Quelle démocratie pour la Kabylie ? (III)

L’énigme du peuple kabyle

L’étude de l’histoire des Mazighes, des Massyles, des Numides est importante pour comprendre la trajectoire du contexte en cours. Cependant, je confesse volontiers, globalement, sa lecture m’insupporte, ne me procure aucun plaisir. Autant, le livre de Madame Malika Hachid : les premiers Berbères : entre méditerranées, Tassili et Nil m’apporte connaissances et une relecture apaisante. La lecture des travaux d’autres auteurs me donne l’impression de consulter plutôt l’histoire des Phéniciens, des Romains, des Arabes… où les Mazighes ne sont que des auxiliaires fonctionnels pour des tâches subalternes. Sujets insignifiants et interchangeables. Chaire à épée ; soldats utiles sur les champs de bataille où se réalisent les conquêtes. Quelques-uns accédèrent à de hautes fonctions : Pape, roi, empereur, pharaon. En dehors du fait qu’ils démontrèrent que le Mazighe possède les capacités intellectuelles pour exercer son emprise sur une religion, régner sur un empire, vaincre des guerriers… Concrètement, qu’apportèrent-ils aux peuples mazighes ?

Je ne manque jamais une occasion de rappeler aux Occidentaux, aux Asiatiques… l’origine de Saint Augustin, du pape Gélasse 1er… Pour autant, je ne suis pas particulièrement fier de partager une ascendance commune avec ces personnages historiques. Je ne signerai pas de pétition pour leur ériger une statue ou leur consacrer un boulevard en Afrique du Nord. Le rappel me sert d’introduction pour faire connaitre les conditions et la revendication autonomiste du peuple kabyle. Ils avaient l’opportunité, les capacités intellectuelles pour organiser politiquement les peuples Mazighes, ils ne saisirent pas l’occasion. Pourquoi ? Je n’irai pas bien loin pour convoquer un exemple en forme de réponse : la junte militaire, les islamistes politiciens, les nationalistes arabisants : Kabyles, Chawis, Chenwis, Oranais… menacent d’extermination la kabylité, c’est un fait incontestable. Ils la menacent, car Ben Bella, Boumediene, Bouteflika et leurs acolytes anonymes réunissent les conditions. Ils n’emporteront pas la menace dans leurs tombes, la constitution, les lois qu’ils rédigèrent et l’idéologie arabo-islamique exclusiviste qui façonne l’État Algérienne prolongent leur politique négationniste. Se soumettre et s’agenouiller ou s’opposer et lutter. Une minorité de Kabyles a choisi de s’agenouiller et rejoindre le camp de l’adversaire et discrédite les militants qui luttent contre les méfaits de l’arabisation forcée, de la constitution, des lois, de l’idéologie algérienne sur le corps de la kabylité ? Pourquoi la permanence kabyle leur est-elle indifférente ? Parce qu’ils aspirent à se déraciner pour ne pas s’engager dans la lutte pour la kabylité qui exige une force mentale, morale intense. Un investissement au bénéfice incertain dans l’immédiat. La charge de construire un État est trop lourde pour les épaules frêles. Ils préfèrent la facilité. Ils abandonnent leur patrimoine sur la route de l’histoire, comme on jetterait des objets encombrants dans une décharge. En effet, ils renoncent à leur langue, à leur culture. Ils sacrifient la liberté, la démocratie, la modernité sur l’autel du statu quo nourricier, de l’uniformité nivelante. Ils n’aspirent plus au statut d’êtres humains libres et émancipés. En un mot, ils ne souhaitent plus se concevoir en Mazighe. Quelle alternative leur reste-t-il ? L’exil mental, à savoir, se fondre dans l’idéologie politique d’un régime négationniste, prestataire d’indifférence sociale, d’homogénéité par le bas, de discipline divine orientale, de farine et de pomme de terre. Ils s’accrochent comme des sangsues au nationalisme algérien administrateur des richesses minières, du blé et du foin, de morale islamique et d’éducation arabique. C’est pour cette raison qu’ils s’opposent à l’autonomie régionale, en feignant honteusement de comprendre sa signification politique et s’insurgent contre les militants autonomistes pour se légitimer aux yeux du régime, des nationalistes arabisants et notamment pour trouver une place au chaud à leur côté dans le moule algérianiste uni et indivisible. L’éducation nationale a « fainéantisée » leur esprit à dessein.

