Sid Ahmed Ghozali : Le globe-trotter embusqué ?

On ne présente plus Sid Ahmed Ghozali. Rappelons brièvement qu’il a été, entre autres, le « Monsieur pétrole » algérien de 1964 à 1979, Chef de l’exécutif de 1991 à 1992 ; période qui a vu l’assassinat du Président Boudiaf et la percée islamiste aux élections qui ont été ajournées. Il a quitté le Pouvoir en 1993, « aidé » en cela par la « faiseuse de Rois » (l’armée) dont il n’aurait pas accepté le « collier de force ».

Chacun se souvient des termes de sa lettre de « vraie-fausse démission » rendue publique par la presse, où il stigmatise « les forces du mal ». Un avion le conduira au « placard » Parisien, où il sera Ambassadeur d’Algérie un certain temps. Puis il promènera son « attente » dans les capitales Occidentales. On ne l’entendra plus que très rarement, mais l’homme ne renonce pas. J’y reviendrai.

« L’Algérie a échoué », disait récemment Mouloud Hamrouche. Sid Ahmed Ghozali le confirme, en substance, et détaille les raisons de cet échec sur Radio France Internationale (RFI) où il a été reçu, le 22 avril 2006 dans le cadre de l’émission « l’invité de la semaine ». Il répond aux questions de Pierre Ganz et Christian Makarian.

Sur la polémique Algérie-France coloniale : qu’il s’agisse de la repentance exigée par l’Algérie comme préalable à la signature d’un traité « d’amitié », ou de la diatribe de Bouteflika qui a dénoncé un « génocide identitaire », l’opposant au régime algérien n’a pas mâché ses mots :

« La relation France-Algérie a été traitée aux ras des pâquerettes des deux côtés. Il faut laisser les historiens se prononcer une fois pour toutes ! Il n’y a jamais eu de politique algérienne en France ni de politique française en Algérie. Nous sommes voisins depuis 3000 ans, nous n’avons pas échangé que des coups »

dit-il sur un ton excédé.

Exiger des excuses alors que le fameux article 4 de la loi « du 23 février » a été retiré et agresser de nouveau la France en ce qu’elle aurait commis un « génocide identitaire », est, selon lui :

« Une incohérence. C’est une manière de ramener ces questions à la politique politicienne Algérienne vis-à-vis des classes politiques les plus conservatrices, les plus arriérées, les plus décalées. La « arte anti-Française » est une forme de démagogie qui plaît à l’opinion, ce sont des clins d’œil aux islamistes ».

Sur la maladie de Bouteflika, hormis que l’activité de ce dernier a été revue à la baisse, l’opposant Ghozali prétendra ne rien savoir car « ce régime est opaque ». Quant aux absences, pour cause d’hospitalisation, qui gêneraient le fonctionnement de l’État, Ghozali dira :

« le gouvernement fait tellement peu vis-à-vis des problèmes algériens, que cette absence ne change pas grand-chose. Nous sommes dans une logique de pérennisation du pouvoir au détriment des problèmes des gens ».

Sur la « cagnotte » de 61 milliards de dollars au regard de l’état de délabrement et du marasme économique de l’Algérie, Ghozali relève d’abord que « cette aisance financière n’est pas le résultat d’une politique, elle n’est due qu’à l’augmentation du prix du pétrole » et tranche fermement « Ou c’est trop ou ce n’est pas assez » dit-il et s’en explique :

« S’il n’y a pas de politique économique, c’est trop ! on ne sait pas quoi en faire ! ou alors il n’y a qu’à distribuer ça à titre de prébende… » s’emporte-t-il.

« S’il y a une politique économique sérieuse, ce n’est pas assez. Il y a 15 millions d’Algériens qui vivent sous le seuil de pauvreté, le nombre de chômeurs est passé de 3 millions à 4 millions. Vous voyez que malgré l’augmentation des réserves de change, rien n’a été fait pour que les Algériens en tirent profit ».

Sur la nécessité, malgré tout, d’utiliser cet argent au bénéfice des infrastructures, Ghozali s’emporte à nouveau :

« Cela implique une politique d’aménagement du territoire. Je n’ai pas vu ce type de projet ! je n’ai vu que réparation de trottoirs ! Mais il n’y a pas que les infrastructures ! Il y a le financement des institutions de l’État afin qu’il devienne le serviteur du citoyen ». Il s’emporte encore.

Sur la nécessité impérative d’une nouvelle impulsion politique, qui permettrait l’avènement d’une politique économique, Bouteflika quittant nécessairement la scène publique, Ghozali répondra nettement :

« J’ai toujours dit que Bouteflika est un problème mais il n’est pas LE problème. Qu’il parte ou qu’il reste est insuffisant pour provoquer quelque chose de nouveau. Ce qui manque c’est un premier pas vers l’institution d’un État de droit, qu’on sorte d’un régime qui est finalement un régime de pouvoir occulte ».

