Prostitution à Alger

On ne peut plus actuellement se poser cette question : La prostitution est-elle utile ?

L’expérience de plusieurs siècles, les travaux sérieux des plus grands administrateurs de tous pays, qui n’ont pu détruire cette plaie de notre organisation sociale, y répondent suffisamment. Tous ont reconnu que c’était une nécessité malheureuse à laquelle il fallait se soumettre. FodéréRetour ligne automatique
 [1] est obligé de terminer son article sur la matière par les conclusions suivantes :

1° La prostitution est un acte qui amène la dégradation des forces physiques et morales des personnes qui s’y livrent  ;

2° Elle est attentatoire aux bonnes mœurs, à la population, à la santé publique par la propagation qu’elle favorise des maladies honteuses, des maladies de la peau, et, dans certains cas, de plusieurs autres maladies contagieuses, ce qui devrait attirer sur elle toute la sévérité des lois et la faire proscrire comme ennemie du corps social  ;

3° Mais que, d’autre part, dans les villes où il y a garnison et beaucoup de célibataires par état ou par nécessité, elle devient une sorte de mal nécessaire qu’on est obligé de tolérer pour en éviter un plus grand encore ; mais qu’il est indispensable de la soumettre à des dispositions constantes de garantie envers le public, sous le rapport de. la santé et du bon ordre, afin qu’elle soit le moins nuisible possible.

Cette nécessité de la prostitution une fois admise, on voit que ce sujet est capable d’offrir un grand intérêt au médecin observateur, sous le rapport de la morale, de la législation, de l’hygiène publique et de la population.

Prostitution hospitalière

Chez les peuples sauvages, on pratiquait l’hospitalité, et on regardait comme un bienfait des dieux la présence d’un hôte. De là, l’empressement et les soins dont il était l’objet. Un mari cédait volontiers son lit et sa femme à l’hôte que les dieux lui envoyaient, et la femme, docile à un usage qui flattait sa curiosité capricieuse, se prêtait de bonne grâce à l’acte le plus délicat de l’hospitalité. Il est vrai qu’elle y était entraînée par l’espoir d’un présent que l’étranger lui offrait souvent le lendemain en prenant congé d’elle ; et puis, ce voyageur ne pouvait-il pas être un dieu voyageant sous la figure humaine ?

Prostitution sacrée

La prostitution sacrée fut la suite de cette première prostitution, et des prêtres s’attribuèrent des sacrifices que de jeunes filles nubiles croyaient offrir à la Divinité ; de là, ces idoles monstrueuses auxquelles se prostituaient les vierges de l’Inde.

Si l’on en croit Hérodote, toutes les dames de la ville immense de Babylone venaient religieusement se prostituer, une fois dans leur vie, dans le temple de Vénus, à un étranger qui prenait possession de celle qui lui convenait en invoquant la déesse Mylitta, qui n’était autre que Vénus Uranie.

Plus tard, les Phéniciens sacrifiaient à la déesse Astarté, qui avait les deux sexes dans ses statues pour représenter à la fois Vénus et Adonis. Elle avait à Chypre vingt temples renommés ; les deux principaux étaient ceux de Paphos et d’Amathonte, où la prostitution sacrée s’exerçait sur une plus grande échelle que partout ailleurs.

Si l’on voulait interroger les mystères des fêtes de Cérès, de Bacchus, de Vénus et de Priape, on verrait la prostitution érigée en culte et prenant alors une extension remarquable.

Prostitution légale

Dans la savante publication qui a été faite sous le nom de Pierre Dufour [2], on cite une multitude d’exemples qui établissent cette espèce de prostitution, et l’on ajoute, page 132 :

« La prostitution qui existait dans tous les temples d’Athènes, à l’époque où Solon donna des lois aux Athéniens, invita certainement le législateur à établir la prostitution légale. Il vit les prêtres et les autels s’enrichir avec le produit des consacrées qui ne se vendaient qu’à des étrangers. Il songea naturellement à procurer les mêmes bénéfices à l’État et par les mêmes moyens, en les faisant servir à la fois aux plaisirs de la jeunesse athénienne et à la sécurité des femmes honnêtes. Il fonda donc, comme établissement d’utilité publique, un grand dictérion dans lequel les esclaves achetées avec les deniers de l’État et entretenues à ses frais, levaient un tribut quotidien sur les vices de la population, et travaillaient avec impudicité à augmenter les revenus de la république. »

Extrait tiré De la prostitution dans la ville d’Alger depuis la conquête de E.-A. Duchesne, publié en 1853.

A suivre… si vous le voulez bien

Notes

[1François-Emmanuel Fodéré est un médecin et un botaniste français, né le 15 janvier 1764 à Saint-Jean-de-Maurienne et mort le 4 février 1835 à Strasbourg.

[2Histoire de la prostitution chez les différents peuples.

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