Mes héros se sont révoltés contre l’injustice. Ils se sont soulevés pour sauver l’âme Mazighe. Mes héros sont Jugurtha, Dihya, Takfarinas, Fadhma n-Sumeur, Firmus, Matoub Lounès, Moh-arav Bessaoud… Mes héros sont morts en 2001. Mon héros, mon idole, ma passion, mon âme, ma pétition c’est le peuple kabyle. De tout temps, il trouva les ressources indispensables pour surmonter les difficultés postulées par la puissance occupante et préserver la liberté. Toujours su négocier les circonstances, avec art. Il a su établir des relations avec le colonisateur des terres massyles. Il en tira profit et combattit sur les champs de bataille à son service. Lui donna des savants, des politiciens, des guerriers hors pair… Malgré toute l’expérience accumuler à leurs contacts, il n’eut, à ma connaissance, jamais l’idée de corriger son plus désastreux défaut aux conséquences millénaires : point d’autorité politique kabyliste qui aurait édifié un royaume, une république. J’ai dans le viseur les royaumes numides. Le ‘royaume’ Koukou et dans un coin de mon esprit, les éventuelles cités enfouies sous terre. Je suis presque perdu ne sachant véritablement quel conclusion en tirer : suis-je issu d’un peuple illettré ? D’un peuple traumatisé ?

A l’image des peuples du monde antique regroupés en tribus qui luttèrent pour leur liberté. Attaché à la sienne, le peuple kabyle se regroupa par village constitué en une unité politique et administrative complète. Un corps qui avait sa propre autonomie et protégeait ses membres. Chaque clan s’activait pour les siens. Chaque personne participait à l’effort de la famille. Chaque confédération comptait sur ses sujets. Il ne songea jamais à ériger des geôles et son administration fonctionnait à moindre frais. C’est un concept simple, astucieux, qui s’est mis en place par la volonté, l’adhésion du peuple aux idées profondément humanistes, mais il est resté inachevé. Les confédérations manquèrent de se muer en un royaume, une force politique capable de se perpétuer. La plus puissante d’entre elles pouvait prétendre à tous les titres excepté celui de capitale politique. Le peuple kabyle a négligé l’unité sous la direction d’un pouvoir légataire qui aurait donné naissance à la nation kabyle démocratique, le pendant de la civilisation grecque. Conséquence, à défaut d’engager ses ressources et son énergie pour sa république. Il a activement participé à la construction de nombreuses civilisations conquérantes. Il n’a pas pensé à construire le château fort pour la sienne. La chevauchée des Kotamas en est l’exemple le plus édifiant. Elle a gagné des batailles, réalisé des œuvres, pourtant plus rien ne subsiste. Elle n’a rien fait pour son propre peuple, rien entrepris en son propre nom. Ce n’était qu’une supplétive parmi tant d’autres en garde à vous dans les rangs. Elle a « embiellé » le foyer d’autrui pendant que sa demeure s’écroulait sur sa descendance. Son action a ouvert la voie à l’arabisation des portions importantes du territoire kabyle.

Je crois pouvoir spéculer sans trop me tromper, à défaut de le réaliser, il trouva auprès du conquérant ce qui lui manqua : une force motrice pour canaliser son énergie et l’utiliser à bon escient. Tous l’utilisèrent pour leurs intérêts et sans modération. En toute et pour toute récompense des efforts accomplis, ils lui assignèrent des coups redoutables. J’en veux pour exemple, la civilisation musulmane, au développement auquel nous participâmes d’une manière déterminante : elle nous dévore de l’intérieur, nous tue à petit feu et couvre nous râles d’accusations infondées : raciste, sécessionniste.

L’idée d’une nation kabyle a probablement germé au début du XXe siècle, dans l’esprit d’une poignée de nationalistes kabyles, membres actifs de l’étoile nord-africaine. Étaient-ils très minoritaires pour peser sur l’orientation politique du mouvement et imposer la kabylité comme l’un des piliers du futur État ? Démarche entreprise par les arabisants pour faire de leur théorie, de leur langue le noyau central de l’Algérie. Tirèrent-ils les enseignements des cuisantes défaites militaires subites face à la France au XIXe siècle, très proches dans le temps ; la douleur vivace dans la mémoire collective ? Par voie de fait, privilégièrent-ils une alliance de circonstances avec les autres peuples algériens ? Croyant fermement, l’indépendance acquise, ensemble, ils construiront un pays démocratique et respectueux des diversités ? Encore un train de raté, maintenant c’est le parti arabe qui reproduit la politique colonisatrice : oppression, assassinat et assimilation forcée.

