Qu’est-ce que la science ?

Élève de Socrate à partir de 407, quitte Athènes après l’exécution de son maître (399). Voyage (notamment en Sicile) jusqu’en 387, puis revient à Athènes où il fonde une école : l’Académie. Son œuvre fait revivre l’enseignement socratique tout en le dépassant.

Principaux Dialogues : Protagoras, Gorgias, Ménon, Phédon, Le Banquet, La République, Phèdre, Théétète, Parménide, Timée, Philèbe.

LES ADVERSAIRES DE SOCRATE

Les grands thèmes du platonisme apparaissent d’abord comme un effort pour repousser les thèses des sophistes. Platon a lui-même donné de ces thèses un exposé vigoureux :

1) L’empirisme

A la question « Qu’est-ce que la science ? », posée par Socrate, le jeune Théétète répond en s’inspirant de Protagoras :

Théétète. Il me paraît que celui qui sait une chose sent ce qu’il sait et, autant que j’en puis juger en ce moment, la science n’est autre chose que la sensation.

Socrate. C’est bien et bravement répondu, mon enfant : c’est ainsi qu’il faut déclarer ce qu’on pense. Mais allons maintenant, examinons en commun si ta conception est viable ou si elle n’est que du vent. La science est, dis-tu, la sensation ?

Théétète. Oui.

Socrate. Il semble bien que ce que tu dis de la science n’est pas chose banale; c’est ce qu’en disait Protagoras lui-même. Il la définissait comme toi, mais en termes différents. Il dit en effet, n’est-ce pas, que l’homme est la mesure de toutes choses.

Théétète. Oui, et plus d’une fois.

Socrate. Ne veut-il pas dire à peu près ceci, que telle une chose m’apparaît, telle elle est pour moi et que telle elle t’apparaît à toi, telle elle est aussi pour toi? Car toi et moi nous sommes des hommes.

Théétète. C’est bien ce qu’il veut dire.

Socrate. Il est à présumer qu’un homme sage ne parle pas en l’air. Suivons-le donc. Arrive-t-il pas quelquefois qu’exposés au même vent, l’un de nous a froid, et l’autre, non; celui-ci légèrement, celui-là violemment?

Théétète. C’est bien certain.

Socrate. En ce cas, que dirons-nous qu’est le vent pris en lui-même, froid ou non froid ? Ou bien en croirons-nous Protagoras et dirons-nous qu’il est froid pour celui qui a froid, et qu’il n’est pas froid pour celui qui n’a pas froid ?

Théétète. Il semble bien que oui.

Socrate. N’apparaît-il pas tel à l’un et à l’autre?

Théétète. Si.

Socrate. Mais apparaître, c’est être senti ?

Théétète. Effectivement.

Socrate. Alors l’apparence et la sensation sont la même chose, en ce qui concerne la chaleur et toutes les choses du même genre; car telles chacun les sent, telles elles semblent bien être pour chacun.

Théétète. C’est vraisemblable.

Socrate. Donc la sensation, en tant que science, a toujours un objet réel et n’est pas susceptible d’erreur.

Théétète. Évidemment.

Platon, (427-347 avant J.-C.)

 

 

 

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