Quelle démocratie pour la Kabylie ? (fin)

Quid du GPK ?

Un gouvernement provisoire est un régime de fait préparant en principe les voies à un gouvernement de droit. Le gouvernement provisoire, précaire par nature et par destinée, cherche à ordonner son action et à fonder, pour transmettre le pouvoir, des institutions stables et acceptées par le pays. Sa mise en place à l’intérieur ou à l’extérieur du pays répond à des raisons différentes. Daniel Amson.

Ayant mainte fois rapporté et regretté la plus regrettable fausse note politique ; l’erreur de taille historique du peuple kabyle : se concevoir plutôt en un peuple sans pouvoir central. Je crois qu’il est tout à fait clair, mon intention n’est pas de m’opposer au début de solution proposée par la création du G.P.K. De contester la légitimité de l’entité, de nuire, de minimiser sa portée. C’est une entreprise historique, hautement légitime et s’affilier aux avantages du peuple kabyle. Elle pose les fondations adéquates pour un positionnement politique sans équivoque et en phase avec la réalité. En rédigeant cet écrit, je me suis même aperçu qu’il est aisé pour un Kabyle de saisir toute l’importance d’une telle démarche et la soutenir contre vents et marée. Je me aussi aperçu que les difficultés viennent de toutes parts. Il faut des convictions chevillées au cerveau, à l’âme ; une confiance inaltérable en sa kabylité pour poursuivre l’œuvre malgré les attaques assignées de toutes parts. De faire front et contrer la terrible manipulation travaillant le champ politique algérien et le vacarme assourdissant qui y règne relatif à la confusion qu’elle engendre. Je suis conscient de la position du G.P.K. Conscient qu’il est un gouvernement provisoire d’un pays inexistant pour la communauté internationale. En effet, la souveraineté kabyle n’est établie par aucun document officiel. Il lui est très difficile d’obtenir aides et reconnaissances. D’accréditer des représentants auprès des chancelleries pour accéder à la diplomatie, donc aux enjeux géostratégiques, le pouvoir de la Sonatrach veille au grain. Elle ne représente aucun intérêt géopolitique pour une puissance. Même celles dont la constitution est truffée de principes à l’universalité des droits humains et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes privilégient les logiques du marché et n’hésitent jamais à bafouer leurs principes. Elles ne sont pas nécessairement fières de commercer avec une dictature, c’est notre monde qui marche sur la tête.

Le peuple kabyle plus que tout autre peuple est condamné à se débrouiller seul. Il lui faut, éviter les embuches de toutes sortes. Éviter les coups bas et les peaux de bananes. Éviter à la fois l’angélisme primaire et le pessimisme excessif et regarder la situation telle qu’elle est, et non telle qu’il voudrait qu’elle soit. Elle est extraordinairement compliquée et en même temps, une évolution avantageuse est envisageable à court terme. Rappelons une fois encore que la réussite ou l’échec dépend des Kabyles non du régime d’Alger, de l’ONU ou de toute autre entité.

Il est déraisonnable d’exiger des miracles, de surcroit « confirmés », d’un gouvernement provisoire qui voit toutes les forces politiques algériennes lui fermer précipitamment la porte au nez. Pour ouvrir une parenthèse à propos des miracles, bien entendu, Dieu a les faveurs de ma foi, en revanche la réalité des miracles me semble controuvée. Je ferme la parenthèse en redisant que ma conscience est concentrée sur l’émergence de la kabylité, elle voit la situation dans sa globalité. Si vous en doutez, relisez-moi. Si vous avez la flemme de le faire, laissez-moi vous dire ceci : mon pire cauchemar est la création d’une deuxième structure politique sur le modèle du MAK et du GPK. En la circonstance, le bis repetita serait catastrophique. Il ne resterait plus rien à mordre dans la queue. La responsabilité incomberait à monsieur Ferhat Mehenni, aux ministres, aux cadres du MAK, à tous les Kabyles qui donneraient vie à un tel scénario. Ceci dit, il ya un nœud quelque part. En effet, il se trouve des Kabyles séduits par l’idée autonomiste, disposés à s’engager davantage pour sa concrétisation, mais ne se reconnaissent pas dans le MAK, le GPK et contestent la légitimité du président et son gouvernement ? Chacun a ses raisons, pour les uns l’initiative est précipitée, sans consultation du peuple. Pour d’autres, ce n’est pas le moment, c’est mettre la charrue avant les bœufs… C’est une perte d’énergie préjudiciable à la kabylité n’est-ce pas ? Qu’elle cause les contraint à agir ainsi ? J’ignore même s’ils voient une logique dans leur position. Pourquoi les compétences kabyles ne sont-elles pas unies pour la kabylité ? Pourquoi le MAK et le GPK sont-ils rejetés par des Kabyles autonomistes ? Pourquoi les artistes kabyles n’organisent-ils pas un concert par an, pour aider financièrement le gouvernement kabyle ? Répondre au pourquoi pour surmonter l’écueil. Pourquoi les pluralités d’opinions ; la redoutable machine de propagande ; les siècles sans entité politique représentent-ils un peu de difficulté pour le peuple kabyle ? Pourquoi l’évidence de l’union ne renforce pas les rangs ?