Au sujet d’une nation kabyle, je soupçonne monsieur Charles de Gaule d’avoir, en fin tacticien, laissé suggérer, à des moments opportuns, l’idée d’une Kabylie indépendante, dans le but de torpiller, de délégitimer toute initiative kabyliste. Il savait le sujet explosif, sensible. Devenu même tabou, depuis la fin de la crise kabyliste en 1949. Rien de personnel, raison d’État. À l’époque, une nation kabyle ne coïncidait pas avec les intérêts stratégiques de la France. Est-ce toujours le cas ? La question reste en suspense. Les intérêts commandaient de livrer plutôt l’Algérie décolonisée aux incompétents, aux planqués des frontières, par la suite, leur proposer l’aide fraternelle. L’intérêt commandait de livrer le pays aux arabistes c’est-à-dire empêcher l’émergence d’une nation démocratique fédéraliste, du moins fortement décentralisée. Soyons clair sur ce sujet, les règles entre nations en sont évidentes : chaque État défend ses intérêts ; chaque pouvoir étatique est censé soutenir et veiller au bien-être de ses citoyens. Quand la démocratie, le droit sont bafoués par un régime politique, sous quelques formes qu’il soit, il est mis au banc des accusés par l’opinion internationale. À charge aux citoyens spoliés de leurs droits fondamentaux d’agir sans relâche pour remonter la pendule. Nous constatons que lorsque leurs intérêts commandent, les États qui se revendiquent des droits humains tolèrent de les voir bafoués, cautionnent des politiques dont ils condamnent officiellement le principe. Les peuples humiliés, persécutés qui représentent un intérêt géopolitique peuvent espérer une politisation et une internalisation rapide de leur cause. Les autres ne doivent compter que sur leur détermination.

Nommant les événements par un titre approprié : les leaders de la question dite « berbériste » étaient Kabyles et s’inquiétaient du devenir de la Kabylie. Ils étaient kabylistes. Au vu du contexte et des réactions hostiles, brutales, il est évident qu’ils n’avaient pas seulement exigé le respect du folklore kabyle, ils songeaient à l’avenir politique de la Kabylie. Ceux dont nous n’avions pas compris le combat, nous n’avions pas compris pourquoi certains furent assassinés, d’autres réduits au silence. C’est ainsi que durant les années « culturelles », nous avions scrupuleusement reproduit le schéma voulu par le régime. Il a fallu le meurtre de sang froid de jeunes kabyles pour nous rendre compte de l’absurdité du piège dans lequel nous sommes tombés tête la première et reprendre le combat des Kabyles des années quarante.

Évidemment qu’on avait le devoir de conscientiser les autres peuples mazighes, ce qui fut réalisé de fort belle manière. Mais on ne pouvait pas nous battre pour leur liberté. La nôtre était bafouée, écrasée sous le poids des bottes noires. D’ailleurs à bien regarder de plus prés avons-nous réellement lutté pour leur liberté ? Ou ne n’était-ce qu’un prétexte pour noyer nos revendications dans des considérations globalisantes, hors jeux.

Si les peuples kabyle, chawi, chenwi, protestent vigoureusement du sort qui est fait à leur patrimoine ; luttent contre le déni identitaire avec constance et détermination, ils pèseront plus fort sur les épaules rigides du régime. Une seule région a juste assez de force pour se préserver.

Pour moi, les kabylistes des années quarante arrachèrent une semi-victoire que subit un échec. D’accord, 60 ans plus tard, la solution politique n’est toujours pas appliquée. Est-ce de leur faute ? Que pouvaient-ils faire de plus, si ce n’est tracer la voie politique à suivre ? À l’époque la population n’eut pas le privilège et l’avantage de bénéficier de l’activité débordante de monsieur Moharav Belkacem, Matoub Lounès et tant d’autres personnages légendaires. La prise de conscience n’était pas aussi forte, générale qu’elle l’est aujourd’hui. La population ne disposait pas d’un mouvement autonomiste, d’un gouvernement provisoire kabyle, autrement j’en suis convaincu, aujourd’hui la Kabylie serait un État indépendant ou l’Algérie une nation fédéraliste.Retour ligne automatique
En revanche, depuis 2001, là je dis stop, permettez-moi d’écrire, si le futur de la Kabylie est paisible, c’est grâce à nos efforts conjugués. S’il est désastreux, ce n’est pas la faute du régime d’Alger ou de quiconque, c’est strictement de notre faute.