Sur la crise Iranienne, Ghozali tranche très vite :

« C’est un problème politique et d’hypocrisie des États vis-à-vis de ce régime. Non seulement ils ne font rien pour le faire disparaître, ils adoptent une attitude complaisante, y compris la France. Ce qui me choque est qu’un État totalitaire et obscurantiste détienne l’arme nucléaire, il devient un danger ! ».

Sur le constat évident que l’Iran entraîne les masses musulmanes et les opinions arabes qui agressent Israël, Ghozali expliquera, péremptoire :

« Aucun gouvernement arabe, aucun ! ne souhaite voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Les opinions qui ne sont pas informées, elles sont même très désinformées par leurs propres pouvoirs, ne voient qu’un pays musulman qui est privé de son droit !…  » :

« Mais regardez la position de la ligue arabe, qui est celle des gouvernements ! elle insiste sur le fait que c’est son droit ! Pourquoi Israël et pas l’Iran ? Le discours « prend » et ils sont gagnants à tous les coups ! C’est comme quand ils parlent des Palestiniens… Ils sont gagnants à tous les coups ! » ironise-t-il :

« Il faut bien vous dire que l’Iran ne fait pas ça pour avoir l’arme nucléaire mais pour assoir son hégémonie sur l’ensemble du monde musulman. C’est comme Ben Laden, il passe pour le seul défenseur des pauvres et qui tient tête à l’Amérique… Alors que Ben Laden est depuis longtemps très fortement conforté par l’Administration Américaine » termine-t-il, narquois.

À l’évidence, Sid Ahmed Ghozali qui ne se livre jamais aux médias par hasard, ne renonce pas… Sera-t-il là aux échéances de 2009 ? Et peut-être même avant… Pour soutenir qui ?

Revisitons sa tentative de 2004

Président du Front Démocratique (FD) parti non agréé, Sid Ahmed Ghozali voit sa candidature aux élections de 2004 pour la Présidence de la République invalidée par le Conseil Constitutionnel, aux pouvoirs discrétionnaires en l’espèce, sans motiver son rejet…

Qu’à cela ne tienne, Ghozali a ratissé large pour soutenir Benflis, il a même joué « la carte kabyle ». Liberté du 1er Mars 2004 nous rapportait la teneur de la rencontre des Archs antidialoguistes reçus au domicile du candidat Ghozali, qui n’avait encore pas connaissance de son invalidation :

“Si la décision du boycott est définitivement arrêtée je refuse d’aller à l’élection” dira Sid Ahmed Ghozali, “on ne fait pas une élection nationale en l’absence de toute une région”

Il a donc exhorté ses interlocuteurs à tout faire pour inciter la Kabylie à voter.

“Ulac smah, d’accord. Mais il faut aller voter. Car, plus il y a de l’abstention plus ça arrangera Bouteflika”, leur a-t-il affirmé.

Il faut livrer bataille , dira-t-il “même s’il n’y a qu’une chance sur 10 de l’emporter”. Son refus de se retirer est dicté par le souci de ne pas “faciliter le travail à Bouteflika”

S’agissant des revendications contenues dans la plate-forme d’El-Kseur, Sid Ahmed Ghozali, envisage d’y faire droit en précisant qu’il

“se donnera un programme inscrit dans le temps. Des rendez-vous seront tenus chaque trois mois pour évaluer ce qui a été fait”.

Sid Ahmed Ghozali voit la régionalisation comme “le fin du fin” de l’organisation d’une nation, pour peu que les communes soient dotées de moyens autonomes « . Il a affirmé aux délégués du mouvement citoyen que jamais Bouteflika n’accédera à leurs revendications. Le dialogue entrepris par Ouyahia avec l’aile dialoguiste des archs, n’est qu’une “fumisterie” car, explique-t-il “il ne peut y avoir de dialogue entre la victime et son bourreau. Tout ce qu’il vous donne c’est pour vous faire taire”.

Ghozali a qualifié d’“assassinat” la mort de Massinissa Guermah dans l’enceinte même de la brigade de la Gendarmerie. Tout comme il a qualifié la gestion de la crise de Kabylie par Bouteflika de “foncièrement anti-nationale”.

Pour lui, la revendication des archs du départ de la gendarmerie, qu’il a qualifiée d’“extrémiste”, est le résultat de la démission de l’État qui n’est pas intervenu pour mettre fin à l’“extrémisme de la gendarmerie”. “Le vrai extrémiste c’est l’État” s’est-il emporté.

Pour Ghozali, tamazight n’est pas une langue minoritaire mais nationale. Réfutant l’idée de “question kabyle” , il indiquera que la question qui se pose est celle du “divorce entre le citoyen et l’État” . Et battant sa culpe, il a reconnu avoir gouverné “à l’ombre des chars” .

Ainsi parlait l’opposant Ghozali en ces temps-là… C’est fou comme ils aiment tous la Kabylie en période électorale !… Mais des Kabyles, ils ne veulent qu’un bulletin dans l’urne, Ghozali comme les autres !

