Quelle démocratie pour la Kabylie ? (VI)

La tromperie du siècle et les démoralisateurs professionnels

La légitimité de « l’esprit révolutionnaire » dont se prévaut le régime est falsifiée, vidée de son sens à l’ascension de Ben Bella au poste du président de la République. Depuis ce jour, un patriarchisme sans scrupules, arbitraire, dissimulé sous le nom de libérateur et garant de l’unité nationale, est aux manettes d’un pays, à l’origine, pensé, dessiné pour être riche et puissant. Un paternalisme corrupteur absolu érigé en système mafieux basé sur la brutalité jugée juste et légitime du fait de l’immaturité des citoyens algériens, qui se voient ainsi bafoués sans vergogne dans leurs droits fondamentaux. Immaturité héritée de 130 ans de colonisation française. Les ressources minières offertes par la nature pour investir dans la science, le savoir… sont détournées vers des poches sans fond.

Après cinquante “glorieux” cinq juillets et autant de premiers novembres, les clichés en mémoire des sacrifices consentis sont toujours diffusés sur tous les supports médiatiques disponibles. Grosso modo, ils exaltent toujours le réflexe patriotique des citoyens et les exhortent encore à condamner la conduite de la France. À noter que les mêmes clichés reviennent lorsqu’il est crucial de faire avaler une baleine irradiée aux Algériens. Au moins une baleine par trimestre. Le bon sens, l’amour de la patrie et des patriotes n’a pas encore atteint les cimes de l’État, autrement, il enseignerait l’éveil de l’intelligence, la bonté d’âme des citoyens algériens. Il leur enseignerait les faits, l’histoire qui affirme que la civilisation musulmane n’est pas exempte de tout passé colonisateur ; esclavagiste. Leur rappellerait que toutes les civilisations furent expansionnistes ; colonisatrices y compris la civilisation arabe. Elles ne ramenèrent pas uniquement la paix, le message de Dieu, la civilisation… Elles semèrent aussi la mort, la famine, la désolation…

L’injustice faite aux Mazighes en est une preuve vivante. S’ils venaient à disparaitre, certes c’est de leur faute, mais la faute incombée aussi à la civilisation musulmane qui l’a facilite. Les musulmans oublient-ils sciemment ou ignorent-ils naturellement que les conquêtes islamiques détruisent sur-le-champ les civilisations colonisées ? Que sont devenues les civilisations tombées sous le joug de l’islam ? Effacées, disparues des mémoires, jetées dans les catacombes de l’histoire pourtant, elles étaient autrefois prospères et créatives. Faut-il éternellement exclure ces faits des bancs de l’école algérienne ? Doit-on exiger, jusqu’à la fin des temps la repentance de la France ?

N’est-il pas temps de procéder à un inventaire de l’histoire sans concession ? N’est-il pas temps de regarder dans le télescope historique comment et pourquoi les mémoires se calcifièrent et perdirent leur culture, leur langue. Elles devinrent amnésiques et oublièrent leurs racines ancestrales, en même temps qu’elles se lancent dans la surenchère de la bigoterie. N’est-il pas temps de rendre justice aux peuples spoliés ? Si l’islam est une religion transcendant toutes les autres pensées humaines ; si les Arabes sont un peuple de victimes, de stigmatisés pourquoi leur idéologie politico-religieuse-nationaliste condamne-t-elle les minorités linguistiques, religieuses en terre d’islam, à une mort certaine ? Pourquoi leur renient-ils le droit qu’ils exigent pour la Palestine ? Pourquoi le Kabyle qui réclame ses droits serait-il un séparatiste et le Palestinien un héros ? L’approche ne procède-t-elle pas d’une hiérarchisation fascisante de l’humanité ?

Le territoire numide, sous régence turque, n’était-il pas livré à l’anarchie politique ? La France n’a-t-elle pas conquis une Kabylie indépendante depuis des siècles ? Ces vérités n’excusent en rien son comportement abusif durant 132 ans. Aucune colonisation n’est justifiable surtout celle faite au nom de Dieu. Toutes les colonisations ne sont pas égales en nocivité. Elles rappellent juste que l’histoire humaine est jonchée de cadavres. Elles rappellent que le temps et les empires ne s’accordent pas. Elles rappellent qu’il faut toujours avancer, pardonner, comprendre, reprendre la relation, accorder au passé un espace important dans les bibliothèques, c’est un aide mémoire regorgeant d’exemples concrets, de fautes à ne pas reproduire. Elles rappellent que la morale divine c’est la justice, la vérité, la raison.

Aujourd’hui, l’Algérien trouvera toujours une épaule amicale en France où la Constitution lui garantit des droits inaccessibles en Algérie.

Cependant, espérer du bon sens, un esprit pédagogique d’un régime n’hésitant jamais à maltraiter sur la place des martyrs de l’indépendance, les Algériens battant pavée et criant leur dégout de l’injustice. Ni à se comporter en tortionnaire et assassin en Kabylie. D’un régime qui a fragmenté la société algérienne : diviser pour mieux régner telle est sa devise. Il a divisé et brisé les citoyens tel un vase cassé. N’hésitant pas à décrédibiliser la parole politique algérienne.