Comme tout un chacun, la vie me confronte aux questions de tout ordre. Deux sortent du lot, me troublent ; m’interpellent, me surprennent par leur ampleur, leur durée et conséquence. D’abord, je ne sais toujours pas quoi penser des Mazighes qui eurent la lumineuse idée de créer les caractères pour retranscrire leur langue, sans rédiger des œuvres littéraires, la tablette des lois pour l’ordre et la prospérité ? Perdirent-ils confiance en leur langue ? Perdirent-ils leur volonté de s’en servir et transcrire leur mémoire, leurs connaissances ? Que s’est-il produit ? Qu’est ce que c’est ce paradoxe mazighe ? Dans un sens, je peine à croire qu’ils utilisèrent que sur les rochers, les pierres du désert… je postule que des écrits en tifina, en numide, en grec, en latin relatant les croyances, l’existence, l’histoire vue par les Mazighes, sont enterrés dans le sol de Tamazgha. Dans l’autre, le probable désintéressement des Mazighes pour l’écriture, plus particulièrement des descendants des Massyles : les Kabyles, me semble plausible. Or la rencontre avec l’école française démontre plutôt un attrait certain pour l’art des lettres ? Le réveil fut-il tardif ? Comment ne pas être écartelé face à tant de paradoxes ? Comment ne pas osciller entre le bonheur d’appartenir à un peuple porteur de savoir et la tristesse d’un patrimoine sonnant creux ; une liberté perdue, la notion même du peuple refoulé, oublié.

Sachant que la langue n’est pas seulement un outil de communication. Elle est surtout l’âme d’un peuple, le reflet de son intelligence. L’outil indispensable pour tracer un avenir politique. L’histoire rapporte les faits et témoigne des erreurs. On comprend mieux « l’énigme kabyle ». On comprend mieux pourquoi, il a attendu des siècles pour penser à se construire une nation et se gouverner.

Pourquoi nos anciens ne songèrent jamais à fonder une école kabyle. Des générations entières ont vécu sans aucun repère écrit, sans rien qui ressemblât à un livre. L’oralité, c’est bien, mais à un stade, ses limites deviennent des obstacles que seul l’écrit peut résoudre. Aujourd’hui les obstacles sont devenus très dangereux pour la liberté kabyle, pour sa permanence.

Ma deuxième perplexité est occasionnée par la croyance absolue au dieu des religions révélées avec prophètes pour témoins et transmetteurs de message divin. Un manuel encadrant strictement l’existence ici-bas, refermant les instructions pour mener sa vie selon la volonté de Dieu et réussir, après la mort du corps, son intégration au paradis et échapper aux flammes de l’enfer : deux réalités localisées dans des dimensions inaccessibles à l’esprit humain. Une foi partagée par des milliards de personnes. Dont quelques millions se conçoivent comme des missionnaires ayant la vocation de convertir l’humanité entière à leur religion, donc de la sauver des griffes du malin. Leur religion commande de conquérir le monde entier et de le soumettre à ses lois. Tuer les infidèles est une des nombreuses recommandations d’une loi estampillée pour l’éternité par le ciel. Beaucoup de textes soumis à la raison s’avèrent incompatibles avec les valeurs humaines.

Les fidèles remettent-ils en question leur foi, les préceptes du dogme ? Acceptent-ils le droit d’inventaire ? Pourquoi la liberté de penser et le libre arbitre sont-ils condamnés ? Quelles sont les raisons qui me poussent à rejeter un pan entier de l’héritage traditionnel, familial, communautaire ? Suis-je plus libre sans ce fardeau ? Suis-je plus intelligent que les fidèles ? Sur ce dernier point, je réponds par un non catégorique. Les autres questions méritent un plus grand développement.

Le postulat, le point de départ de toute réflexion se rattachant à Dieu, nous réunit sous le même ciel : foi que l’être suprême est le sculpteur de planètes merveilleuses, des galaxies disséminées dans un univers interminable. L’inventeur de la vie d’une complexité extraordinaire. Au premier mouvement de la raison, nos chemins s’écartent catégoriquement. Ma croyance accorde une importance essentielle aux objections déterminées par la science. Par conséquent, la foi en Dieu, la sagesse humaine, les vérités sont en perpétuel mouvement. Elles se confrontent à l’inconnu, se corrigent, s’amendent et se transforment à son contact. En un mot rien ne reste figé, il charrie le meilleur comme le pire, rien ne les maintient à l’arrière de l’erreur.

