RCD-FFS : état de déliquescence avancée

Le mois de juin qui s’en va a été marqué par la commémoration populaire de l’assassinat de Matoub Lounès. La récupération politique et la tentative de pervertir le symbole ont été au rendez-vous comme prévu. D’autres événements se sont produits aussi bien en Kabylie, en Algérie que dans le monde. Néanmoins, trois dates et trois événements singuliers ont retenu l’attention de plus d’un bien que, apriori, ce n’est pas évident pour le commun des citoyens de les relier. Pourtant, si la relation de cause à effet et inexistante entre ces trois dates incluses entre le 14 et le 29 juin qui s’achève, il n’en demeure pas moins qu’elles mettent, une fois de plus, au grand jour, l’état de déliquescence avancée des sigles kabyles, le RCD et le FFS.

Pour les lecteurs de Kabyles.net, nous illustrerons cet état de fait par des images prises lors de ces trois jours. A chacun d’en faire sa propre lecture et d’en tirer ses propres conclusions.

Le 14 juin 2013 à Sidi Fredj (Ouest d’Alger) :

Le 14 juin 2013, à l’hôtel Riadh de Sidi-Fredj, Abderrezak Makri, le nouveau chef du MSP, a regroupé une partie de l’Internationale islamiste en organisant, un colloque célébrant le 10e anniversaire du décès de l’ex « scieur de poteaux » Mahfoud Nahnah, un mini-congrès de l’internationale intégriste dont il compte faire un tremplin pour son ambition de fédérateur des islamistes en Algérie.

Lors de ce colloque entamé avec cette sentence : « Dieu est notre but, le Prophète est notre référence, le djihad est notre chemin, le sacrifice au nom de Dieu est l’objectif suprême » prononcé à l’ouverture du « colloque » sous des cris hystériques de « Allah Akbar », il y a eu la présence de Rached Ghannouchi, chef d’Ennahda de Tunisie, le Pakistanais Abderachid El-Tourabid, le Koweitien Nour Sanaâ, secrétaire adjoint du Congrès islamique mondial, Oussama Hamdane du Hamas palestinien, Cheikh El-Djabri du Liban, le représentant du parti turc des Frères musulmans et un invité du Soudan, en passant par les présidents des partis islamistes algériens Ennahda, le Front du changement (FC), ou encore le TAJ de Amar Ghoul, jusqu’au cheikh Sahnoun. Abdallah Djaballah, sans se présenter, a donné son “accord de principe” pour soutenir l’initiative.


Le 24 juin 2013 à Oran :

Après 25 ans d’hibernation, une décennie de flirts avec l’islamisme, y compris ceux d’entre eux qui ont versé dans l’action terroriste (Contrat de Rome qualifié, à juste titre, par Matoub Lounès de « contrat de la honte »), le FFS amorce le 21ème siècle dans une dégénérescence organique sans précédent et un appui de plus en plus prononcé au options du Pouvoir puis au Pouvoir lui-même en passant par une agression verbale systématique de tout cadre ou organisation kabyle qui échappe à son contrôle. Après l’appui intéressé du RCD au régime à travers ses 19 députés que le FFS avait traité de tous les noms entre 2007 et 2012, ce fut le tour du FFS de le remplacer dans les mêmes conditions et avec le même nombre de députés depuis mai 2012 et ce jusqu’en 2017. Depuis la mascarade de ces législatives, le FFS ne cesse de multiplier des sorties qui ne laissent guère de doute quant à son alliance désormais assumée avec la dictature en place.


Le 29 juin 2013 à Alger :

Lors de la soi-disant convention du RCD, tenue aujourd’hui même, 29 juin 2013 à Alger. Au premier plan, l’invité du RCD, l’islamiste Makri, président du MSP (Hamas), à gauche du « président » du RCD, Mohcine Belabas, et, à deux sièges de là, Saïd Sadi…

Ce n’est une surprise pour personne, ça fait longtemps que le RCD a vendu son âme au diable. Après avoir longtemps flirté avec les cercles du pouvoir et Bouteflika qui l’a « floué » (l’expression est de Said Sadi) ; d’où la frustration de Sadi à l’origine de son acharnement qui s’en est suivi pendant quelques années, le RCD, ayant perdu son seul terrain, la Kabylie, tente, depuis 2007, de se repositionner avec n’importe quel moyen y compris en se rapprochant des islamistes que Saïd Sadi avait déjà reconnus par le passé, notamment, une première fois, lors de la marche contre la fraude en 1997 où il avait battu le pavé de la rue Michelet, main dans la main, avec l’ex terroriste Nahnah, fondateur du Hamas algérien, aujourd’hui MSP présidé, depuis le dernier congrès, par l’intégriste Mokri. Une autre fois, lors de son entretien avec la délégation du parti travailliste britannique qui avait rendu visite aux partis algériens en 2007, le même Sadi avait émis le souhait de voir les islamistes, les tenants du pouvoir et ceux qu’il appelle « les démocrates » se réunir pour trouver ensemble le meilleur cadre de cohabitation !

Ces incessants reniements des fondamentaux à l’origine de ces appels de pieds aux ennemis d’hier, la pseudo démission de la présidence du RCD qui viserait à le débarrasser du fardeau de Kabyle, d’opposant berbériste, de laïque et d’anti-islamiste qu’il incarnait, plus ou moins, durant plus de 20 années de présidence du parti, ce qui le disqualifiait de toute présidentiabilité chez les faiseurs de rois, l’intérêt soudain du RCD pour le projet de révision constitutionnelle que Bouteflika allait engager une semaine avant son fameux AVC, sachant que tout intérêt, même opposé en apparence, porté à ce référendum (mis en berne depuis l’hospitalisation de Bouteflika), ne ferait, au mieux, que promouvoir, pour le compte du pouvoir, une question qui n’intéresse personne et, étant dans un régime dictatorial, tout le monde, y compris le citoyen lambda, sait inutile et totalement futile. A moins que cette agitation abracadabrantesque du RCD autour d’une constitution qui, par ailleurs, ne verra jamais le jour, ne soit la face visible d’une mise-en-scène des officines occultes à un moment où la lutte des clans au pouvoir pour la succession fait rage en « sourdine »…, enfin, la réapparition de Saïd Sadi lors de cette rencontre où, sont réunis, arabo-islamistes, intégristes et autres nationalistes conservateurs qui ont fait leurs classes au sein du régime en place, ne participe-t-elle pas de cette tentative de se proposer « implicitement » aux décideurs de l’ombre et en ce moment de déchirements au sommet, en alternative qui serait à même d’assurer la continuité du système tout en apportant l’équilibre vital entre les clans, tous ces éléments-là ne cacheraient-ils pas cette ambition inavouée qui manque au palmarès de l’ex toujours président du RCD ?

Allas Di Tlelli

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