Réalité kabyle par un Kabyle de Kabylie

Pour faire suite au commentaire d’un internaute, ThreeSwords, qui écrit :

« Si la menace islamiste est si grande en Kabylie, dans ce cas comment se fait-il que cette contrée attire des centaines de milliers de travailleurs chinois et de vacanciers pour lesquels tout se passe bien en grande majorité ?« 

Première constat, celui qui se cache derrière une telle négation d’une réalité admise par tout le monde, à savoir, la menace islamiste qui, depuis quelques années, est plus inquiétante en Kabylie qu’ailleurs dans le reste de l’Algérie, est, soit l’un des exécutants de cette islamisation et de son corollaire le terrorisme, soit, c’est quelqu’un qui se nourri à la mamelle des médias officiels qui, pour convaincre l’opinion publique que boutef est le meilleur, racontent à tout bout de champs des bobards du genre « tout va pour le mieux, elhamdou lilah« . Le ministre des Affaires religieuses de l’Etat extraterrestre d’Algérie, vient d’illustrer cette négation d’une réalité amère et dangereuse pour le présent et pour l’avenir immédiat de notre société.

Le second volet du commentaire de ThreeSwords quant à lui est tout simplement une honte tellement le mensonge est d’une dimension « extraterrestre » aussi, n’est-ce pas !

Il parle de « plusieurs centaines de milliers de travailleurs chinois en Kabylie » au moment où, officiellement, le nombre exact des travailleurs chinois en Algérie, entière, ne dépasse guère les 150 000 travailleurs.

Moi qui suis né au pied de l’antique Montus Ferratus et qui y demeure, je peux vous affirmer qu’en Kabylie qui n’a bénéficié d’aucun grand projet structurant dans le cadre des 3 mandats de Bouteflika hormis les 400 nouvelles mosquées qui viendront s’ajouter au record que détient le département de Tizi-Ouzou qui « s’accapare » plus de la moitié du nombre globale des mosquées d’Algérie (sans compter celles des autres départements de la Kabylie), ainsi que les 02 projets « majeurs » dont vient de bénéficier le département de Bejaia (Une prison et une caserne de la gendarmerie nationale, la plus grande en Algérie parait-il), les rares travailleurs chinois qu’on y croise s’occupent essentiellement de refaire les trottoirs de la ville de Tizi-Ouzou (à se demander d’ailleurs pourquoi ce ne sont pas les jeunes kabyles, chômeurs en majorité, qui sont recrutés pour le faire !) quant d’autres, viennent s’ajouter aux vendeurs à la sauvette (économie parallèle) qui squattes des rues entières de la même ville pour étaler leur produits textiles que l’Europe n’accepte plus sur son sol en raison des substances allergisantes, voire cancérigènes que comportent ces tissus non traités.

En dehors de la ville de Tizi-Ouzou, de celle de Bejaia ou de celle de Tuvirets, pas une âme chinoise qui vive sur les routes enclavées de la Kabylie profonde.

Enfin, ThreeSwords conclu par : « (…) des centaines de milliers (…) de vacanciers (…) » qui, selon toujours celui qui nous reproche d’être loin de la réalité de notre Kabylie, se rendraient chaque été en Kabylie !!!

Il se pourrait que notre ThreeSwords confond essaims de mouches et vacanciers mais quand on sait que l’Algérie entière ne reçoive annuellement (12 mois) qu’1 millions de visiteurs dont plus de 500.000 sont des Algériens établis en Europe ou ailleurs qui viennent revoir leurs proches (huit millions de touristes par an pour la Tunisie, sept millions par an pour le Maroc), il y a tout lieu de le croire. Sinon, La Kabylie du littoral est en effet prise d’assaut en saison estival par, en majorité, les Kabyles eux-mêmes à qui viendront s’ajouter quelques Algérois souvent originaires de la région et enfin, des gens du sud constitués essentiellement de Chleuhs de la région Adrar-Timimoun-Béchar, des Touareg… et enfin, des estivants des hauts plateaux qui viennent s’offrir quelques jours dans les quelques auberges qui n’ont d’auberges que le nom et qui leurs servent en fait que de toit. Tout ce beau monde ne pourrait aller au-delà de quelques dizaines de milliers surtout quand on sait que beaucoup d’entre ces estivants sont les mêmes qui reviennent plusieurs fois entre mai et septembre.Retour ligne automatique
Un autre détail important : Tout ce mouvement ne concerne que la Kabylie du littoral qui ne constitue qu’une infime partie de la Kabylie dans son ensemble qui, dans sa partie profonde et montagneuse arrête complètement de vivre en été hormis les fêtes familiales qui redonnent un peu de couleurs aux villages le temps d’une nuit d’ambiance et la diaspora qui vient s’y ressourcer au rythme des escapades en direction du… littoral kabyle ! le tout noyé par le stress et l’angoisse d’un quotidien maussade ponctué d’incendies de forêt gigantesques, d’un chômage endémique, d’un désert culturel effrayant, d’un prosélytisme islamiste soutenu par le pouvoir lui-même, par les mouvements intégristes et, comble de la dépravation, par l’argent sale du terrorisme que viennent injecter des terroristes repentis, de décharges publiques énormes à proximité de chaque agglomération, de faux-barrages terroristes, de nombre insondable de barrages militaires et autres services de sécurités, de kidnapping… et l’appréhension des lendemains incertains.

Voilà en tout et pour tout, le résumé d’une réalité que nous vivons au quotidien en Kabylie et que nous essayons de rendre apparente au plus grand nombre, non pas que nous ignorant l’effet dissuasif que cela pourrait produire chez les touristes potentiels, du reste peu nombreux, qui souhaitent venir en Kabylie dont certains s’y rendent quand même sans qu’ils encourent le moindre danger n’étant là que pour une durée relativement courte et souvent encadrés par leurs hôtes kabyles qui sont un gage de sécurité ; du moins en étant à l’intérieur du village, voire de l’âarch (territoire d’une commune ou d’une sous-préfecture), mais uniquement par soucis de contrer un certain discours qui se veut rassurant mais qui ne vent pas moins une image de la Kabylie à mille lieues de cette réalité. Le changement commence par une meilleure prise de conscience de notre réalité. Changer, en nous-mêmes, ce qui est négatif et changer, en dehors de nous, ce qui nous empêche de nous épanouir.

Allas Di Tlelli

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