RCD : valeurs de laïcité et d’identité ?

Pourquoi je démissionne du RCD (2)

Les valeurs et les idées fondatrices ont fini par céder la place à des reniements sans appel puisque, et à titre d’exemple seulement, la question identitaire qui aura subit des agressions multiples durant la dernière décennie, ainsi que le socle de laïcité qui aura été piétiné par une offensive religieuse inédite sur fond de surenchère et de prosélytisme de masse, n’aura suscité aucune réaction susceptible d’être retenue, pire, dans l’hémicycle d’une assemblée nationale fantoche, le Kabyle ne sert plus qu’à agrémenter, folklorisation oblige, par un ou deux maximes, les rares prises de paroles, systématiquement en arabe, de « nos » députés kabyles, élus par des électeurs kabylophones, au moment où chaque jours des parents se voient interdire l’attribution de prénoms amazighs à leur progéniture dans l’indifférence généralisée pendant que l’unique initiative parlementaire qui mérite d’être retenue, malgré les sigles associés pour le moins bizarres, en faveur de l’enseignement, déjà obscur et douteux, de la langue tamazight pour le rendre obligatoire, émane d’une vingtaine de parlementaires où ne figure aucun député du RCD !

Bien entendu, il n’est pas question ici de perdre de vue le côté contestable de certains signataires par leur appartenance à des sigles racistes (antiberbères et kabylophobes à souhait) comme le FLN, le RND, le PT…, mais quand même, une telle initiative n’était-elle pas plus attendue du côté du RCD qui est sorti des entrailles du MCB ! En vain.

Quant à la laïcité, voilà un terme qui aura totalement disparu de la littérature du parti depuis au moins 1999, hormis une ou deux communications destinées à des institutions françaises. Et pour cause et dès le début du règne de l’actuel chef de l’État, le président du RCD avait déjà annoncé la couleur et ce, en enfreignant carrément l’une des résolutions du dernier congrès se rapportant à la réaffirmation de l’engagement du parti pour la consolidation du socle laïque de l’État auquel nous aspirons. Ainsi, étant peut-être trop influencé par le politiquement correct ambiant en Occident, ou alors, le faisait-il dans le but de conquérir la sympathie de ces « puissants » sans l’appui desquels, selon une certaine lecture étriquée de l’exercice politique, le changement tant attendu en Algérie pourrait être hypothéqué, le président du RCD reprenait, quasi systématiquement, à son compte toutes les tendances et les orientations de la scène politique occidentale et plus particulièrement française et européenne. A titre d’exemple, j’aimerai rappeler les propos annonciateurs de cette nouvelle orientation allant dans le sens de la reconnaissance de l’islamisme comme force politique légitime ; des propos tenus par le président du RCD devant une délégation du parti travailliste britannique reçue au siège national, à Alger, le 25/07/2007 où il est dit : « …Il (Saïd Sadi) précise que la fin du régime en place est la fin de tout un système politique qui doit être suivie par le début d’une refondation. Celle-ci passe par un compromis historique entre les trois pôles conservateurs, islamistes et démocrates républicains. » (02).

Bien entendu, je n’ai pas attendu 2011 pour protester contre ce genre de déclarations qui entamaient déjà le processus de remodelage de l’orientation politique et idéologique du parti puisque, au soir même du 05 aout 2007, je réagissais par un courrier électronique où je disais, entre autres, ceci : « …concernant l’idée à laquelle renvoie cette proposition de refondation incluant les islamistes dans un éventuel compromis qui n’aura d’ailleurs jamais lieu sauf s’il se faisait sur le dos des démocrates républicains, je tiens à exprimer mon rejet sans équivoque d’une telle éventualité qui achèverait de vider notre parti de son substrat idéologique et qui réduirait dans le deuxième chapitre de notre programme, le sous chapitre 3 relatif aux principes de laïcité et de modernité politique à un slogan ronflant. ».

Au-delà, il aura fallu l’incident d’Aghribs, village natal du président du parti, pour que le RCD réagisse à une campagne d’islamisation de la Kabylie, entamée dès l’an 2000 et qui aura fait réagir des populations entières sans pour autant offusquer le moindre du monde le parti laïque que nous sommes supposés incarner.

Pire encore, la laïcité aura été mainte fois foulée au pied par les représentants du RCD qui, versent le plus souvent dans une rhétorique ruisselante de démagogie où il est question de prouver systématiquement son islamité avant d’oser égratigner, du reste rarement, tel ou tel acte intégriste. Aussi, n’est-ce pas le maire RCD d’Aghribs qui avait fourni l’autorisation de construction d’une mosquée au groupe salafiste avant de se repositionner sous la pression de la population qui n’en voulait pas ? N’est-ce pas le même maire qui octroie gracieusement une colossale assiette foncière de 6.000 m2 pour recevoir le projet d’une méga mosquée toujours à Aghribs et qui a été chaudement salué par le ministre des Affaires religieuses lors de sa récente visite dans la localité. Lors de cette visite du ministre de l’islamisation en douceur, Ghoulamlah, que la presse écrite avait suffisamment couvert, nous avions eu droit à un aplaventrisme des plus fétides de la part du maire RCD, du « sénateur » Ikharbane et du député Aït Aïder qui, en chœur, n’avaient-ils pas hésité de souligner que la région avait besoin de cette mosquée et qu’ils s’en réjouissaient ! Ainsi, ouvrant le bal, le maire assène : « Le projet de construction d’une mosquée est le bienvenu, personne ne peut être contre. », suivi par M. Ikharbane qui confirme : « Cette région n’est pas contre la construction d’une mosquée, d’ailleurs beaucoup d’ulémas en sont originaires. » et d’ajouter plus loin, histoire de prouver carrément sa piété religieuse au ministre et au wali : « Nous sommes là pour défendre l’islam de nos ancêtres… » et, enfin, à l’autre député d’Aghribs, M. Aïder, de conclure, au grand bonheur du ministre de Bouteflika chargé de l’islamisation : « Pour le moment (…) une mosquée et un logement pour l’imam. C’est ce dont nous avons besoin, mais d’autres projets (…) seront les bienvenus… ». ( Liberté et Le Soir d’Algérie, mardi 12 avril 2011 ).

Allas DI TLELLI (Halim AKLI)

à suivre

Note de renvoi :

(2) les documents N° 01à N° 09, peuvent être consultés ici : http://ha11.unblog.fr/pieces-jointes

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