Ghozali prendra connaissance de son invalidation et il déclarera au Matin le 03 mars 2004 » :

« De toute façon, cette décision dépasse le Conseil constitutionnel, elle est ailleurs. (…) Le tyran veut rester seul, il ne veut pas être gêné (…) Dans ce match, l’arbitre est un tricheur et les juges de touche sont des tricheurs ».

De toutes ces « belles paroles » je ne retiens que : « régionalisation peut-être », « un rendez-vous trimestriel pour mesurer les progrès des revendications », il n’y a pas de « question Kabyle » et « j’ai gouverné à l’ombre des chars ». En 2006 Les « chars » sont toujours là et les marionnettes dansent toujours la gigue…

Ghozali a « plié » en 1993, ils plient tous depuis 44 ans, et ils voudraient que les Kabyles se pendent à leur cou !

La « carte Kabyle », il se la dessinait depuis longtemps en prévision de 2004. Écoutons-le se confier au Jeune indépendant en Avril 2002 dans la perspective des législatives du 30 Mai où il dénonce le trucage des élections et l’incurie de l’État :

« L’exemple le plus tragique vous l’avez en Kabylie. Regardez comment cette affaire a été gérée à un point qu’il y a lieu de se demander s’il n’est pas trop tard pour trouver une solution .

Personne n’est heureux avec les situations d’émeutes et l’on ne peut que se sentir humilié de voir, par exemple, une institution comme la Gendarmerie nationale partir comme un malpropre, d’une portion du territoire national . J’en impute la responsabilité à 100% au pouvoir et le pouvoir c’est le chef de l’Etat  ».

Ainsi, après s’être senti « humilié » de voir ses gendarmes « partir comme des malpropres », il les qualifiera « d’extrémistes » deux ans plus tard dans ses roucoulades aux délégués du mouvement citoyen… Quelle étrange volte-face ! N’est-ce pas ?…

Il poursuit :

« Avait-on besoin d’une commission d’enquête pour savoir qui a tué Massinissa ? La commission d’enquête était piégée dès le départ. Dans cette affaire, l’Etat a été défaillant. C’est le pouvoir politique qui est responsable du pourrissement dans lequel se trouve la Kabylie et dans son sillage l’Algérie ». Quel aveu !

Voilà encore une autre manière de dire « l’Algérie n’est rien sans la Kabylie »… On le sait ! et on est fatigué de l’entendre ! Le malheur de la Kabylie s’appelle : Pouvoir algérien Kabylophobe, corrompu et assassin !

Il continue :

« Nous sommes engagés dans la spirale infernale de la surenchère. Prenez le 14 juin : que demandaient les 300 000 manifestants sinon qu’une délégation soit reçue pour remettre ses doléances ? Faute de cela, la plate-forme d’El-Kseur, d’abord offerte à négociation, est devenue par la suite non négociable, alors que d’autres revendications viennent s’y ajouter chaque jour. La surenchère a été déclenchée et entretenue par une gestion de la crise frappée du sceau de l’incurie du pouvoir politique, sa cécité et son incompétence ».

Donc, « Spirale infernale de la surenchère » … Qu’il était cependant prêt à satisfaire, deux ans plus tard , soi-disant, en draguant les délégués du mouvement citoyen ! Il a quasiment rampé à leurs pieds pour les inciter à convaincre les Kabyles de voter alors que pour les législatives de 2002 il a lui-même appelé à boycotter le scrutin, rejoignant ainsi les positions des Archs, du FFS et du RCD. Mais la broyeuse de Bouteflika ne s’est abattue que sur les kabyles de Vgayet, Tizi Ouzou et Bouira où « plus de 123 manifestants ont été arrêtés, « jugé » et condamnés. Prison ferme et sursis » : Alger AFP 18/4/2002 – 18h13 .

En vérité, Ghozali reproche au pouvoir tyrannique d’avoir tardé à mater les Kabyles, laissant ainsi le champ libre pour de nouvelles revendications qu’il réprouve. Ghozali est le pire ennemi de la Kabylie !

J’ai tenu à faire cette rétrospective après avoir attentivement écouté Sid Ahmed Ghozali sur RFI. Ce brillant gestionnaire qui s’est pourtant brûlé les ailes au contact du pouvoir, n’a pas varié ni dans sa détermination à y accéder ni dans son rejet viscéral de Bouteflika.
Ses chances de monter sur la plus haute marche du podium sont quasi-nulles et on ne refait pas une carrière à 70 ans, quoique…

Son discours très « pro-occidental » fait de lui un « partenaire fréquentable » mais la Kabylie n’a rien à y gagner. Ghozali vient à elle lorsqu’il en a besoin : « Beaux discours »… Grosses ficelles… Gros sabots… Où était-il en 1980 ?

La Kabylie a trop donné. Elle a tout donné. Qu’on ne touche pas à sa dignité ! La Kabylie n’est pas à vendre.

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