Quelle démocratie pour la Kabylie ? (V)

Partis politiques « kabyles »

Les Kabyles finissent toujours par distinguer le bon grain de l’ivraie.

Ils aspirent ardemment à un destin national. Ils se damnent pour l’atteindre. Ils renoncent aux valeurs fondatrices du parti. Ils font plus de mal que les mosquées. Dans la mesure où ils discréditent la notion même de démocratie. Pourtant, ils demeurent exclusivement, désespérément à encrage régional et ne s’avouent pas vaincu. J’avoue ne jamais visiter leur site internet respectif ni lu leur programme politique. La réalité kabyle ne m’en donne toujours pas l’envie. Je suppose que leurs projets politiques, sociaux, et plus particulièrement les orientations économiques, sans quoi rien ne peut se construire dans une société humaine, sont certainement élaborés et développés pour séduire l’électorat et apposer le sceau du professionnalisme sur leur sigle respectif. Encore heureux dira-t-on. C’est l’essence de la démocratie me rétorquera-t-on. Chacun agit à hauteur de ses ambitions dirai-je. L’Algérie est constituée, la Kabylie est destituée de son droit, ma force est consacrée à la victime, ma parole dénonce quiconque renforce l’oppression. Ma conscience apaise mon âme. Le combat de l’intérieur a accouché d’une Kabylie bombardée. Reconcentrer ses forces pour la protéger est un devoir sacré, ce n’est pas un renoncement à ses propres valeurs politiques.

Les deux partis poursuivent une stratégie suicidaire et sans issue. Ils reconnaissent tous les peuples opprimés dans le monde sauf le leur. Cet entêtement à vouloir s’autocensurer pour séduire l’électorat arabophone est voué à l’échec et constitue un frein à l’émancipation politique de la Kabylie. En versant dans l’auto-négation honteuse et scandaleuse ils se délégitiment aux yeux de leur électorat naturel.

Une Kabylie démocratique, prospère sans la kabylité ne m’intéresse pas. Je n’admets pas la mort du peuple kabyle est-ce donc un crime ? Une idée dangereuse émise par un ethniciste crapuleux ?

Deux évolutions radicales sont à souhaiter des illégitimes de l’Assemblée nationale. L’une : que cesse la division des Kabyles pour le partage des sièges : tu boycottes une élection, une manifestation… je me présente aux urnes, à l’estrade… C’est la double opposition virtuelle en action : façade pour exposer les convictions et temps pour amplifier la visibilité. L’autre : qu’ils réévaluent leurs logiciels en incluant dans leur programme politique l’idée de l’autonomie ou fédéralisme comme principe fondateur. Pourquoi ne choisissent-ils pas, en accord avec les autres partis démocrates algériens, un candidat d’unité nationale pour confondre la manipulation des urnes du régime ? Pourquoi ne mettent-ils pas les citoyens devant leur responsabilité. Pourquoi la réponse donnée à la Kabylie par l’ensemble des partis démocratiques est-elle sensiblement proche de celle du régime ? De la réponse, sans détournement conciliabules, découle la réaction de la kabylité et sa volonté politique.

Continuer d’ânonner le « changement de l’intérieur ». Continuer à respecter scrupuleusement une Constitution qui nie l’identité kabyle, la langue kabyle. Nie tout simplement l’authenticité de l’Algérie. À répéter que la Kabylie « transformerait le destin de l’Algérie » ou « la locomotive des aspirations des Algériens au changement démocratique » « alternance au système en place »… de la bonne vieille formule creuse, mâchée, digérée ; de la poudre « magique » présumée masquer et justifier le dévoiement dénommé par les plus naïfs des Kabyles : « l’entêtement des aveugles innocents ». Est-ce seulement de l’entêtement dénué d’arrière-pensées mercantiles ?

Quand bien même sont-ils des aveugles innocents, peut-on sincèrement donner les clefs de l’avenir d’un peuple à des personnes dépourvues de bon sens ? Des politiciens incapables de contrecarrer l’offensive du régime pour éteindre la lumière de la kabylité ? Sincèrement, peu importe l’angle de la question, à savoir méconnaissent-ils les tenants et les aboutissants du projet ou sont-ils des coupables avertis ? La réponse demeure la même : bien sûr que non, ne nous pouvons, ne nous devons leur confier ni le présent, ni l’avenir du destin kabyle. C’est carrément suicidaire.

Les deux partis politiques sont indissolublement liés par la médiocrité qui les caractérise. En l’état actuel, il est évident qu’aucun n’a pour priorité les intérêts fondamentaux de la Kabylie. Le combat identitaire ne fait plus partie de leurs préoccupations majeures. L’a-t-il jamais été ? Concernant les acquis démocratiques ? C’est une interrogation et je passe à la suite. Les deux participent aux simulacres électoraux, occupent des sièges juteux en avantages variés à l’Assemblée nationale des opportunistes et complices. Faut-il préciser que les titulaires des sièges ne représentent aucunement la volonté des peuples algériens spoliés ? Est-il nécessaire d’évoquer le caractère du régime en place à Alger ? Quel Algérien ou même Martien ignore que le régime est entré par effraction dans l’histoire et a refusé la légitimation démocratique en établissant des institutions qui reposent sur des règles « invisibles » et perfides, inchangées depuis l’aube de l’indépendance ? Ne dilue-t-il pas l’essence de l’algérianité dans une idéologie orientaliste standardisante ? Ne mène-t-il pas une politique broyant les aspirations démocratiques des citoyens algériens ? N’a-t-on pas la curieuse impression que l’Algérie est régie par deux constitutions : le fronton, au nom du peuple, pour le peuple et l’arbitraire du pontât local : un wali, un commandant de gendarmerie, un juge… La formule de Montesquieu dans l’esprit des lois lui sied à merveille « Abattre tous les courages et éteindre jusqu’au moindre sentiment d’ambition ». Telle est l’ambition de ce régime : étouffer l’esprit d’initiatives créatrices. « fainéantiser » le cerveau algérien.

Cinquante ans plus tard, les citoyens algériens sont divisés, instrumentalisés. Ils s’opposent alors que la solution est de s’unir pour réaliser l’objectif des pères de l’indépendance : un pays libre, démocrate, respectueux de sa diversité. Un objectif dont tous, se réclament. Faute de volonté, d’union pour le concrétiser, de nation d’espoir pour rêver, la majorité aspire à rejoindre, à tout prix et par tous les moyens, l’Occident ou l’Orient. Fuir le pays où même la frustration leur est confisquée. Aucune découverte scientifique, aucune création ne viennent inaugurer un patrimoine scientifique. L’injustice mène le ballet. Les difficultés économiques et sociales s’accumulent et s’enchevêtrent. Les jeunes, les moins jeunes parient leur vie dans la périlleuse traversée méditerranéenne à bord de barques de fortunes surchargées d’êtres désespérés. Déterminés à aller vivre dans un monde meilleur, résignés à servir de garde-manger en haute mer.

Il est criant que la solution aux problèmes algériens ne viendra pas du régime et pour cause, ils sont tout bêtement son œuvre. Le pouvoir s’acharne à les entretenir.

Firmus T.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*