Certes des guerres éclatent ici et là pour des raisons strictement mercantiles. Ce sont les religions qui déclenchèrent les guerres saintes et leurs massacres, la soumission par l’épée, l’inquisition… Les religions soucieuses de ne pas soumettre les paroles, les faits du texte sacré à l’épreuve scientifique, à l’esprit critique condamnèrent à mort d’illustres penseurs, poètes… C’est la morale humaine qui mit un terme à l’inadmissible bâillonnement de l’intelligence. À l’aurore du millénaire, des religieux requinqués, aspirent à reprendre le pouvoir terrestre et font le nécessaire pour l’atteindre et imposer leurs doctrines célestes. Quitte pour cela, à massacrer des humains par milliers, ce sont les valeurs humaines qui font et feront barrages. C’est dans l’expérience, le temps et au contact de tout ce qui l’entoure que l’humanité perfectionne sa morale et l’allège progressivement de ses incohérences. Dieu est certes présent, mais il ne fait pas le gendarme au carrefour. Il laisse les humains circuler selon leurs propres codes.

La science rapporte qu’il y a cinq milliards d’années, la terre n’existait pas. À la périphérie de notre galaxie : la voie lactée, il n’y avait qu’un vaste nuage de gaz et de poussière appelé nuage moléculaire. À l’origine de ce nuage : l’explosion d’une supernova. Le Big Bang. La naissance du système solaire aurait durée dix à quinze millions d’années. Nous sommes très loin du récit et des six jours de la doctrine du jardin d’Éden, terre natale d’Ève et Adam et… du péché qui fut créé avant l’humanité et qui jura de causer sa chute, sa perte.

Curieusement dans l’histoire d’Ève et Adam. C’est Ève qui porte sur ses épaules toute la responsabilité et le fardeau du pêché original. Des générations de femmes en subirent les conséquences et les endurent toujours. Car c’est ainsi que l’humanité fut éduquée. Pourtant, le véritable coupable est celui qui a créé le diable et la pomme. Si une voiture fonce sur un mur à cause d’une soudaine défaillance mécanique, c’est la faute d’un nid de poule à l’origine du choc qui cause ladite défaillance, d’un défaut de fabrication, donc du constructeur… mais point du chauffeur.

Je crois à l’importance du dieu des sociétés humaines et son livre : la justice et la loi. Je ne crois pas aux prophètes et leurs allégories littéraires mythologiques. Je ne crois pas à une parole d’un dieu immuable, intangible ; figée dans le temps transmise à l’humanité qui n’aurait point le droit de la soumettre à la raison humaine. La vie est beaucoup plus compliquée que cela. Ses trésors beaucoup trop nombreux pour y être découvert même par des millions de générations. Je crois que tout ce dont regorge l’univers, tous les composants terrestres ou célestes, toutes les créations sont autant d’indications incitant l’humanité qui a une dépendance naturelle à l’expérimentation, à exercer ses neurones et à renouveler sans interruption les expériences. Réussir certaines et échouer sur d’autres, recommencer et se tromper. Les erreurs fatales de l’aîné, même les plus cruelles, servent d’enseignement au cadet. Et effectivement, même les plus invraisemblables expériences débouchent sur des découvertes fondamentales. L’histoire de la science, de l’humanité, de la galaxie sont pleines d’exemples.

Je crois que Dieu est à l’origine du bien et du mal, car ces deux éléments sont un passage primordial pour atteindre la sagesse, la voie de la raison. Il n’a pas conçu la matière et l’anti matière, le venin et l’antidote… par coïncidence, caprice ou hasard. Ils sont imaginés pour l’éveil de l’intelligence créatrice qui s’améliore au gré de recherches, d’interrogations, de résultats tantôt positifs, parfois négatifs.

La sagesse humaine est à équidistance du bien et du mal, c’est-à-dire, le sage a pratiqué les deux pôles, au cours de sa vie. Un sage ne réprimande pas un fautif, mais lui enseigne la manière d’éviter les embuches, lui apporte des éclaircissements, car il est parfaitement conscient de l’interdépendance du bien et du mal, de la curiosité naturelle de l’humanité et la nécessité d’expérimenter, de s’interroger. Il sait que le savoir dépend du temps et qu’un savoir qui ne se trompe jamais ne se remet pas en question, se fige et est susceptible de se transformer en doctrine obscurantiste et tyrannique. La sagesse divine, supérieure à l’humaine, considère, au moins, les mêmes impératifs. Pourquoi condamnerait-elle l’expérimentation par un feu ardent ? Pourquoi condamnerait-elle une défaillance du cerveau ?

