Situation apocalyptique qui attend la Kabylie

Après avoir lu des réactions aux articles, je constate que certains ne trouvent aucun intérêt, semble-t-il, à dénoncer des actes aussi insensés qu’ignobles qui, après avoir mutilé les citoyens dans leur chair, s’en prennent à présent à des mémoriaux qui sont autant de repères identitaires qu’on tente de détruire… Les actes ne sont pas isolés, pire, ils sont en train de prendre de l’ampleur et de se généraliser ; ce qui dénote d’une entreprise réfléchie par ses commanditaires.

La question qui se pose est celle-ci : Quel est l’objectif assigné à ces actes de vandalisme ?
Plusieurs réponses peuvent expliquer les motivations de ces lâches :
Provocation de la population pour embraser la région et l’enfoncer une nouvelle fois, une fois de trop dans la spirale de la violence et du désordre. Au-delà des nouveaux équilibres qu’elle aura à créer au sein même des clans du sérail qui règlent souvent leurs comptes par les manipulations et la provocation des émeutes, cette situation compromettra le redressement économique et son essor dans la région qui paye déjà très lourdement le poids des chamboulements et des bouleversements qui l’avaient marqué sans discontinuer depuis les années 80. Cela a un nom : La Kabylie est évitée par les opérateurs économiques potentiels et autres investisseurs d’où le chômage endémique, la misère qui s’installe au fur et à mesure que les derniers retraités de France et de Belgique disparaissent l’un après l’autre,… etc.

Cette situation apocalyptique qui attend la Kabylie dans une dizaine d’années, si rien n’est fait d’ici là, est favorisée par d’autres éléments dont nous citerons à titre d’exemple les conditions difficiles que vivent nos écoles qui rejettent annuellement des milliers d’enfants et d’adolescents dans la rue qui se retrouvent sans la moindre perspective d’avenir en terme d’insertion sociale et professionnelle, la pollution politique enclenchée dans la région en tentant de créer de nouveaux interlocuteurs du pouvoir et en y redéfinissant le paysage politique ; tout cela à coup de corruption et de manipulation médiatique, l’introduction dans la région de la drogue qui se consomme actuellement dans tous les villages par une jeunesse prise au piège de l’oisiveté et du vide, l’insécurité qui prend des proportions alarmantes avec le banditisme et la délinquance qui usent de tous les moyens y compris par des connexions avérées avec les terroristes islamistes… etc.

Tous les ingrédients sont réunis pour maintenir la région dans le rôle de poudrière qui explose périodiquement. La pauvreté s’installe et nous craignons fort de ne léguer aux générations à venir que des collines où cohabiteront misères, violence, pollution…
Pourtant il ne s’agit pas du tout dans ce propos de faire l’apologie de la passivité, mais il y’a une différence sacrée entre révolte intelligente et organisée et anarchie qui a caractérisé par exemple l’action issue des événements du printemps noir dont la Kabylie paie encore les retombées. Dans ce sens, les partis politiques traditionnels de la région sont un acquis inestimable et un cadre utiles pour le maintien de la prise de conscience politique et citoyenne. Leur recul de ces dernières années n’a rien ramené de positif, pis, la nature ayant horreur du vide, celui-ci est vite pris d’assaut par les islamistes et les relais du pouvoir dans une entreprise gigantesque d’arabisation, d’islamisation… etc.

Dans ce contexte, on s’est déjà attaqué à la mémoire collective par des tentatives éhontées de réduire à néant les symboles et les repères historiques tels que le cerveau de la révolution algérienne et l’architecte du congrès de la Soummam, Abane Ramdane en l’occurrence, attaqué et insulté en toute impunité par des hauts responsables de l’État (Kafi, Ben Bella,…) Ce même Ben Bella s’est vu offrir une année après un stupide prix honoris causa de la mémoire (s’il vous plait !) par un haut lieu, symbole et repère du combat identitaire qu’est l’université de Tizi-Ouzou en 2004-2005, opération rendue possible par la complicité et la compromission de certains membres du conseil dit scientifique de la faculté dont certains anciens militants de la cause identitaire tel le couple Ahmed Zayed.

Une université algérienne qui caracole tristement en queue du peloton selon les classements « 2007 » des plus brillantes universités dans le monde, conçus par le très sérieux Observatoire des activités académiques et scientifiques et de publications sur le web (Webometrics) et l’Institut d’enseignement supérieur de l’université Jiao Tong de Shanghai : 39e place au niveau africain au moment où le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, la Tanzanie et autre Sénégal passent devant et raflent les meilleures places. L’Afrique du Sud, à elle seule, a réussi à placer 8 universités aux premières loges. Au classement international, les chances pour l’Algérie d’y figurer sont pour ainsi dire nulles. Sur les mille établissements universitaires en lice, aucune université algérienne n’a eu droit de cité. Sur les 7.000 universités en concurrence, l’université algérienne arrive à la… 6.995e position !

La culture qui est « tout ce qui nous reste quand on aura tout perdu » selon Mammeri, est mise entre les mains des personnes que l’ont sait qui souvent pèchent par leur incompétence et montent les échelons d’un système qu’ils ont rejoint grâce à leur ventre.Retour ligne manuel
Ainsi, toutes les associations qui refusent de prêter allégeances au pouvoir, sont asphyxiées financièrement et réduite à l’immobilisme. Parallèlement, celles qui lèchent les bottes de « sid-houm » se voient récompenser en conséquence. La maison de la culture et la direction de la culture occupées par une même personne sont exploitées pour servir d’appât à tous les acteurs de la culture et de la société civile qui seront tentés par l’argent sale en acceptant de solder leurs principes. Les structures de la jeunesse et de la culture n’offrent plus que culture exhibitionniste et bouffe.

A défaut de culture ancestrale, nous assistons à la reconversion des associations en outils de propagande et d’exécution de cette quête effrénée du pouvoir et des islamistes à nous « défigurer » identitaire ment, culturellement et politiquement et ce en organisant, en encadrant, en animant et en s’exhibant dans le cadre des manifestations – zerda notamment de la fameuse « Alger, capitale de la culture arabe ». Un tissu associatif qui ne doit pourtant son existence officielle qu’aux sacrifices de générations entières de militants dévoués pour l’identité et la culture amazigh, pour la liberté et la démocratie. Remarquez cet orchestre désigné pour l’organisation de cette manifestation : Khalida Toumi, Ould Ali Lhadi, 50 associations culturelles de Tizi-Ouzou convoquées par ce dernier, autant à Vgayet et à Bouira, des individualités qui acceptent qui d’éditer un livre, qui de produire un navet, qui de monter une pièce théâtrale… etc. dans le cadre de cette manifestation vouée à la culture arabe dans un pays qui comptait en 1962 plus de 4.000 salles de cinémas opérationnelles et qui n’en compte plus aujourd’hui qu’une dizaine ! Vous avez dit culture ?

D’autres, surtout ceux qui ont « envie » de profiter du faramineux budget d’Alger, capitale de la culture arabe montent des spectacles à un sou, réalisent des œuvres ou éditent des ouvrages… La question divise naturellement sur des considérations d’appartenance civilisationnelle. Le cinéaste Abderahmane Bouguermouh n’en veut pas, si bien qu’il compte réaliser un documentaire sur Taos Amrouche. Par contre, 80% du budget du film Mi Mezrane de Ali Mouzaoui provient de la même source…

Ni formation, ni création, ni professionnalisme. C’est la culture qui s’appuie sur le principe de Beaumarchais qui dit : « Médiocre et rampant et on arrive à tout ».
Le « tout » ici c’est ce qu’on veut faire de notre région : une contrée malade, dépressive, stressante, repoussante, pauvre, misérable, médiocre, sans repères, sans fierté…
Je n’apprends rien à personne, j’ai essayé de résumer une situation beaucoup plus dramatique que ça. Maintenant que nous savons ce que veulent les barbares, il s’agit de se demander : que voulons-nous et que fait-on pour ça ?
La réponse est hélas « Rien du tout ou presque » sinon qu’au lieu de nous rassembler, on se rejettent les uns les autres ;
qu’au lieu de fédérer nos énergies, on mène un travail de sape visant à casser l’autre ;
qu’au lieu de répondre vite et efficacement par la cotisation afin de reconstruire tous nos repères en bronze pour qu’ils soient indégradable ; on fait mine d’être outré sans plus ;
Qu’au lieu de nous mobiliser, afin de déjouer toutes ces provocations qui tendent à faire de nous des automates réactionnaires, on glose indéfiniment ;
Qu’au lieu de nous organiser efficacement, afin d’injecter dans cette région martyrisée des fonds en vues de les investir intelligemment dans l’objectif de créer des richesses, d’absorber ou de réduire le chômage, de faire renaître ce sentiment de solidarité essentiel à toute cohésion sociale, on oublie intentionnellement de mettre la main à la poche et on se sert d’artifice pour parler de tout sauf de solidarité et d’argent…

Une sagesse africaine dit : « Prie si tu as envie de prier, mais agis ! »

Allas Di Tlelli

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