN est malheureusement revenu aux affaires dans plusieurs localités, le RND y a fait son baptême de feu avec quelques assemblées communales et le mouvement intégriste de Nahnah vient de placer ses tout premiers élus dans quelques APC de cette région connue pour son irrédentisme contre l’idéologie islamiste. Une réalité rendue, certes, possible par la fermeture des champs politique et médiatique ainsi que par une certaine politique du pouvoir visant à réduire à sa simple expression une opposition démocratique qui, par cette intrusion inimaginable il y’a une décennie des partis du pouvoir en Kabylie, démontre aussi, faut-il le reconnaître, son propre échec ou du moins, une réduction considérable de son influence dans cette région qui fut jusque-là le bastion des idées du progrès et de la modernité.

L’autre revers de la médaille, la véritable militance au niveau de l’opposition démocratique, compétente et convaincue, se retrouve quant à elle, le plus souvent marginalisée par des cadres zélés, voire suspectée car décriant ces disfonctionnements et désignant souvent les responsabilités se situant aussi bien au niveau régional qu’au niveau de la direction nationale. La courroie de transmission étant depuis fort longtemps défaillante entre la base et le sommet, ces sourdes « exécutions » se déroulent quasiment dans un anonymat cosmique.

Autre grief porté contre les représentants de la mouvance démocratique au sein de l’APN [2] est sans nul doute le processus de légitimation de cette participation qui vient d’être ébranlée par deux secousses qui auraient du constituer de véritables aubaines de rendre à la politique et à l’opposition démocratique ses lettres de noblesse et une crédibilité qui lui fait défaut depuis plusieurs années.

En effet, l’entrée sociale et politique de cette année est marquée par le passage devant « les représentants du peuple » de la chambre basse et du sénat, tous présents pour une fois, de la loi de finance 2009 qui a revu en hausse le salaire du député qui atteint désormais pas moins de 30 millions de centimes au moment où le SNMG est de 12.000 dinars. Les députés issus des partis du pouvoir ou de leurs satellites dans l’opposition comme le PT ou les « indépendants » ayant, sans surprise, soutenu cette loi, les députés démocrates l’ont, quant à eux, certes pertinemment critiquée et s’étaient « opposés » au moment du vote mais ce que le commun des citoyen et surtout ce qui reste « branché » de la base militante avait espéré voir comme projection concrète de ce « non » démocrate dans l’action politique, n’a, hélas, pas eu lieu. En effet, l’on se demande bien si on est dans la pratique politique ou dans le profit, sinon, n’importe quel député qui serait mu par un combat pour des idées et des idéaux pour lesquels ils ont été élus par leurs électeurs potentiels ne se serait jamais suffit d’un « non » et puis rien, ou plutôt, serions-nous mieux inspirés d’écrire « ne se serait jamais suffit de voter contre la loi de finance et d’accepter de percevoir les sous qu’il a rejeté par le vote ». Être conséquent avec soi et avec son discours, voilà où réside la crédibilité au regard de l’opinion car, d’aucuns avaient attendu que nos députés convoquent illico une conférence de presse pour annoncer qu’ils refusaient de percevoir l’augmentation faramineuse de leur salaire et qu’ils avaient décidé de la verser mensuellement à des associations ou à des citoyens vivants dans la précarité ; comme ces familles militantes et sympathisantes touchées par exemple par la rage au printemps 2008, n’est-ce pas, ce qui, par souci de transparence, sera, chaque mois, rendu public dans le détail. Voilà une action qui aurait été une réhabilitation du politique et qui aurait réinsufflé de la confiance et de l’espérance chez le citoyen. Voilà une action qui aurait prouvé la bonne foi du « non » des démocrates qui, au final, est apparue aux yeux des citoyens comme une farce mise en scène pour les besoins de la communication pour ne pas dire pour la consommation médiatique, mais perçue comme une hypocrisie au niveau de la base et des laissés-pour-compte, c’est-à-dire, de la majorité des Algériens. Le salaire en question, est-il nécessaire de le préciser, n’est pas un salaire professionnel mais un salaire d’élu, un salaire politique destiné à porter concrètement dans les institutions et dans la société les idées du pacte politico-idéologique sur lequel les électeurs et l’élu s’étaient engagés en prenant part à une élection donnée.