Je rappelle aux inconséquents qu’il a gratifiés la planète d’un échantillon du racisme primaire : Enrico Macias a émis le souhait de fouler la terre de ses ancêtres ; sa terre natale. L’autorisation lui a été sèchement refusée. Les explications pour justifier l’incompréhension par la raison. Les réactions vénéneuses qui suivirent, que nul fait historique, sécuritaire, politique ne cautionnent, révèlent un trait de caractère de l’idéologie qui gouverne le pays : racisme archaïque.

Les experts en dénonciations surfaites, passés maîtres dans l’art d’inverser les rôles. Continuent à gratter une fibre usée jusqu’à la corde qui émet néanmoins toujours un son hypnotique et agit sur le cerveau des citoyens algériens. Les thuriféraires entretiennent un impitoyable, un immoral embargo sur l’histoire de Tamazgha. Se sont mis à faire coïncider le début de son histoire dans les manuels scolaires avec l’avènement de l’islam en Afrique du Nord. Ce qui l’a devancé fut expurgé, réécrit dans le sens pernicieux et expédié, en quelques paragraphes, à l’état d’ignorance et de sauvagerie antéislamique. Bouffi d’orgueil, ils se flattent d’avoir sorti le Mazighe de la « jâhiliyya ».

La pire des calamités que le régime a ensemencé dans le pays a éclos depuis des années, heureusement, elle n’a pas pris son essor pour couvrir le pays. Elle n’a pas réussi à éclipser les forces démocratiques concurrentes. Au regard de l’histoire en mouvement, elle ne saurait tarder à prendre les manettes.

En effet dans la configuration actuelle, à supposer que le régime s’effondre. Il n’est pas acquis qu’il sera remplacé par des démocrates débonnaires épris de justice. Mais probablement par les seules forces sociales qui concurrencent ce régime : les islamistes politiciens. Leurs entrismes politiques coïncident avec le renoncement à l’action militaire par le FIS. Progressivement, ils sont devenus l’un des piliers du régime, son autorité morale. Ils sont toujours à l’ouvrage au cœur de l’État. Ils solidifient son architecture actuelle : toujours plus d’islam et d’arabe. Encore et toujours la négation de la kabylité. Même à l’extinction, elle ne trouvera jamais grâce à leurs yeux, un musée ne lui sera jamais dédié. Dans le cas où le régime s’effondre dans la violence à l’exemple de la Libye, leur position stratégique leur ouvre les voies du pouvoir.

Je tiens à préciser un point : aucune haine vis-à-vis des arabophones algériens, ou d’ailleurs, n’étouffe mon cœur, n’enserre mon esprit. Je ne suis pas anti-arabe pour la simple raison que tout ce qui est anti est une régression pour l’esprit critique et la recherche de la vérité. La haine est mauvaise pour la santé de l’esprit : elle ronge la conscience. Elle n’est pas une force, mais un aveu de faiblesse morale. Elle ne sait que détruire ce que construit la paix, la sagesse. Je ne déteste aucun peuple vivant sur cette planète ou ailleurs dans l’univers.

Mon engagement est motivé par la lutte contre la haine du Kabyle ; la haine de la différence. Je confesse mon irréligiosité. Les livres traitant des religions sont utiles dans les rayons des bibliothèques. Je considère la foi monothéiste comme un frein à l’émancipation surtout si elle s’insinue dans le moindre petit détail de l’existence. Elle devient irrémédiablement une idée extrémiste potentiellement meurtrière.

Tel que je conçois l’éducation, l’école peut enseigner le fait religieux, mais ne jamais influencer l’élève. Chaque personne a le droit d’entamer sa réflexion spirituelle, libre de toute entrave parentale, sociétale… Les parents ont l’obligation de préparer l’enfant à la vie, à faire face aux difficultés inhérentes à l’existence. Lui enseigner les bonnes manières.

Ils n’ont pas le droit de « transmettre l’héritage sacré », c’est-à-dire imposer leurs croyances religieuses aux enfants et les étouffer par le moralisme qui s’y attache. Je ne suis pas pour autant un antichrétien, anti-judaïque, anti-islam, car la liberté est précieuse. Ma liberté ne peut s’épanouir sans celle de l’autre. C’est dans la confrontation d’opinion que la liberté se découvre de nouveaux horizons, élargit son espace, se comprend.

Évidemment sur le plan spirituel, intellectuel, psychologique, je suis à des années-lumière de la religion imposer par l’État algérien : l’islam. À mes yeux, c’est une idéologie, politico-religieuse impérialiste et mérite l’intention appropriée. Je suis en colère contre les arabophones algériens qui feignent de ne pas comprendre que les revendications identitaires kabyles sont éminemment légitimes et ne menacent aucunement la sécurité, la prospérité, la géographie du pays. Je suis en colère contre les esprits stériles abrutissants qu’ils soient kabylophones, arabophones, pinguinphones prompts à battre pavé pour la Palestine, mais s’étonnent, pour employer un euphémisme, des revendications de leurs voisins kabyles. Revendications balayées d’un revers de main méprisant comme on chasserait des mouches ennuyeuses. Au nom de quel principe y a-t-il deux poids et deux mesures ? Pour l’humanisme ? Certainement pas. Alors quoi, quelle est la justification ?

A suivre…

Firmus

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