Regard sur le ramadan

Pour le calendrier islamique, le ramadan est le neuvième mois de l’année lunaire. Pendant cette période, le Coran prescrit aux musulmans de jeûner du lever au coucher du soleil. Les obligations qui s’y rapportent se trouvent au chapitre « La vache » Voilà ce qu’on lit dans le verset 187 :

« Les rapports sexuels avec vos épouses sont autorisés pendant les nuits du mois de ramadan… Mangez et buvez jusqu’à l’instant où un fil blanc peut être distingué d’un fil noir, à l’aube. Ensuite, abstinence totale jusqu’à la nuit suivante. »

Une remarque, à ce stade. Quid des régions polaires où la nuit dure 6 mois sans interruption ? De même pour les 6 mois de jour. Les esquimaux sont-ils dispensés de jeûne ?

Comment le ramadan est-il pratiqué en Algérie, ce pays dont les habitants sont en majorité plus musulmans que l’islam ? Pendant le jour, restaurants et cafés sont fermés. Le jeûne est donc obligatoire. Mais il est loin d’être gratuit. Les prix des produits alimentaires flambent. Pour la minorité riche, cela ne pose pas de problème. Pour les pauvres (ils sont les plus nombreux) c’est une source de privations et de frustrations.

Le jeûne devrait procurer une meilleure santé. En réalité, les jeûneurs s’abstiennent de nourriture toute la journée et, s’ils sont aisés, se goinfrent le soir. Ensuite, ils se réveillent au milieu de la nuit pour un repas et se recouchent aussitôt. Il en résulte une fatigue pour l’estomac. En outre, le fait de ne pas boire pendant la journée nuit à la santé.

Au regard du travail, le rendement s’effondre. Les horaires officiels sont modifiés ; c’est la journée continue de 9 h. à 16 h. En réalité, les gens arrivent au plus tôt à 10 h. et repartent au plus tard à 14 h., ce qui signifie 4 heures de présence, je ne dis pas de travail. L’absentéisme connaît des pics pendant le ramadan.

Une statistique relative au secteur public du bâtiment a montré que le chiffre d’affaires de ce secteur est le dixième, pendant le ramadan, de celui des autres mois. Si on considère que les travailleurs algériens bénéficient également de leur congé annuel d’un mois, voila donc un pays qui s’arrête pratiquement de travailler deux mois par an. Et où les gens se plaignent de la crise du logement, du chômage, de la malvie, Signalons également l’augmentation du nombre d’accidents de la circulation pendant le ramadan à cause du manque de sommeil, de la privation de café et de cigarette. Et aussi l’agressivité, les bagarres fréquentes sur la voie publique. Sans oublier la baisse du rendement intellectuel lorsque le ramadan intervient en période scolaire.

Sans se rendre compte que leur propre religion en est en partie responsable (en partie seulement, car il y a bien sûr d’autres causes) nos concitoyens continueront à récriminer, à incriminer pêle-mêle leur gouvernement, les Américains, le capitalisme occidental, la malchance, la fatalité. Je me souviens que, de tous les chefs d’État de pays musulmans, seul le tunisien Habib Bourguiba a eu le courage de dénoncer publiquement les méfaits du ramadan.

Les croyants vont fêter la fin du jeûne dès l’apparition de la nouvelle lune. Les portefeuilles vont de nouveau se vider et les cabinets médicaux se remplir. La routine reprendra son cours : précarité pour les plus nombreux, prospérité pour les plus malins. Une consolation pour tous : avoir « fait comme tout le monde » et l’espoir d’échapper au châtiment divin.

Hocine Benhamza

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