Autre opportunité, le coup de force constitutionnel du 12 novembre 2008. En effet, le veto des démocrates aurait été plus honorable et mieux rentabilisé s’il n’avait pas manqué, encore une fois, de cette continuité dans le temps et l’espace. Dans un tel cas de figure, ou on est dans la pratique politique ou on ne l’est pas et si l’on est dans le premier cas de figure, cela nécessite des prises de position « spectaculaires » à la mesure de la gravité de la situation. Le groupe parlementaire des démocrates aurait marqué de son empreinte indélébile l’histoire de la politique algérienne en convoquant au soir du 12 novembre même, une conférence de presse pour annoncer tout bonnement leur retrait définitif d’une assemblée nationale qui, très mal élue et loin d’être au service du citoyen, venait de prouver qu’elle est un outil de propagande et de répression au service du régime en place. Le choix de nos députés de garder la chaleur de leurs sièges dans l’hémicycle Zighout Youcef et la consistance de leurs privilèges rendent leur vote contre les amendements constitutionnels sans valeur ni portée politique. Pire, il s’est avéré que le régime lui-même en avait besoin comme alibi démocratique et pluraliste à une assemblée « beni oui-ouiste ». Alors à la question « boycotter et après », il n’y a que cette réalité désolante qui saute aux yeux en guise de réponse. Une réalité qui inspire cette autre réponse : « ne pas boycotter, et après ? ».

En revanche, quant on n’est pas représenté au niveau des deux chambres, comme c’est le cas pour le plus vieux parti d’opposition, en raison de positionnements instinctifs qui pèchent par une absence flagrante de stratégie et de vision cohérentes, ou encore, en raison d’un affaiblissement criant du aux tiraillements internes qui s’invitent sur la place publique et qui se soldent par des exclusions massives des contestataires, alors, la médiocrité se retrouvant aux règnes sur la base d’affinités familiales ou tribales, ce qui est une aberration pour un mouvement d’essence démocratique, produit une nouvelle manière de faire de la politique en recourant systématiquement à un oppositionnisme injurieux puisant dans le vocabulaire orduriers et affichant quand même la prétention de se réclamer unique vraie force de l’opposition ! Cela n’est pas sans s’ajouter à tous les disfonctionnement qui produisent un effet répugnant chez les citoyens, creusant davantage le fossé, déjà considérable, entre les partis de l’opposition démocratique et la société.

En conclusion, l’absence de transparence sur le plan de la comptabilité et des finances de ces partis à tous les niveaux de la pyramide est une réalité indéniable que, continuer à la renier ne ferait que renforcer le scepticisme et le doute, partant de faire perdurer le rejet relatif dont ils font l’objet de la part de la société. En effet, bien naïf (ve) celui ou celle, parmi les simples militants qui prétendra pouvoir jeter un œil sur la comptabilité réelle de nos partis démocrates où le salaire du député, celui des cadres, les sources de financements, les dépenses, les bilans réels … relèvent encore des sujets tabous qu’on n’aborde jamais dans les grands rassemblements de militants comme les assemblées générales régionales, nationales, du reste rarissimes, ou même lors des congrès qui, sont souvent de simple cadre d’enregistrement des bilans ficelés à l’avance et qui n’offre aucune possibilité au militant ou au responsable local d’en vérifier l’authenticité sans provoquer des remous, de la suspicion et son corollaire la marginalisation.

Ce regard critique n’aura pas les bonnes grâces de ceux qui se complaisent dans l’opacité et c’est tant mieux. Nous ne doutons point cependant que nous n’avions rien fait d’autre que de refléter une réalité bien plus grave que tout le monde, citoyen, militant de base et petit cadre des partis de l’opposition démocratique, connaissent et subissent la mort dans l’âme. Bien malintentionné enfin celui qui conférera à ce texte une volonté délibérée de nuire à notre opposition, car il y en aura même ceux qui crieront à la manipulation. La réalité est têtue et ce texte qui a déjà été transmis, à maintes reprises, sous formes de rapports sans jamais arriver à bon port et donc, dont le contenu a du mal à se faire entendre dans les chapelles partisanes, se veut avant tout une invitation à une halte et à une autocritique sans complaisance pour une redéfinition de cette mouvance et pour réinventer des partis politiques s’inscrivant viscéralement dans une véritable démocratie interne et puisant leur légitimité dans leur exercice politique en parfaite adéquation avec le discours. C’est à ce prix et uniquement à ce prix que la maturité politique se produira, que l’adhésion populaire sera possible et qu’enfin, les partis de l’opposition démocratique qui auront le devoir de se regrouper dans une famille politique sur la base d’une plateforme minimale républicaine, pourront se présenter en véritable alternative. Nous appelons ce sursaut qualitatif de tous nos vœux.

Allas Di Tlelli

Notes

[1(assemblée départementale)

[2(Assemblée Populaire Nationale)

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