Prosélytisme islamiste en Kabylie

La France exportatrice d’islamisme

Nous ne sommes pas en 1990 pourtant le spectacle au quotidien de l’activisme islamiste montre, s’il en est besoin, la politique de deux poids deux mesures que pratiquent les autorités selon que ce prosélytisme soit islamiste ou évangéliste et autres. L’on se rappelle en effet de la fermeté de circonstance du discours du ministre d’Etat, Yazid Zehouni à l’encontre de toute forme de prosélytisme. Cette offensive salafiste démontre également combien la société civile avec ses organisations politiques, sociales, syndicales, culturelles… est inapte à réagir et à se protéger d’une décennie rouge bis, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

Il serait vain de nier cette regrettable réalité qui se produit sur tout le territoire nationale, allant jusqu’à défier la raison pour conquérir des espaces qui étaient jusque-là imperméable à la propagande islamiste, à l’image la Kabylie où, confirmant le principe selon lequel la nature a horreur du vide, celui-ci, créé par une société complètement déstructurée, est pris d’assaut par une campagne de prosélytisme intégriste sans précédent acculant les valeurs traditionnelles et civilisationnelles et les forces politiques coutumières qui ne se manifestent que sporadiquement, dans leurs derniers retranchements. Ainsi et pour la première fois dans l’histoire contemporaine de la Kabylie, des listes électorales « symboliques » de la mouvance islamiste ont pu être constituées dans plusieurs communes lors des dernières consultations électorales. Plusieurs assemblées locales (APC) et départementales (APW) enregistrent depuis la présences d’élus issus de ce courant qui n’a pu se frayer la moindre parcelle avant 1999. Cette métamorphose trouve son origine dans les événements de ces deux dernières décennies notamment sur le plan politique où l’espoir sans pareil suscité par l’opposition démocratique au début du multipartisme s’est transformé, au fil des années, en une grosse frustration en raison des tiraillements internes, d’une gestion locale qui n’avait, dans bien des cas, rien à envier à la gestion du parti unique en terme d’absence résultats due essentiellement aux différents blocages du pouvoir mais aussi à l’incompétence des éléments propulsés aux premières loges des listes électorales par des procédés antidémocratiques.

Le discours réconciliateur des sant’Egidiotes, perçu comme une tolérance vis-à-vis de l’islamisme, a fortement contribué à faire le lit de l’intégrisme en Kabylie comme l’illustre si bien l’extraordinaire percée de cette mouvance, perceptible d’une manière plus précise, dans ce qui étaient considérés comme les fiefs des partisans du fameux « contrat de Rome ».

Toujours sur le plan politique, la gestion par le pouvoir de la donne islamiste et son corollaire le terrorisme ; tantôt approximative et incitative, tantôt répressive mais jamais ferme, depuis son injection dans la société, par le même régime, au milieu des années 70, conjuguée en cela à la pauvreté et à la précarité, à la corruption généralisée et à la répression de l’expression démocratique et citoyenne, à l’arbitraire et aux fraudes électorales systématiques… tout ce magma explosif, véritable vivier pour l’obscurantisme, a permit à l’islamisme de récupérer le désarroi social, de s’enraciner dans la société et de mettre le pays à sang et à feu depuis 17 ans pour revenir à la charge, dédouané de tous ces crimes et carnages, et s’offrir, après deux mandats de compromission, une « concorde civile » et une « charte pour la paix et la réconciliation nationale » taillées sur mesure, en unique alternative sociale et politique.

Cette esquisse du comment de la résurgence d’un courant idéologique dont l’algérien devrait se méfier mieux que quiconque, ne peut se targuer d’être exhaustive, cela n’étant pas son objectif qui est, avant tout celui d’aborder un sujet sensible que les forces du progrès évitent, semble-t-il, d’aborder. La recrudescence des actes terroristes de ces dernières années ne peut, à elle seule, expliquer ces « petites lâchetés » pour paraphraser le député Hamid Lounaouci. Il y’a un aveu d’échec ou, tout au moins, un recul sur des principes fondateurs des identités politiques au sein de la mouvance démocratique. Ainsi, quand un ex chef du gouvernement viole le caractère républicain de la constitution en lui substituant le coran ; un précédent gravissime qui, sous d’autres cieux, aurait pu provoquer une crise politique profonde, la mouvance démocratique et la société civile adoptent une attitude de désinvolture, tout au plus, une consternation mal assumée.

