Phéniciens et Romains à travers le Sahara

Routes antiques à travers le Sahara (IV)

Dès le Ve s. av. J.-C., les Phéniciens se sont intéressés à la traversée du désert. Mais le récit le plus ancien que nous possédions à ce sujet concerne des Nasamons ; il nous est transmis par Hérodote qui nous apprend que cinq jeunes gens, appartenant à l’aristocratie de ce peuple, avaient voulu connaître les territoires situés autour de leur pays. Ces aventuriers parvinrent donc à des étendues de sable dépourvues d’eau, à travers lesquelles ils marchèrent un certain temps. Puis ils atteignirent une contrée où poussaient des arbres, où coulait un grand fleuve dans lequel vivaient des crocodiles, et dont les habitants étaient petits et noirs (des Pygmées ?) Mais ; Hérodote croit bon de préciser que ses personnages étaient partis « vers le zéphyr », c’est-à-dire vers l’ouest On pense en général qu’il faut entendre « vers le sud-ouest » : mais quel curieux zéphyr !

Si on ne sait pas où sont arrivés ces Nasamons, on connaît en revanche le but de plusieurs voyageurs. Il s’agit de l’oasis de Siwah, où se trouvait un important sanctuaire du dieu bélier, Ammon. Alexandre le Grand avait absolument voulu s’y rendre, au risque de périr, pour s’y entendre confirmer son ascendance divine. Un autre Grec, un homme plus humble il est vrai, Archonidès, avait également projeté de mener à bien cette entreprise, et il avait réussi. On pense en outre que ce site avait été le but de plusieurs voyages effectués par un phénicien du nom de Magon ; Athénée, dans son Banquet des sophistes, nous apprend que ce personnage avait par trois fois traversé le Sahara sans boire. Voilà tout ce que l’on sait de sûr pour les siècles qui ont précédé la naissance du Christ.

Pour la suite, il faut se tourner vers l’Empire. Celui-ci ne s’est occupé du Sahara que par à-coups. La première phase d’intérêt s’est placée à l’époque d’Auguste, et a été marquée par deux entreprises. En premier lieu, le roi de Maurétanie, Juba II, souverain protégé de Rome et qui se piquait de culture, avait envoyé des explorateurs au sud du Sahara. Ceux-ci étaient heureusement revenus, mais leurs renseignements ont été consignés dans une œuvre hélas perdue de ce même Juba II. D’autre part, un certain Cornelius Balbus, sans doute pro-consul d’Afrique en 21-20 av. J.-C., avait dirigé une campagne à travers le désert, campagne au cours de laquelle il avait atteint un fleuve appelé Nigris. H. Lhote avait pensé qu’il s’agissait du Niger. Mais J. Desanges, reprenant le texte de Pline l’Ancien et l’expliquant mot à mot, a montré que Cornelius Balbus, parti des environs de Constantine, avait longé le Hodna, l’Aurès et atteint, comme point extrême de son aventure, Ghadamès ; le Nigris de Pline n’est en fait que l’oued Djedi. L’exploit n’était, de toutes façons, pas négligeable, et valut à son auteur les honneurs du triomphe.

Il faut attendre encore un peu pour voir les Romains s’intéresser à nouveau au Sahara. En 42 après J.-C., un autre général romain, du nom de Suétonius Paulinus, mène une expédition contre les nomades du Sud marocain. Là encore, il est difficile d’identifier les sites mentionnés par Pline ; il est possible que cette entreprise, menée contre les tribus du Gir, ait entraîné Suétonius jusqu’à Sijilmassa ; sans doute était-il passé par les hauts plateaux, plus accessibles que l’Atlas. Mais c’est peu après, sous les Flaviens (69-96), que se place le moment où l’activité fut la plus intense dans cette direction. En 69, deux villes de Tripolitaine, Lepcis Magna et Oea, étaient en conflit. Sur le point de succomber, celle-ci eut le tort de faire appel aux Garamantes, lesquels, une fois sur place, pillèrent sans distinction amis et ennemis avant de reprendre le chemin de leur capitale. Appelé à la rescousse, le légat commandant l’armée d’Afrique, Valerius Festus, partit immédiatement à la poursuite des barbares. Il réussit à trouver une route plus directe, surprit ses adversaires, les étrilla de belle manière et récupéra le butin. Cet exploit lui permit de faire oublier, que, pendant la guerre civile qui venait de s’achever, sa conduite n’avait pas été irréprochable, puisqu’il avait fait assassiner par des soldats le proconsul Lucius Pison.

Quinze à vingt ans plus tard, un autre légat, Septimius Suellius Flaccus, aurait traversé le Sahara lors d’un raid d’exploration et de représailles, après avoir massacré au passage force Nasamons (86). Vers la même époque, soit entre 85 et 90, un certain Julius Maternus a atteint le pays d’Agysimba, où il a vu des rhinocéros ; il s’agit sans doute de l’Aïr. Comme ce personnage est par ailleurs inconnu, on considère qu’il était un négociant plutôt qu’un militaire ; en tout cas, il n’était pas un homme en vue. Il est dommage que le géographe Ptolémée, notre source pour ces deux épisodes, n’ait pas été plus prolixe à leur propos. Puis le silence se fait pour un bon siècle. En 174, une expédition part de la Numidie pour prendre à revers les Maures dont certains sont en dissidence ; ce raid atteint puis dépasse el-Agueneb, au sud du djebel Amour. Les choses ne prennent un peu d’ampleur que sous Septime Sévère : entre 198 et 201, plusieurs forteresses sont construites ; elles reçoivent pour mission de surveiller le Sahara. Mais, un siècle plus tard, toutes sont à l’abandon, et, à la fin du VIe s., les nomades sahariens partent à l’assaut de l’Afrique romaine.

Voilà ce que l’on sait pour l’Afrique du Nord ; en ce qui concerne l’Afrique orientale, nous avons quelques données, mais elles sont encore plus maigres que pour les régions occidentales. On sait ainsi que sous Auguste (27 av J.-C.-14 ap.) une expédition remontant le cours du Nil a peut-être atteint la quatrième cataracte. Un demi-siècle plus tard, Néron (54-68) avait expédié sur les traces des envoyés d’Auguste des soldats de la garde prétorienne. Ceux-ci, grâce à l’appui des autorités du royaume de Méroé, ont sans doute atteint le Bar el-Ghazal. Mais cet État de Méroé constituait un obstacle difficilement franchissable sur la route du sud.

D’après Olivier Redon, Historama n° 42, octobre-novembre 1979

 

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