Quelles ressources dans une Kabylie libre ?

Richesses de la Kabylie indépendante

Qu’allons-nous manger dans une Kabylie libre ?

Hocine Benhamza nous propose une série de réflexions sur ce que l’on peut faire pour améliorer les conditions de vie en Kabylie.

Premier ingrédient : l’eau

Dès que vous parlez d’autonomie de la Kabylie, la réponse fuse ; « Acu ar’ annečč ? » Sous-entendu, la Kabylie ne possède ni pétrole, ni minerai, ni plaines. Elle n’offre que des cailloux et des terres stériles « izra akk d iherqan. » L’autonomie condamnerait les Kabyles à crever de faim sur leurs crêtes. Qu’en est-il au juste ?

L’humanité comporte deux catégories d’hommes : celle qui vit de son travail et celle que nourrit la charité, Il y a les travailleurs et les assistés ; la dignité fait la différence.

A la réflexion, la Kabylie bénéficie d’un atout naturel décisif : l’eau du ciel. Sa pluviométrie atteint bon an mal an 1.000 mm d’eau. Cependant les trois-quarts au moins de cette manne se perdent dans la mer. Or, elle pourrait servir à développer une arboriculture à même de générer une immense richesse et un nombre considérable d ‘emplois à condition de mettre en œuvre ce que nous appellerons l’opération citerne.

Voilà comment :
Dans toute nouvelle construction à usage d’habitation, il faut aménager au sous-sol des citernes en béton qui recevront, au moyen de canalisations en zinc ou en matière plastique, les eaux de pluie tombées sur la toiture. Un filtre placé à la sortie du dernier tuyau servira à retenir les impuretés.

Une citerne de 3 mètres cubes permettra de recueillir 27 mètres cubes d’eau chaque année pour arroser un jardin potager pendant les trois mois d’été. L’eau sera puisée au moyen d’une petite pompe électrique. Elle permettra de produire des légumes pour la consommation familiale.

Dans les champs, il suffira d’installer une toiture de tôles ondulées (en métal ou en matière plastique) sur un cadre vertical formé de pieux ou de piliers en béton armé reliés par un carré de madriers. Sous cette installation, on aménagera une citerne bétonnée qui recevra les eaux de pluie au moyen d’une canalisation.
L’eau sera aspirée au moyen d’une pompe mécanique aspirante et foulante ou, à la rigueur, avec un seau et une corde. Elle servira à entretenir un verger.

En Kabylie, les anciennes productions fruitières comme les figues, les cerises et les raisins sont en voie de disparition. Pour en avoir fait l’expérience, je sais qu’un arbre planté en hiver prend bien. Il verdit et grandit jusqu’au début de l’été. Ensuite la sécheresse le tue ou l’empêche de croître. Or, il suffit de donner à chaque pied un seau d’eau puisée dans la citerne, deux fois par semaine, en juillet août et septembre pour le sauver de la sécheresse. L’eau versée à chaque arbre sera couverte d’une feuille de plastique épais pour ralentir l’évaporation.

Résultat, les arbres entreront plus vite en production et fourniront un meilleur rendement. A terme, non seulement la Kabylie s’autosuffira en fruits mais elle pourra en vendre à d’autres régions d’Algérie ou en exporter. Faut-il préciser que ce sera une source appréciable d’emplois et de revenus pour les Kabyles ?

La création de citernes nécessite une mise de fonds dont toutes les familles ne disposent pas. C’est là que la puissance publique entre en action. Elle doit inciter les banques à consentir des prêts à moyen terme, à faible taux d’intérêt. Elle doit garantir la récupération des sommes prêtées. Selon la nature des arbres à planter, la durée sera de dix à vingt ans. La bonne utilisation de l’argent sera dûment contrôlée. La meilleure garantie sera l’esprit de responsabilité des citoyens. En l’occurrence, les assemblées ou les comités de villages pourront jouer un rôle Capital.

Notre proposition rencontrera de prime abord le scepticisme. Nous pensons que le principal obstacle viendra de la résistance à l’innovation. Le deuxième sera la réticence à l’effort. Quatre décennies de mauvaise gouvernance ont amolli les énergies. Nous devons réagir, renouer avec le goût de l’effort qui fut la fierté de nos ancêtres.

Hocine Benhamza

Article mis en ligne le 3 janvier 2006.

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