Stade de Blida : Bouteflika : 1 – Zambie : 0

Hier, 06 septembre, au stade de Blida, l’équipe nationale d’Algérie, officiellement représentante du monde chimérique arabo-musulman et bien sûr d’un État dont le président, imposé par ce jeu favori des dirigeants de l’ombre qu’est la cooptation et son corollaire la fraude, en vigueur depuis 1962, a arraché une victoire au forceps face aux africains de la Zambie qui, pourtant, avaient failli corriger l’équipe locale comme l’attestent les nombreuses occasions ratées et ce n’est certainement pas le portier Gaouaoui, kabyle d’origine de son état mais officiellement arabo-musulman, l’identité « indigène » n’étant pas encore reconnue au « Maghreb arabe », qui me contredira.

Le match d’hier, beaucoup l’ont vu, les autres qui s’y intéressent ont pu, sans doute, s’informer, voire en visualiser le film sur Internet. Mon propos, n’est donc pas de faire une analyse d’une rencontre que j’ai suivie en Kabyle, donc amazigh donc en africain mais avec un profond sentiment d’autochtone dont le cœur avait fortement frissonné pour mes frères africains venu du sud de Taferka, mot amazigh qui signifie « terre » ou « domaine » d’où serait dérivé le nom du berceau de l’Humanité « Afrique ».

Avant le match, un peu pour taquiner ceux qui pourraient l’être, par mes blagues à 02 balles, un peu pour tenter, par la dérision, toute aussi rudimentaire d’ailleurs, de faire prendre conscience à quelques-uns de ceux qui auront encore du cœur à s’imposer la lecture de mes « provocations », j’ai eu à évoquer les enjeux politiciens sournois qui ne sont pas toujours apparents mais qui sont autant de coups de boutoir portés à une conscience citoyenne résiduelle, à une culture et à une identité totalement invisible à Blida et partout où l’équipe d’Algérie évolue, une équipe constituée principalement d’émigrés nés et formés en Europe ; précision opportune à bien des égards, puisque le championnat d’Algérie est, depuis déjà plusieurs années, parmi les plus médiocres du continent, en raison d’une gestion catastrophique des responsables qui sont aussi la conséquence directe du système de cooptation qui régule les équilibres vitaux au sein des clans rentiers qui constituent le régime oligarchique en place.

A cela, j’avais cru utile d’ajouter la mise en garde contre une certitude quasi absolue, la mienne du moins, de voir une éventuelle victoire de l’équipe d’Algérie faire l’objet d’une récupération politicienne par les autorités et donc, par le groupe d’Oujda qui s’en servira pour suggérer un lien directe entre la performance de l’équipe d’Algérie et un travail qui aurait été fait en amont, faisant oublier que la sport comme tous les autres domaines, est profondément gangrené par le même cancer qui ronge ce pays et qui appauvris de plus en plus ses habitants : la corruption et l’injustice. Cette perspective était loin d’émaner d’un esprit visionnaire car il suffit juste de se mettre en retraite par rapport à cette campagne de galvanisation des foules, menée tambours battant sur la chaîne de Télévision unique d’Algérie, pour comprendre le manège, du reste propre au football, ce sport populaire et donc des pauvres par excellence.

« Une équipe nationale de football qui gagne, c’est la vie rêvée d’un pouvoir politique en général et d’un pouvoir échouant en particulier » dixit un internaute à l’esprit lucide et libre comme le vent et une morale qui échappe à bon nombre d’entre nous et à une certaine élite. Ainsi, on aura même vu les députés du RCD, vraisemblablement oisifs tant leur omniprésence sur facebook est frappante, verser dans ce chauvinisme nationaliste autour d’une équipe sans-lendemains.

Cela m’a valu des réactions au vitriol et de petits noms d’oiseaux allant du « harki » à « intégriste berbériste » en passant par « têtu », « rabat-joie incorrigible », « l’aigri », « l’ingrat », « le sioniste », « le jaloux », « le haineux »… et j’en passe et des meilleurs. Il y en avaient même ces politiques se revendiquant de l’opposition démocratique et des artistes qui aiment à se définir « militant de la cause identitaire » qui, sûrement par populisme et par un opportunisme primaire, conditions nécessaires pour toute carrière qui se veut longue sous une dictature, s’étaient mis de la partie en se mêlant à la meute tout en encensant, par un nationalisme outrancier et complètement indécent, une jeunesse assoiffée de loisirs et de bien-être. Cachez-moi ce trouble fête que nous ne saurions voir semblent dire, à tue-tête, ces amoureux d’une Algérie qui ne reconnaît pas les descendants de Dihya, de Yugurten, des nubels… et qui se confondent intimement avec le petit roi du moment et son entourage.

24 heures après le match et pour la première fois depuis des années, j’ai tenu, malgré moi, à zapper sur l’unique chaîne de Télévision algérienne, propriété exclusive du régime du même nom et, comble de l’injustice, financée par le contribuable. Le JT de 20H, moment de grande audience par excellence, s’ouvrait sur la victoire des « verts » ! Pendant une vingtaine de minutes, le petit écran transporte le téléspectateur d’une ville à une autre, sillonnant toute l’Algérie et montrant des groupuscules, un peu plus larges par moment, constitués principalement d’adolescents et des jeunes, jubilant et exhibant l’étendard national sous les cris de « one, two, three, viva l’Algérie ». Puis, vers la fin du JT, à 20H56 pour être plus exact, soi près d’une heure du JT entièrement consacrée à une petite victoire d’un match de football, les mêmes scènes de liesse sont proposées une nouvelle fois au public, avec, cette fois-ci, une différence qui mériterait d’être signalée, puisque, d’autres groupuscules se succédaient à l’écran en scandant cette fois-ci : « One, two, three, vive Bouteflika ».

Cela n’est que le pâle reflet d’une réalité beaucoup plus amère et en africain du nord, j’avais parfaitement partagé la défaite de mes frères du sud et j’étais triste d’avoir été doublement perdant dans la même soirée.

Allas Di Tlelli

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