Problèmes juridico-politique de la déchéance de la nationalité

Il est exact que cette menace annoncée par le président pose le problème constitutionnel de l’égalité quant à la possessivité une fois pour toutes (irréfragable) d’un droit fondamental, en l’occurrence celui de la nationalité. Ce qui pose problème et je ne l’avais pas vu dans toute sa profondeur.

Car quand bien même y aurait-il modification de la Constitution, cela ne pourrait s’appliquer qu’aux nouvelles naturalisations. A moins d’introduire la rétroactivité, ce qui n’existe pas en droit français et ne peut être possible qu’en régime d’exception, donc non démocratique, ce qui n’est pas souhaitable, (et cela n’a rien à voir avec l’application de l’article 16).

Peut-on néanmoins envisager d’autre chose d’aussi fort ? Oui, et cela pourrait même répondre à la remarque qu’a fait le Président lui-même concernant les troisième et quatrième générations d’immigrés venus d’Algérie et d’Afrique :

« Notre système d’intégration a marché, il ne marche plus. Il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la troisième et la quatrième génération se sentent moins Français que leurs parents ou grands-parents  », a lancé Nicolas Sarkozy.

Ne peut-on pas expliquer, et pas seulement avec des raisons socio-économiques, que cela ne « marche plus » parce que tout un dispositif multiforme a été mis en place depuis au moins soixante ans (les racines plongent bien plus loin) pour empêcher de se sentir français : Gilbert Meynier l’explique bien dans Histoire intérieure du FLN (j’en étudie un aspect dans ce texte, L’islamisme d’origine algérienne et ses présentes répercussions en France et je l’analyse dans mon livre Le monde arabe existe-t-il  ?)cela commencé tout d’abord par l’idée que la culture française, issue pour une grande part du judéo-christianisme et de la culture gréco-romaine, est inférieure à la culture islamique, d’où l’impossibilité de partager le pouvoir voire de vivre ensemble (leurs opposés dans l’extrémisme disait la même chose dans l’autre sens évidemment) puis le relativisme nihiliste issue des années 60 a fait le reste via l’école et les structures culturelles (MJC etc) en dénigrant les cultures occidentales au profit des autres cultures, passant ainsi d’un extrême à l’autre, jusqu’à aujourd’hui défendre le port du voile voire de la burka, amalgamant dans ce cas religion et traditions culturelles, ce qui ne fait que sacraliser celles-ci et donc rendre plus difficiles leur dépassement.

Or, en renforçant l’emprise des courants les plus rétrogrades (via l’UOIF) L’UMP n’a pas été en reste dans ce mouvement de relativisation et de dénigrement puisque loin de rectifier les mensonges historiques, il n’y a eu que des reculades, surtout depuis la non application de la loi sur l’aspect positif du colonialisme français. Ensuite il y eut l’idée de nommer un préfet « musulman » puis ensuite le déferlement en matière de relativisation que l’on sait des cultures judéo-chrétiennes et humanistes, sans parler de la politique arabe de la France qui a été d’ailleurs la raison principale de l’abandon de l’Algérie par De Gaulle alors que celle-ci aurait pu vivre un destin façon Afrique du Sud actuelle (si la bande des 4 généraux s’était contenté de bloquer l’Algérie au lieu de vouloir prendre le pouvoir à… Paris).

Voilà en tout cas pourquoi cela ne marche plus : il ne fallait surtout pas s’intégrer dans une culture inférieure, et de plus impérialiste, capitaliste, (sioniste maintenant) selon la culture qui domine encore l’école et les MJC, et qui a formé et forme encore les générations en question (il suffit de lire un Mucchielli), en particulier dans les municipalités tenues par le PC et la gauche radicale PS-Vert.

Il apparaît donc bien inadéquat de prendre comme mesure le fait de déchoir de la nationalité s’il n’est pas pris en même temps et immédiatement toute une série de décisions politico-culturelles pour rectifier un tir hélas dévoyé dès le début.

Lucien Oulahbib

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire