Revendication politique pour une Kabylie autonome

Kabylie : Plaidoyer pour une autonomie de fait (I)

Un débat ouvert sur la Kabylie est une excellente initiative et il faut en remercier Forum-Kabylie qui tente de remédier à ce qui nous manque cruellement, la possibilité de débattre entre nous sans exclusive et sans tabous car sans débat, on ne peut avancer.

M’inscrivant dans une solution d’autonomie pour la Kabylie, je voudrais parler d’un sujet qui me tient à cœur et que j’avais déjà abordé de manière quelque peu excessive lors du séminaire d’Écancourt de 2002 en écrivant « l’autonomie ne se revendique pas, elle se construit ». Je pense d’ailleurs ne pas être la seule à le penser car il y a une question récurrente qu’on nous pose depuis les années 90 dans les débats autour de l’autonomie de la Kabylie : dacu ara necc ? [1]

Je ne pense pas qu’il faille traiter cette question par le mépris ou la raillerie comme on le fait trop souvent car c’est à mon sens une vraie question qui renvoie à une interrogation de fond : sommes-nous prêts à être autonomes, ma nezmer imanenay et pose la question du compter sur soi.

Bien entendu, on y répond par une rhétorique savante et pertinente à savoir que la richesse d’un pays, ce sont d’abord les hommes, que l’autonomie n’étant pas l’indépendance, nous aurons toujours droit à la rente pétrolière, que l’autonomie au contraire va libérer les initiatives et que même dans le cas d’une autonomie très large voire d’indépendance, des pays bien moins pourvus que la Kabylie s’en sortent convenablement.

Il est remarquable que cette question n’ait probablement jamais été posée avant le 20e siècle, au temps de la Kabylie autonome et autosuffisante. Les Kabyles vivaient certes pauvrement mais arrivaient à se nourrir avec les produits de l’agriculture de montagne, le petit élevage et quelques échanges commerciaux avec les cultivateurs des hauts plateaux pour compléter leurs réserves de céréales. Compte tenu des maigres ressources, il fallait une bonne gouvernance adaptée et prévoyante pour survivre. Pour exemple, j’ai toujours pensé que l’attente pour la cueillette de figues jusqu’au jour fixé par l’assemblée du village avait pour raison d’éviter de créer des inégalités et d’attiser les envies, mais le fait est qu’il s’agissait plutôt de laisser murir un maximum de figues pour améliorer les quantités de réserves pour l’hiver. Hanoteau et Letourneux ont rapporté qu’au cours de l’hiver 1857, une terrible famine a frappé toute l’Afrique du Nord et que la Kabylie, région pauvre et montagneuse, a pu secourir 20.000 personnes venues de toutes les autres régions.

Aujourd’hui, force est de constater qu’on est, comme tous les Algériens, dans une économie complètement assistée et dépendante du pétrole et donc du bon vouloir du pouvoir central.

Bien que les besoins soient loin d’être les mêmes aujourd’hui, peut-on retrouver un minimum d’autonomie ?

à suivre

Malika Baraka

Notes

[1(Qu’allons-nous manger ?)

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