Said Faci, un grand Kabyle injustement oublié

Il s’agit d’un des plus grands hommes qu’ait comptés l’Algérie indigène d’avant 1950, aussi important par son message et par son action que ses contemporains qui fondèrent l’Etoile Nord Africaine.

Né en 1880, enfant de montagnards pauvres du Djurdjura, berger jusqu’à l’âge de quinze ans, Saïd Faci, à force d’efforts soutenus et d’abnégation, entre à l’École normale de Bouzaréa à 19 ans, brûlant avec une foi et un courage salutaires toutes les étapes pour s’engager dans une carrière d’adjoint-instituteur, statut alors réservé aux seuls éléments indigènes de l’enseignement colonial.

Maître laïc de la IIIe République, Faci introduit, dès 1911, l’Algérie dans la modernité, avec le lancement à Oran de la première association d’instituteurs algériens d’origine indigène, la création au lendemain de la Grande Guerre de la Ligue des droits de l’homme, la fondation de syndicats algériens de fonctionnaires et surtout l’usage politique de l’écriture. Cette modernité retentit dans un discours revendicatif qui prendra souvent la forme d’une lutte continue à l’intérieur même des institutions coloniales. Feraoun ne pouvait ignorer, comme tous les instituteurs d’Algérie, la présence hautement symbolique de cet autre « fils du pauvre », ce Kabyle capital, fondateur de La Voix des humbles, longtemps pourchassé par les polices coloniales et exilé en France par l’administration du gouvernement général (Cf. Abdellali Merdaci, 2007). Il y a Feraoun dans Fouroulou Menrad, mais aussi Faci, l’irrécusable modèle d’une pauvreté constitutive transcendée. Feraoun n’affirme-t-il pas dans Le Fils du pauvre son appartenance à la famille des humbles et à leur combat à l’enseigne d’une dignité humiliée ?

Bibliographie :
Faci Saïd (1931), Mémoire d’un instituteur algérien d’origine indigène, Supplément de La Voix des Humbles, n°98, octobre.

Kahina Imadghassen

Repris à partir d’un texte de A Merdaci consacré à Mouloud Feraoun

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