Pourtant les deux instances politiques appartiennent au peuple. Leur création fut rédigée avec le sang des Kabyles assassinés depuis 1929 ; les enfants exécutés en 2001. Logiquement, les Kabyles s’investiraient en masse dans leurs consolidations. Ils sont les outils qui leur manquent pour consolider politiquement la kabylité. Il doit être un parti transversal aux idées politiques et partisanes. Logiquement chaque courant y trouvera la place qui lui revient naturellement. Logiquement la critique n’est pas systématiquement une manœuvre de déstabilisation ourdie par un « ami » du régime. Exhorter les cadres à plus de transparence n’est pas fondamentalement une action de traitresse. S’étonner de l’instabilité chronique du GPK, ce n’est pas systématiquement une désinformation des services. N’a-t-on pas l’impression qu’il est constamment remodelé au gré des associations, des alliances, des prises de becs, de démissions fracassantes et fluctuations politiques diverses. Où est-elle la démocratie kabyle ? Pourquoi le peuple kabyle ne se concerterait-il pas : aux opposés des structures politiques d’exposer leur mécontentement, aux institutions de satisfaire leurs demandes, d’améliorer leur mode de fonctionnement, au peuple de comprendre leur position et fragilité. Corriger les erreurs et travailler ensemble. Réconciliation pour les intérêts de la Kabylie. Le seul sacrifice qui mérite la peine d’être consenti sans calcule d’hypothécaire. De toute manière, nous n’avons pas d’autre choix, soit nous nous unissons ou nous disparaissons. La kabylité a besoin de reprendre des forces, de se ressourcer. Elle ne pourra pas éternellement nous porter sur son dos.

Je prends l’exemple du citoyen kabyle installé pour des raisons professionnelles à Ouargla ou l’amenèrent-elles à s’exiler à Berlin, sa source d’information sur le combat politique est l’internet. Je le vois mal discuter politique avec sa famille au téléphone. Des informations paraissent sur internet. Narrent l’offensive diplomatique multidirectionnelle du président. Elles mettent du baume au cœur du peuple kabyle en désespérance. Je ne conteste pas la réalité, la pertinence de l’offensive. La moindre initiative en faveur des Kabyles mérite encouragement et soutien. Mais voilà, cela ne suffit pas. Les récriminations et les annonces ambigües ne suffisent pas à construire un mouvement d’adhésion massif et discipliné. On fédère un peuple autour de symboles forts comme l’ait la pièce d’identité kabyle. Il faut soutenir et développer l’idée. Aller plus loin dans sa conception. En effet, ne serait-il pas judicieux d’enregistrer les naissances et les décès des Kabyles, au pays et en diaspora, contre une modique somme contribuant au frais de fonctionnement. On mettrait en place la première administration kabyle. Rekabyliser les patronymes. Lorsque les premières salves furent tirées sur l’initiative par des militants kabylistes, j’ai sincèrement douté du sérieux qu’ils accordent à l’effort pour l’émancipation kabyle.

Aurait-il raté quelques extraordinaires réalisations du GPK ? A-t-il un journal politique ? Une organisation juridique pour venir en aide aux citoyens kabyle en difficulté en occident ou ailleurs ? A-t-il met en place une ONG humanitaire pour intervenir en faveur de la scolarité des enfants pauvres de Kabylie ? Une fondation ? Restant avec l’exemple d’internet, aujourd’hui, il est possible de connecter les villages les plus reculés et pauvres de Kabylie, sans installation coûteuse. En effet, les nouvelles technologies le permettent et à un coût insignifiant. Pourquoi le gouvernement kabyle ne se pencherait-il pas sur le sujet pour permettre à toute la population kabyle d’accéder à l’internet donc à l’information ? Notre Kabyle ne verrait pas beaucoup d’actes concrets. Encore moins un embryon d’institutions futures. Il n’ignore que les cybercafés fleurissent en Kabylie, mais les champs ne sont plus verdoyants de fruits et légumes… Il y a d’autres priorités. À croire, pendant que les priorités s’amoncèlent, les actes somnolents.

Nous n’avons plus le temps de tergiverser, maintenant que l’outil politique est créé, l’objectif clarifié. Choisissons un modèle démocratique. Menons un combat ordonné dans le respect des pluralités pour autonomiser la Kabylie. La condition sine qua non, nous la connaissons tous : d’abord union, ensuite, création d’institutions, d’une administration, d’une école kabyle, financées par l’impôt. Aux militants, aux adhérents, aux sympathisants du MAK, aux autres tendances, au peuple d’être en phase avec le combat kabyliste. Écrivons notre propre constitution, formons notre parlement, un organe judiciaire indépendant chargé de gérer les différents civils sur le terrain kabyle et de venir en aides aux citoyens kabyles partout où ils se trouvent au monde. Agissons comme un peuple libre.

Attendre placidement que l’affaire se mette en place. Il est probable qu’un jour l’herbe poussera sur la lune, mais le peuple kabyle ne sera plus de ce monde pour le savoir et l’écrire en sa langue. La mission est claire, finissons avec la division stérile. Monsieur le président du GPK, messieurs les ministres, messieurs les cadres du MAK mettez le peuple kabyle devant ses responsabilités. Impliquez-le davantage. Créez donc des institutions. Organisez un référendum, clandestin s’il le faut, pour connaître l’avis de ce peuple quant à ses orientations : autonomie, indépendance ou arabisation définitive ? Les différents sites kabyles peuvent s’entendre pour l’organiser via internet, zut l’entente ponctuelle est une bonne initiative non un déshonneur.

De grâce citoyens kabyles, rejetons l’idéologie victimaire. Prenons notre destin en mains.

Firmus T.

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