Quelle démocratie pour la Kabylie ? (VII)

De la tyrannie liberticide à la dictature participative

De l’indépendance à 1989, la “politique” incarnée à l’écran de fumée, d’abord par B.B [1] l’intrus, ensuite par son détrousseur, [2] et pour finir par tête de choux fleur limitaient le choix politique à la « vaillante clairvoyance » des pères de la nation. C’était l’alternative « légitimiste » des héros » de l’in-dépendance. L’initiative individuelle, l’indépendance de l’esprit, « l’Éducation nationale »… étaient sclérosées par l’abêtissement répandue, imposée par le caporaliste, un inconditionnel du déni identitaire appliqué avec diligence au peuple kabyle et un partisan de l’arabisation indésirée, mais prédominante.

Depuis l’« ouverture politique », depuis l’amendement de la Constitution, avec l’article 40 consacrant le pluralisme politique, pour la kabylité, le malheur est devenu bicéphale : le militaire nationaliste-algérianistes et l’oumaniste-nationaliste-mondialiste. Deux forces favorables à l’arabisation à outrance du peuple kabyle et l’islamisation forcenée. Quant aux forces démocratiques que je n’ai pas épargnées précédemment, voilà maintenant vingt-deux ans qu’elles attendent impatiemment un rendez-vous avec le « peuple algérien » pour instaurer un État de droit. Toute date se voit contraire par l’absence du convoité. Peut être un jour finiront-elles par proposer un rendez-vous aux peuples algériens. Personne de raisonnable ne contesterait leur impact sur le pays des maudits par la raison primaire, durant ces vingt-deux ans de combat pour la justice, la démocratie. En revanche, pour la Kabylie, ils n’ont absolument rien apporté de concret. Passons…

Depuis 50 ans, le noyau du régime s’agace du destin tenace de la kabylité. Comprenez bien que pour les leaders des nationalistes arabistes qui, à la moindre syllabe kabyle, reproduisent à la perfection les mimiques d’un mal de dents de sagesse, le temps est notre pire adversaire et leur meilleur allié. Ils ne s’intéressent pas uniquement aux richesses minières du pays, de toute manière, ils les détiennent et en jouissent à leur guise. Leur ambition est de parachever l’œuvre entamée voilà des siècles : arabiser les Mazighes. Arabiser la totalité des Mazighes présents dans le pays sous leur contrôle et comptent évidement sur les frères idéologique pour en faire autant sur leur territoire d’influence.

Les cadres influents sont formés à l’école de la falsification de tout matériel. Favorables à la ségrégation ethnique. Ils manipulent la « rue algérienne » et la maintiennent sous leur influence morale, politique. Rompus à l’art du mensonge de circonstance, leur discours est modulable, évolutif, il suit la tendance présente de l’humeur algérienne, tout particulièrement l’évolution des revendications kabyles et l’adapte au gré des circonstances, en fonction des événements, des interlocuteurs et de leurs intérêts. Dotés d’une plasticité idéologique incomparable, ils protègent et valorisent le dogme dominant : la religion et l’éducation imposées pour parachever la colonisation par l’annexion psychique.

Tout argument contenant une once de proposition en faveur de la permanence kabyle, de la démocratie et la séparation du religieux et l’État, c’est-à-dire un argument contraire à leur vision sectaire, est non-avenant. Ils lui opposeraient par exemple le spectre d’une balkanisation qui n’éclaire en rien la situation algérienne. Au contraire, elle l’embrouille davantage, en convoquant des références inadéquates, inappropriées.

Aux confrontations des idées ; au débat serein, libre, ils répondront toujours par des querelles parasitaires pour torpiller tout dialogue apaisé. Préférant la caricature, l’insulte, les menaces et l’outrance consistant à salir les personnes qui ont l’outrecuidance de ne pas préconiser la théocratie islamique et la dictature arabique. Ils sèment le mensonge, la manipulation pour discréditer l’adversaire et éviter un réel débat d’idées, un authentique échange de points de vue, une discussion posément argumentée. Peu leur importe si leurs suggestions sont pertinentes ou hors de propos, l’essentiel est de travailler au corps les citoyens algériens, leur faire peur, en théorisant tous les scénarii dangereux, afin que le citoyen ne s’écarte jamais de leur théorie exclusiviste et ségrégationniste.

Ils entretiennent, propagent les idées de la matrice idéologique du fondamentalisme musulman censée refermer toutes les solutions aux souffrances de l’Umma. Censée contenir toutes les sciences existantes et à venir. C’est le grand retour au miracle oublié. A l’âge d’or jalousie.

