Rapprochement de circonstance entre 2 sigles ou union de la Kabylie ?

20 avril à Béjaïa

Deux représentants respectivement du RCD de Béjaïa, M. Debouche, et du MAK, M. Zouaoui, auraient convenu lors d’une « rencontre (…) conviviale et fraternelle (…) pour commémorer (ensemble NDLR) le double anniversaire du printemps amazigh et du printemps noir en mettant en avant l’union dans la diversité. »

Le représentant du MAK a déclaré à Tamurt info :

« Nous avons des différences mais jamais de différends. quelles que soient nos divergences, nous sommes condamnés à unir nos forces, à marcher ensemble dans la diversité pour déjouer les conspirations du régime qui ne jure que par l’anéantissement du peuple kabyle. Chacun va scander ses propres slogans dans un esprit de démocratie, de respect mutuel et de fraternité. »

Dans une déclaration citée par le même site, Lhacène Ziani de l’anavad , déclare, triomphaliste, à l’adresse des deux représentants suscités :

« …vous venez de poser la pierre angulaire de la solidarité kabyle. La Kabylie retiendra vos noms pour l’éternité.

Il faut souligner et rappeler que l’initiative ne concerne que la marche prévue dans la ville de Bejaïa et non un pacte entre les deux organisations politiques, le RCD et le MAK, encore moins un rapprochement viable qui serait l’émanation d’un quelconque dialogue qui reste impossible à mettre en place entre les différents partis et mouvements politiques d’essence Kabyle qui, le reste de l’année, se tournent le dos et s’envoient des quolibets et autres petits noms d’oiseaux et ce, à chaque fois que l’opportunité de sortir de leur torpeur respective, notamment lors des mascarades électorales qu’organisent régulièrement le régime algérien, le permettait.

Comment serait-il autrement quand les fondements mêmes de leurs idéologies politiques sont inconciliables ? Cela ne nous a pas empêché de tenter de trouver des points communs susceptibles de justifier l’amorce d’un rapprochement stratégique en Kabylie tout en concédant au RCD la liberté de continuer à fantasmer sur une chimérique existence dans le reste de l’Algérie. En vain. Alors même que le RCD faisait sienne l’idée d’autonomie à travers sa proposition dite de « régionalisation modulable » qui suggérait d’accorder une autonomie spécifique à chaque région d’Algérie, donc y compris à la Kabylie, il ne ratait pas moins la moindre occasion pour fustiger l’option autonomiste du MAK, accusé, je cite : « d’aventurisme et de danger pour la Kabylie ». La violente altercation verbale entre Saïd Sadi et les militants du MAK lors de la dernière conférence du président du RCD à l’université de Béjaïa, fut le summum de cette inimitié qui trouve ses racines aussi bien dans la nature même des choix politico-idéologiques des deux organisations protagonistes mais aussi, dans le culte, par leurs partisans respectifs, des deux chefs qui, pour le moins, sont loin d’être en odeur de sainteté l’un auprès de l’autre.

Aussi, l’indépendance de la Kabylie que prône depuis peu le MAK, ne constitue-t-elle pas la fin du RCD qui s’inscrit, plus que jamais, dans le cadre des fondements de l’Etat algérien et du système qui l’incarne ? La participation du RCD aux différentes mascarades électorales et, par ricochet, au jeu institutionnel mis en place par le régime, intégrant, de fait, dans les pratiques du RCD l’acceptation et la reconnaissance des institutions fantoches, d’une constitution raciste et des textes de lois iniques…en somme du système algérien qui méprise et martyrise la Kabylie depuis plus d’un demi siècle, une Kabylie considérée à la fois dangereuse et partie intégrante, diluée politiquement, identitairement et culturellement dans ce que le RCD appelle « la nation algérienne » …n’est-il pas l’antithèse même de la notion de « peuple kabyle » du MAK que le RCD est non seulement incapable d’utiliser mais qu’il refuse totalement d’admettre ? Idem pour l’idée même que la Kabylie puisse aspirer à un destin politique propre ; cela marquerait le divorce avec les élections algériennes, ses institutions, ses mensonges, sa corruption, voire ses privilèges… et le système qui en est le cadre immuable.

Ainsi, je suis toujours étonné par l’amnésie ambiante et le degré de naïveté collective ! J’appelle de tous mes vœux un rassemblement réel des Kabyles mais de grâce, ce genre d’« union de circonstance » destinée beaucoup plus à ne pas reproduire le ridicule des marchettes des années précédentes où nous avions vu à peine 300 marcheurs à Tizi pour le RCD, autant pour le MAK et une centaine pour le FFS… chaque année, 03 marchettes pour la même date, avec 03 itinéraires différents et surtout des slogans diamétralement opposés politiquement et, sur les trottoirs, une population amusée, blasée, désabusée ! Le RCD avait même eu à interdire le drapeau berbère lors de la marche de la soi-disant CNCD (c’est-à-dire RCD) du 19 mars 2011 ! Lors de la marche du 20 avril 2012, la rareté des marcheurs lors des années précédentes, avait eu raison du snobisme du RCD en le poussant à se confondre dans un seul itinéraire avec le MAK qui séduit de plus en plus la population estudiantine ; principale pourvoyeuse de marcheurs. D’aucuns avaient salué ce « rassemblement » où, ceux qui avaient directement interdit le drapeau berbère en 2011, étaient soudainement pris de sympathie pour le même drapeau berbère qu’ils déployèrent autour du drapeau algérien qui représente à la fois le déni de la berbérité par ses référents à l’arabité et à l’islamité et la logique algérianiste qui considère la Kabylie comme une région identique aux autres régions d’Algérie pendant que le MAK s’inscrit désormais clairement dans une logique indépendantiste tout en gardant le « A », autre inconséquence mignonne, dans son sigle !

Une telle divergence n’est pas seulement une différence, c’est beaucoup plus qu’un différend, c’est une opposition radicale car, encore une fois, la logique nationaliste algérianiste du RCD qui s’inscrit totalement dans le cadre des institutions du régime duquel dépend même sa survie et celle du FFS, cette logique-là est tout simplement la négation de la logique indépendantiste du MAK et vice-versa. Alors, un peu de cohérence messieurs dames, marchez aujourd’hui et dites-moi ce que pensera le MAK du RCD qui participera encore aux législatives ou aux présidentielles prochaines comme il l’avait fait en 2004, 2007…etc. Que dira aussi le RCD du MAK qui en appellera au boycott en considérant, à juste titre d’ailleurs, que les élections en Algérie renforcent le régime et ses partis, affaiblissent la Kabylie et la démocratie…

Un jour peut-être, une Union viable et fiable de la Kabylie… d’ici-là, je marcherai tout seul ou avec tous ceux qui marcheront, seuls, pour la laïcité, pour la liberté, pour la Kabylie ipi sitou.

Allas DI TLELLI

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