RCD : Cherchez l’erreur

Célébrations du 20ème anniversaire du RCD france

Tout en gelant ses activités, le RCD a tenu à fêter son vingtième anniversaire. Un peu par tradition et beaucoup pour signifier que la structure est toujours debout. Nous y étions. Initialement pour répondre à l’invitation d’amis militants de base et en même temps pour signifier notre approbation- une fois n’est pas coutume- de l’attitude prise par ce parti quant à la tenue de la prochaine mascarade électorale. Vous comprendrez, de ce fait, que nous avons essayé de garder une certaine neutralité en évitant de couvrir l’événement ; mais un acte politique reste un acte politique et un journaliste n’est rien s’il ne partage pas ses constatations, ses analyses, voire même ses émotions intimes.

On ne peut parler du RCD aujourd’hui comme on le faisait auparavant. Sa dernière volte face politique conjuguée à ce qui se passe dans sa vie organique intérieure nous laisse penser, en toute logique, à avoir ou à entrevoir quelques débuts de changement. Cela aurait été original et intéressant mais rien, hélas, n’est survenu pour appuyer nos pressentiments.

Bien au contraire, les ravages subits dans les rangs de ce parti (exclusions, démissions, polémiques…) semblaient ne pas avoir d’emprise sur le morale des troupes. Ce fût du moins ce qui émanait des visages présents et de l’ambiance bon enfant qui sied à ce genre de manifestation sans prétention ni mot d’ordre. Le but non avoué – mais assez visible – étant de remplir une modeste salle de trois cents places. On est loin des foules remarquables d’il y a dix ans mais l’honneur est sauf semble afficher les organisateurs. Le bateau est touché, mais pas coulé.

Blasés, rodés à la routine et résignés au fait accompli, les militantes et les militants présents ce 8 mars 2009 à la salle de la CFDT dans le vingtième arrondissement étaient loin d’afficher la sérénité et la conviction qui, il n y a pas si longtemps, les distinguaient des autres groupes politiques. A l’euphorie d’antan a succédé une sorte de laisser aller qui n’augure rien de positif. Très peu d’agitation et énormément de silence. Une rencontre sans service d’ordre ni hauts parleurs. Au diable le profil bas… lorsqu’il reste un brin de courage dans le désespoir.

La vie continue donc comme si de rien n’était. En témoigne le déroulement du meeting. Classique et limite ennuyeux : bienvenue de Hachmi Souami puis prise de parole de Rafik Hassani pour rappeler que le RCD France se porte à merveille. Suit une allocution de Djamila Messous, plus lue que prononcée, sur la culture et la situation de la femme (8 mars oblige). Et on donnera la parole à deux invités : Si Mohamed Ghozali, qui tout en s’opposant à l’imposture des vautours d’Alger, rappelle, avec diplomatie, qu’il était là par coïncidence et un représentant du PCF qui, pour ne pas se mouiller, préférera parler de Gaza. Et allez comprendre pourquoi !

Vint enfin le discours du président Said Sadi qui, fidèle à son style, rappelle la singularité de son parti dans la sphère démocratique algérienne en rappelant la nécessité de la concertation, le dévouement et l’obligation de rendre compte de ce qui se passe. Le président saluera les efforts des militants, la présence des femmes, fustigera Boutef et l’incompétence du système. Devant une assistance apparemment consentante, Said Sadi n’a pas eu de mal à se faire applaudir. C’est simple. On vient, on applaudit et on boit du gazouz. [1] Et là, les militants peuvent dire presque en chuchotant ce qu’ils pensent.

Car se taire n’est pas forcément approuver. Ces militants auraient bien voulu savoir de la bouche même de Said Sadi pourquoi tant de heurts secouent les structures. Pourquoi tant d’attaques s’acharnent sur le parti de l’extérieur comme de l’intérieur ? C’est quoi au juste le gel d’activité et dans quel but ? Qu’est-ce qui explique toutes ces séries d’exclusions, de démissions et d’autodénigrements ? Ces questions, nous ne les imaginons pas. Ce sont les militants qui se les posent. Said Sadi a beau être bon parleur, ce n’est pas avec la multiplication des discours qu’il fera renaitre la confiance dans ses rangs. Depuis feu Boukherouba [2], on n’a pas vu homme politique aussi clairvoyant et orateur aussi flamboyant. Mais comme son prédécesseur, il reste dans la « logique » aberrante du « Karrarna ».

L’affiche déployée lors de cet anniversaire-meeting en dit long sur les maladresses venues d’en haut et que ceux d’en bas ne s’expliquent pas. On y lit : « A vous les hydrocarbures, à nous l’histoire » écrit en arabe et en français et point en amazigh [3] ! Ce n’est pas un détail mais une énormité de taille. Là, le RCD tord le coup à son propre sigle qui, jusqu’à preuve du contraire s’annonce dans les trois langues ! Cela nous afflige nous-mêmes qui, sans être militants de ce parti, restons avant tout Kabyles et sensibles à tout ce qui porte préjudice à notre langue. Même les militants les plus bornés du FLN ont fini par admettre cette dualité linguistique (arabe-kabyle) dans la vie politique et dans la vie tout court.

Ou serait-ce une offrande de plus à l’arabisme et sa main mise sur tout ce qui s’affiche ? Un chèque en blanc à l’aile arabophone de ce parti qui n’hésiterait pas à monnayer sa présence dans le parti. Une manière de rappeler qu’on ne peut exister politiquement qu’en arabe. Le parallèle est vite fait avec les tristes manigances du messalisme. L’histoire est heureusement là pour nous rappeler comment furent détournés les efforts des vrais nationalistes (qu’ils soient amazighistes, [4] communistes ou autres) par les calculs manipulateurs de l’arabo-islamisme intra et extra-nationaliste.

Et de quel droit prie-t-on un peuple à faire cadeau des ressources chèrement payées et les abandonner à une minorité d’usurpateurs décidés à brader le pays ? « A vous les hydrocarbures » ! Sentence synonyme de fuite en avant et signe d’impuissance. Et puis « A nous l’histoire » ! Cette autre richesse qu’on appelle histoire ne s’accapare pas. Elle se construit. Plus avec des actes qu’avec des formules. Des actes à la hauteur de ce que ce peuple mérite. Des actes qui exigeraient la répartition équitable des richesses de l’Algérie afin qu’elle respecte enfin et son peuple et son histoire.

En continuant de faire des concessions au triangle du mal (pouvoir, religion, arabisme), Said Sadi risque de dénaturer les fondements même de son parti. Brasser large ne légitime pas le profil bas que ce parti militant tend parfois à présenter. Voir loin nécessite de tendre la main aux autres démocrates (dont aucun ne fût invité à cet anniversaire). Voir loin commence par l’obligation d’éclairer devant soi le chemin de ses propres compagnons. Voir loin et caresser ce destin national dont tous les partis rêvent passe par le soin d’afficher son originalité, son intransigeance. Ce qui ne veut en aucun cas signifier le refus de l’autre. Encore mois le repli sur soi. Et cela le docteur le sait parfaitement.

Kader RABIA

Notes

[1soda à bulles

[2alias Boumediène

[3kabyle

[4berbèristes

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