Pour Said Sadi la spécificité kabyle n’existe pas

Présents par curiosité au meeting tenu par le leader du RCD, Saïd Sadi, au Cabaret sauvage le samedi 14 avril 2007 à 14h, Arezki Bakir et Nafa Kireche ont pu constater la métamorphose de l’un des leaders du printemps berbère en contempteur amer de l’identité kabyle.

Meeting de Saïd Sadi à Paris dans le cadre des législatives algériennes.

Un débat avec un auditoire modeste et clairsemé est organisé après l’intervention du grand chef. Une femme, la trentaine, se lève, prend le micro et demande sans aucune animosité si, compte tenu de l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance, la Kabylie et la région algéroise ne se distingueraient pas du reste de la population. Autant par leur lutte contre le régime anti-démocratique d’Alger que pour leur combat identitaire. Saïd Sadi, agacé, renvoie la pauvre femme dans les cordes par une réponse d’apparence anodine mais révélatrice du mépris qu’il porte aux Kabyles : “si on vous écoute, cela veut dire que les Kabyles seraient génétiquement prédisposés à la démocratie et les arabophones condamnés à l’aliénation. C’est une stupidité. Il y a autant de brebis galeuses en Kabylie que dans le reste du pays”.

Plutôt que d’expliquer pourquoi il considère que la spécificité kabyle n’existe pas et n’est qu’un fantasme de renégats occidentalisés, ce qui est son droit, il prend une posture défensive, tenant des propos désobligeants à l’endroit d’une population déjà méprisée par le régime et dorénavant, par ses propres “représentants” politiques. Des propos emprunts de rancœur et d’amertume contre une région dans laquelle son influence est désormais réduite à néant. Qu’il y ait autant de brebis galeuses en Kabylie qu’ailleurs, cela personne ne le remet en question. Nul ne songe à dresser un tableau idéalisé de la Kabylie, région traversée par des clivages parfois irréconciliables. Mais la spécificité identitaire et la dimension berbère de la région ne pourraient s’exprimer que dans un cadre démocratique et un état de droit. Ce qui explique que les Kabyles, souvent conservateurs et traditionnalistes, aient pris la tête de la lutte pour la démocratisation du pays. Nul doute que, sans ce moteur identitaire, les Kabyles seraient comme les autres Algériens, résignés et tentant de trouver refuge dans la religion ou dans un nationalisme exacerbé. C’est une réalité et la génétique n’a rien à voir là-dedans. Monsieur Sadi, adoubé par le régime, donne des gages à ses parrains en couvrant publiquement de son mépris une région qui le lui rend bien. Son inoffensif baroud d’honneur contre la fraude électorale, organisée par ceux-là même qui ont accordé un agrément à son parti et à qui il cherche à plaire, ne trompe personne. Saïd Sadi a perdu la Kabylie sans gagner la moindre voix à l’extérieur de la région. Une déconfiture totale pour celui qui aura incarné à ses débuts, l’aspiration d’un peuple à la liberté. Symbole du revirement du RCD sur la question berbère, le RCD-France a récemment fait imprimer des tracts, dans le cadre des élections législatives, amputés des caractères tifinagh jusqu’ici toujours présents depuis la création du parti. Nous les tenons à disposition…

De plus, l’organisation pyramidale et népotique de son jouet politique, le RCD, ne permet pas un fonctionnement démocratique de la structure. Tout est décidé en haut lieu, Saïd Sadi est le seul décideur et ne tolère aucune concurrence, ni même de contre-pouvoirs. Ainsi, il s’est débarrassé de tous les militants susceptibles de s’opposer à l’orientation nationaliste, assaisonnée de berbérisme, terme lui permettant de noyer les revendications kabyles avec l’eau du bain, déconcertant un grand nombre de ses militants…

Sa volonté de montrer patte blanche au régime et au peuple d’Algérie l’a même conduit à contracter une alliance gouvernementale avec le trés nationaliste et anti-kabyles FLN et les islamistes, amoureux de la culture berbère comme chacun le sait. Seule le tragique massacre du printemps noir l’obligera à claquer la porte du gouvernement et mettre fin à cette improbable alliance entre la carpe et le loup. Une erreur qui sonnera d’ailleurs le glas de la crédibilité du RCD en Kabylie. Les permanences du mouvement en Kabylie sont régulièrement vandalisées et ses scores électoraux groupusculaires à tel point que l’on peut imaginer que s’il y a fraude électorale aux prochaines élections, on peut penser qu’elle ne pourra que profiter au RCD, qui trouvera là l’occasion de négocier avec le pouvoir un léger gonflement de ses scores.

Arezki Bakir et Nafa Kireche

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