Rien, absolument rien de probant pour la kabylité n’émanerait d’eux. Ils donneront toujours tort au peuple kabyle. Ils le métamorphoseront par la magie de la propagande et le chantage au carburant, en un archaïque tribaliste raciste. Transformeront sa force mentale, en arrogance ethnico-sécessionniste. C’est le monde à l’envers n’est-ce pas ? Il y a un proverbe kabyle qui dit bien les choses : « seules la personne qui a réussi les coups et celle qui les a données connaissent la vérité ».

L’histoire du proverbe est la suivante : un jour, les voisins accoururent aux cris de douleur d’un humain, arrivés sur place, ils découvrirent un homme par terre, un autre debout, tenant un sac de paille dans les mains. Ils s’enquirent de la situation, le tortionnaire répondit : « mes amis, je m’amusais en lui lançant gentiment le modeste sac sur le dos, à mon grand regret, il s’écroule par terre et se tord de douleur. Malheureusement ce n’est pas la première fois qu’il se comporte ainsi, pour tout vous dire, dés qu’on touche, il crie au tortionnaire. Les voisins retournèrent à leur occupation en maudissant l’homme, par terre qui n’a dit mot pour présenter la situation, et informer les voisins que le modeste sac contient une pierre aux coups vraiment douloureux.

C’est exactement ce qui se passe pour les Kabyles, ils se font piétiner, nier, rejeter, se voient refuser un droit légitime et ils sont dépeints sous des traits désavantageux et coupables. À ceci près, aujourd’hui nous nous saisissons de la parole pour indiquer la pierre dans le sac. Grâce aux nouveaux médias, à des générations militantes actives, nous rendons publique la réalité pleine et entière.

De temps en temps, je visite le net « algérien », histoire d’humer l’air du temps. Par moment, devant le déferlement de commentaire d’une bassesse grasse, d’une haine incompatible avec l’ère primitif, je me demande si nous sommes réellement en 2011. Exemple du taisez-vous, vos revendications ne comptent pas : le pays est déjà divisé vous voulez le diviser davantage ? Ou la peur située à hauteur d’estomac : que mangerez-vous une fois autonomes, les pierres, l’huile d’olive ? Ou encore tentative désespérée d’isoler la Kabylie : Vous êtes une bande de racistes réfugiés en occident. Sinon le ridicule ne tue pas, référence à l’Union européenne : Les autres cherchent à s’unir, vous, vous cultivez la séparation. … mieux : Oui mais… il y a eu un brassage des populations à tel point que nul ne peut connaitre ses origines. À croire que certains ont le droit de se brasser, se renforcer et d’autres sont réduit à se brasser, se diluer et disparaitre.

Évidemment les leaders ne sont pas des nases, ils n’ignorent absolument pas que l’autonomie ne se confond pas avec l’indépendance, s’ils soutiennent le contraire, ils exécutent tout bonnement, scrupuleusement, sans état d’âme, les règles basiques de la désinformation. En revanches, le commentateur lambda, le citoyen qui amalgame l’autonomie et la succession… En effet, devant tant de bêtise humaine dénoncée publiquement par les auteurs des commentateurs, en personne, je m’interroge très sérieusement entre autres sur leurs capacités intellectuelles et pensée politique. Certes, ils sont souvent manipulés, mais, quand même, il suffit de lever le bout de son nez du tas d’immondices qu’il renifle pour reconnaitre la vérité : les victimes sont transformées par la magie de la propagande et le pouvoir qui contrôle le pétrole, le blé, l’huile n’sango en bouc-émissaire, en coupable idéal et le lambda en perroquet de cirque itinérant.

L’inversion des valeurs.

Franchement, à l’ère technologique, le citoyen algérien, même des contrées reculées et sauvages, ignore-t-il véritablement que l’autonomie ne se confond pas avec le sécessionnisme ? Ont-ils effacé de leur mémoire l’autonomie traditionnelle dont jouissaient toutes les régions d’Afrique du Nord ? Sommes-nous plongés dans l’infecte ignorance, de surcroit manipulée par les sans scrupules ? Ou prétend-il le contraire pour nuire haineusement à la kabylité ? La conscience sans morale s’est-elle répandue à une très grande échelle ? Questions qui méritent d’être creusées. Rappelons qu’au sens littéral, autonomie signifie le droit pour un État régional de se régir d’après ses propres lois. Elle se caractérise par l’établissement d’une relative autonomie politique, institutionnelle et économique, etc.

Bref une Kabylie autonome ne se sauvera pas secrètement de l’Algérie. La kabylité a besoin d’air, d’ouverture. Elle a besoin d’abattre les murs de séparation, pas d’en ériger de nouveau. Elle ne souhaite pas s’isoler, la terre est sa planète, l’Afrique est son pays, l’Algérie est sa terre, la Kabylie est son berceau.

A suivre…

Firmus T.

Notes

[1Ahmed Ben Bella

[2Mohamed Boukherouba alias Houari Boumedienne

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