Je crois que l’humanité n’a pas besoin de restrictions qui amoindrissent sa raison, d’ordonnances sciantes, mais d’une morale, d’essence humaine, évolutive, s’accommodant au temps présent. L’humanité a besoin de justice pour établir un équilibre dans une société et de liberté pour entreprendre. L’étude d’une religion apporte connaissance, la foi est un fardeau pour l’esprit, un bandeau apposé sur les yeux de l’intelligence.

Les religions révélées affirment que dieu ne manquera pas d’abattre son redoutable courroux sur les humains qui n’adhérent pas aux messages transmis par les prophètes. Les messages révèlent avec détail les châtiments infernaux destinés à quiconque suivrait l’instinct fondamental ; l’atout pour toutes espèces vivantes : la liberté. La liberté, souffle de l’âme, est cruciale, de même l’air est vital pour le corps. L’eau l’est pour la nature.

Dans le cas où il y a altérabilité morale, nous sommes sa création, à ce titre, il est coupable et ne doit aucunement nous sanctionner, car ne nous faisons qu’obéir à l’instinct, l’organe principal de la nature humaine élaboré par Dieu lui-même.

Alors au nom de quoi ordonne-t-il aux fidèles de soumettre par tous les moyens, la volonté des égarés ? De tuer sans hésitation les réfractaires. Cet ordre valide les bas instincts humains qui sont innés donc sortis de l’imagination de Dieu. En effet, selon ma perception, croire en Dieu, c’est accorder un minimum de crédit au principe que la liberté, l’instinct… nous sont attribués par sa volonté. Il ne nous les reprendra jamais et ne nous blâmera point de mettre nos pas sur les empreintes de la liberté pour avancer. Il ne nous jettera pas dans l’enfer ardent pour les événements expérimentés au nom de la liberté.

Je ne crois pas à un Dieu s’immisçant dans tous les détails de l’existence humaine y compris les plus triviaux, de la vie de tous les jours. Un Dieu hautement savantissime et bassement tortionnaire ? Un Dieu dualiste, réalisant des œuvres d’un génie inégalé. Toutefois d’une arrogance insurpassable, jaloux de son titre, excessivement égoïste, cruel, ambigu. Exigeant l’entière obéissance des êtres vivants qu’il dote de la liberté de se mouvoir selon leur sensibilité, l’instinct, l’intuition ? Ça me parait totalement illogique. Tout le contraire de la fonction même du cerveau : questionnement, doute, erreur, apprentissage… Contraire aux lois de la raison. Contre nature et contre-productif.

Dieu, l’être suprême, d’autres l’appellent la force vitale, la conscience divine. Il a reçu bien des noms, l’étiquette n’a aucune importance, l’essentielle est une foi en un Dieu clément. Il est le créateur des diversités ; de la nature riche en couleurs. D’univers éblouissants de multiplicités. Peu importe où va le chemin de la mort. Peu importe s’il se termine dans la tombe ou ouvre une porte vers une autre réalité. L’humain ne deviendra jamais un ange même avec le temps et les multiples expériences. Il s’élèvera et fera face à de nouveaux défis. À de nouvelles forces négatives qui transcendent le mal. L’essentielle est une morale juste que l’on se forge de la foi. En effet la foi n’est pas un concept abstrait, elle s’appuie sur une morale impartiale. Elle rend des verdicts en faveurs de la vérité qui peut être ponctuelle, de la raison, s’oppose aux fureurs théocratiques, qui se sait faillible, qui accepte la critique, l’opposition, l’existence d’autres fréquences. Une morale qui se refuse d’être moralisatrice prédicante. Qui n’admet pas l’immersion dans l’existence d’autrui, qui ne soit pas nébuleuse, obscurantiste et absolutiste et ne souffre d’aucune remise en question. Qui explore sans porter de jugements de valeurs. Qui ne soit pas rigide, rigoriste, frontiériste.

Débiter des maximes théocratiques dénuées de sens ne suffit pas à parvenir à une foi aboutie.

Les religions sont tellement en contradictions avec tout ce que notre expérience nous apprend de la réalité du monde.

Firmus T.

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