Pour une célébration du double printemps, 80 et noir, dans l’unité

La Kabylie et avec elle l’ensemble des Imazighen (Berbères) d’Afrique du nord et de la diaspora, s’apprête à commémorer le 30ème anniversaire des événements fondateurs du combat identitaire et démocratique postindépendance.

Il y a d’abord l’avant (1980-1989) et l’après multipartisme (1989-2010). Il revient aux différents acteurs d’apporter leurs précieux témoignages avec ce détachement de soi essentiel pour une objectivité optimale qu’exige ce travail de mémoire et aux historiens de relayer cet élan salvateur de notre mémoire récente.

Cette exigence ne nous exonère point, loin s’en faut, en notre qualité de citoyens et de militants, de marquer une halte afin de dresser un bilan réaliste et objectif de ces dernières 30 années afin de donner de nouvelles perspectives à ce combat qui s’essouffle et qui ne doit, en aucun cas, s’éteindre ; notre conscience citoyenne et notre identité en dépendent. Trop de douleur, trop de larmes et de souffrance, trop de sang pour se permettre, aujourd’hui, d’adopter la position de Lucrèce.

Au-delà de la politique du régime algérien et de ses conséquences délétères sur la stabilité et la pérennité de la Kabylie en particulier et de la Démocratie en général, la démobilisation et l’effritement de la société, notamment par rapport à la symbolique que revêt cette date charnière qu’est le 20 avril 1980, ne peuvent pas être indéfiniment, mis sur le compte d’un Pouvoir machiavélique et géniteur de la précarité socio-économique et de l’insécurité.

La suffisance ainsi que toutes les attitudes qui relèvent de l’infantilisme politique, ne font plus recette. Le combat identitaire et démocratique aura, dans quelques jours, 30 ans sans compter les épopées qui ont jalonné cette lutte avant 1980. A ce titre, les états d’âme personnels, les considérations et les rancœurs d’ordre privé ou de groupes restreints, l’orgueil et tous les autres filtres qui ont jusque-là, imposé, peu ou proue, le Moi dans ses dimensions collective et individuelle, entre, d’un côté, les différents acteurs et autres organisations politiques, et de l’autre côté, la société dans son ensemble, ont montré définitivement leurs limites. Leur impact sur le moral des troupes est indéniable. Il incombe à tout un chacun de mesurer l’étendue du désastre et partant, celle de sa responsabilité propre et d’en assumer les retombées dans la sérénité.

Cela passera inévitablement par l’aptitude de ces acteurs et de ces organisations à se mettre – enfin – au diapason de la longue attente citoyenne en faisant preuve de maturité et d’un sens élevé des responsabilités que suggère la symbolique de ce repère et que ne cesse de souhaiter ardemment le petit peuple… ce qui devrait se traduire par la transcendance des préjugés et autres différents dans une optique de rapprochement qui, tout en n’engageant l’indépendance de personne vis-à-vis de l’autre (des autres) au-delà du 20 avril, elle permettra d’ouvrir une brèche vers une nouvelle ère qui verra se rétablir une communication rompue depuis deux décennies.

Cet appel interpelle donc tous les acteurs du printemps 1980, tous les artistes, les intellectuels, les sportifs… dont certains doivent, par cet acte, mettre un terme à un acoquinement regrettable avec les cercles officiels ainsi que toutes les organisations politiques qui s’en revendiquent depuis leurs créations (hormis, pour des raisons évidentes, les délégués autoproclamés des arouchs qui n’existent plus et un certain UDR)… afin de surseoir à la diffusion de leurs propres appels aux marches et autres activités organisées traditionnellement dans la dispersion. Il leur incombe de manifester leur volonté et leur disponibilité à répondre à la longue attente de la Kabylie profonde et de faire preuve de lucidité afin d’honorer comme il se doit tout ceux et toutes celles qui auront tout donné à cette noble cause, chère à Mammeri, à Matoub et à tant d’autres, et ce, en consignant un appel unique pour une seule marche populaire et pacifique qui se déclinera dans des termes et des slogans rassembleurs, qui mettront la Kabylie au cœur de l’événement et arrêtés en commun accord.

La Kabylie attend désespérément ce sursaut. Ne la décevons pas. Sa légendaire indulgence ne peut pas être éternelle. Accueillons le 30ème anniversaire du printemps kabyle et amazigh dans l’unité et la fraternité (*).

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Allas DI TLELLI

(*) L’appel date d’avril 2010. Le sursaut n’a pas eu lieu, hélas, ni cette année-là ni celles qui suivirent. L’orgueil, la suffisance et un certain carriérisme ont la peau dure…Au final, les apparatchiks des partis auront certes renfloués leur comptes en banque mais leur chapelles partisanes ne représentent quasi rien en Kabylie où depuis au moins 15 ans, les Kabyles ne votent plus pour eux ni pour personne…

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