Routes antiques à travers le Sahara (II)

Commerçants et soldats de l’Antiquité au Sahara

La question qui se pose maintenant : est de savoir pourquoi les gens qui vivaient au nord du Sahara pouvaient : avoir envie d’aller au sud. Il n’y a rien à dire sur la curiosité, le goût de l’aventure : cela a compté, sans doute mais point trop. En effet, les principaux mobiles des voyageurs de l’Antiquité ont été l’appât du gain et le besoin de sécurité.

Les richesses que l’on allait chercher si loin étaient assez variées. En premier lieu venaient les bêtes sauvages. Pour être à la mode, les nobles romains devaient posséder des singes, des perroquets ou des autruches qu’ils appelaient « des moineaux marins », le spectacle de ces animaux amusait beaucoup les gens. Et puis pour mettre un peu de variété dans les combats de l’amphithéâtre, il faillait placer, entre deux combats de gladiateurs, des scènes de chasse ; les plus belles opposaient des hommes ; des lions ou à des « rats d’Afrique » (des panthères). Enfin, tout le monde sait que les Carthaginois, pressentant l’importance des divisions blindées s’étaient équipés d’éléphants pour la guerre. Ceux-ci fournissaient en outre un produit très recherché, l’ivoire de leurs défenses, importé notamment par la vallée du Nil. La réalité de ce commerce est attestée par des trouvailles monétaires : on a découvert de petits trésors en Nubie, au Soudan, en Ouganda, et des pièces dans à peu près toute l’Afrique. Celles-ci devaient d’ailleurs circuler facilement, vu leur peu de poids ; mais il est peu probable qu’on leur ait toujours donné une signification économique : sans doute voyait-on en elles des amulettes plutôt qu’un instrument d’échange. Si l’on ajoute à cela les esclaves, l’or et les gemmes on pourra penser que l’Afrique noire offrait bien des attraits pour les Phéniciens et les Romains.
Pourtant, il ne faut pas oublier que, à l’exception des pierres précieuses du Sahara, tous ces produits de luxe étaient présents au Nord du désert, où subsistait une faune tropicale, où l’on trouvait de l’or et des esclaves (et même, dans les oasis, des esclaves noirs). Alors pourquoi chercher bien loin et au prix de grands misères ce que l’on avait à proximité ? Et surtout, quel intérêt y avait-il à affronter les risques du voyage ? L’Afrique profonde ne pouvait donc exercer qu’un attrait modéré sur les commerçants.

Mais les soldats ? et bien, seuls les Romains, faut-il le rappeler, ont une politique de défense, celle-ci s’est traduite par deux stratégies successives : au premier et 2e siècles, ils organisaient des expéditions punitives ou d’explorations ; sous Septime Sèvère (193-211), ils se sont constitués un réseau de forteresse en plein désert : Bou N Gem, Gheriat et Ghadamès en Tripolitaine, et Messad (Castellum, Dimmidi) en Numidie, plus à l’ouest ; partiellement démantelé en 238, ce système défensif ne semble pas avoir survécu aux réformes de Dioclétien (284-305). Mais, là aussi, il faut bien dire que le Sahara ne constituait en aucune manière une grave préoccupation : les militaires romains, qui ne craignaient guère les Nomades du désert, peu nombreux et mal équipés, ne se souciaient absolument pas des gens vivants au-delà.
[…]

Mais, quels que soient les motifs que l’on examine, on constate que l’Afrique profonde présentait peu d’attraits, pour les gens installés en Afrique du Nord ; de surcroit le voyage était difficile.

à suivre…

D’après Olivier Redon, Historama n° 42, octobre-novembre 1979

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