Printemps berbère: Appel à la grève

Le Printemps berbère par les documents (4)

L’appel à la grève générale du 16 avril 1980 est notre quatrième document.

C’est le moment décisif du mouvement. Le risque était gros. En cas d’échec, la preuve serait faite que cette contestation était sans ancrage dans la population. Exactement ce que voulait faire accroire le Pouvoir qui ne rendait compte de nos activités qu’avec des mots soigneusement contrôlés : à l’en croire, il n’y a jamais eu de manifestations, mais seulement des « tentatives de manifestations » par des « groupuscules d’étudiants », des « manipulations de la réaction », etc. L’échec aurait été d’autant plus cinglant pour nous que, dans notre tract, nous en appelions au Peuple algérien. Étant un des rédacteurs de ce tract, je me souviens de cet « appel solennel » au Peuple algérien. Il m’avait fait sursauter lorsqu’il fut proposé comme titre du tract par l’initiateur de la grève : « C’est quoi ça ? C’est 54 qui revient ? » Le texte qui plaçait au cœur de l’appel la revendication culturelle dénonçait aussi la « corruption organisée, le trafic des élections, l’allégeance des valets du pouvoir, … ». On était très loin des textes produits jusque-là. Résultats de laborieux compromis entre différentes tendances et souvent adoptés en assemblée générale, les écrits émanant de la mouvance qui gravitait autour du CUTO, évitaient en conséquence l’opposition politique frontale. Il peut, par exemple, sembler aujourd’hui impensable d’apprendre que la revendication de la « liberté d’expression » n’a jamais pu passer le filtre des assemblées générales tenues à l’université. Elle a toujours été rejetée car considérée comme une revendication bourgeoise par la tendance communisante.

C’est le caractère politique d’opposition frontale de l’appel qui a affolé le pouvoir, d’autant plus que l’origine du tract n’était pas identifiée. Toutes les réactions du pouvoir qui multipliera les initiatives se focaliseront sur l’appel à la grève. Le succès de la grève fut total. Le correspondant du journal Le Monde qui n’en croyait pas ses yeux en constatant que tous les rideaux étaient baissés depuis Bordj Ménaïl alla vérifier jusque que dans les bourgs de l’intérieur (Larbaa Nath Iraten, Michelet, Azazga, …) le succès de la grève générale. Avec cette nouvelle étape, les événements prennent de l’ampleur, mais surtout une autre dimension. Le mouvement cesse d’être une « agitation » estudiantine.

Hend Sadi

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