Le système éducatif, véritable enjeu politique et sociétal, otage de l’improvisation, de l’incompétence et de l’idéologie islamo-conservatrice, connaît chaque année des « réformes et des contre réformes » ne répondant à aucune logique pédagogique ou scientifique. Par delà le constat de la médiocrité que notre école produit, les disparités dans les moyens socio-pédagogiques qui restent désuets et aléatoires, du surnombre qui fait face à une infrastructure boiteuse et mal entretenue, à la précarité pédagogique et socio-économique de l’enseignant et à l’indiscipline qui règne dans les établissements, il est inconcevable de ne pas relever les dérives systématiques dont les enseignants de la matière appelée « sciences islamiques » (devenue depuis 2007 épreuve au baccalauréat) se rendent coupables. En effet, comme dans les années fis, ces « profs », encouragés par le sentiment d’impunité, dévient de leurs prérogatives et de leurs programmes officiels pour se lancer dans des prêches virulents contre les femmes non voilées, les non musulmans… Additionné l’effet de ce travail de sape sur l’équilibre psychologique de l’enfant et de l’adolescent qui se fait au quotidien et sur des années, l’on peut aisément comprendre une partie du pourquoi de cette apparition de l’islamisme en Kabylie et son retour ailleurs.

A cela est venue se greffer le traitement de l’enseignement de la langue tamazight qui reste facultatif, non homogène et non généralisé (du moins dans les régions dont la demande y est générale). Ce traitement suscite le désintérêt de l’élève vis-à-vis d’une matière aimée mais qui ne sert à rien, étant absente du calcul de la moyenne générale, au moment où l’on constate déjà une velléité manifeste en haut lieu d’imposer la transcription de tamazight en caractères arabes puisque les livres scolaires proposent invariablement cette option qui visent à former des générations entières qui adopteront deux démarches : rejeter sa propre langue par dégoût ou l’adopter avec sa transcription en caractères arabes pendant que certains linguistes arabes réfléchissent à une possible transcription de la langue arabe elle-même en caractères universels dits latins. Certains se posent la question de savoir où se situe le lien entre cette question et l’islamisme oubliant ou ignorant que l’effritement ou la perte de l’identité culturelle et civilisationnelle plonge l’individu dans une vulnérabilité extrême où la quête d’une identité et d’une langue de substitution peut le mener dans des voies aussi obscures qu’insoupçonnées et c’est justement, cela aussi qu’exploitent les prédicateurs du prosélytisme islamiste.

Les médias lourds, détournés de leur mission de service public, deviennent des armes redoutables au service de la propagande islamiste à travers notamment des films quotidiens à la gloire des conquêtes arabo-islamiques, des prêches périodiques, des émissions religieuses diverses… Dernière trouvaille en date, l’émission « les cavaliers du coran » qui met en scène des jeunes psalmodiant les versets coraniques pour tenter de freiner l’engouement des jeunes et moins jeunes pour la célèbre émission de chant « La Star Academy ».

Depuis quelques temps, le phénomène des salles de prière et des mosquées qui poussent comme des champignons, financées dans certains cas par des sources occultes, dans des villages et des quartiers qui manquent de tout sauf d’une mosquée dont la plus éloignée se trouvant souvent à quelques mètres de là, est apparu, plus particulièrement en Kabylie qui possède déjà le record d’Algérie en nombre de mosquées au moment où le record du monde en la matière, l’unique, est battu par l’Algérie avec bientôt… 19 000 mosquées.

Enfin, une image, ayant provoqué ce texte, prise au hasard, en ce début septembre, dans une ville située au pied du Djurdjura, mettant en scène un barbu, abordant un groupe de jeunes désoeuvrés sur un trottoir et prêchant dans un français à l’accent émigré, la haine de l’Occident, le devoir de vivre, de s’habiller et de se comporter vis-à-vis de la femme selon les préceptes de l’islam « originel »… Des mineurs, sans défenses ni protection parentale ou autre, écoutent « religieusement » cet émigré qui connaît l’Europe et qui a pourtant choisi d’enlever le costume pour mettre le kamis et laisser pousser sa barbe islamique ! A la fin du prêche, la majorité d’entre eux ont accepté de suivre « l’émigré » qui les « invite » dans la nouvelle mosquée en chantier. Sur une vingtaine d’adolescents, un seul a vu son père, furieux, débarquer dans la mosquée et le ramener chez lui après avoir mit les points sur les « i » au salafiste venu de France. Une jeunesse livrée à elle-même et à l’obscurantisme. La déclaration publique du ministre d’Etat, de l’intérieur et des collectivités locales suite à la campagne officielle qualifiée “d’anti-prosélytisme évangéliste”, notamment en Kabylie mais pas seulement, selon laquelle tous les prosélytismes seront réprimés est, chaque jour, contredite par un prosélytisme islamiste tout azimut qui se pratique au vu et au su de tout le monde, dans les écoles, dans les cafés, dans la rue comme l’illustre cette image… Les adolescents et les enfants sont systématiquement “travaillés” … Dans quelques années, l’on exhibera une mine étonnée devant le chaos qui est en train de se dessiner aujourd’hui, sous nos fenêtres …

Allas Di Tlelli

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