Taninna, la relève de la chanson féminine kabyle est là !

Dans le monde de la musique Kabyle, nous n’avons connu, à ce jour, que des artistes nés et éduqués en Algérie. Retour ligne automatique
Taninna est née en France et présente la particularité de composer des textes et des mélodies qui réussissent la synthèse des cultures kabyle et française. Elle est, à ma connaissance, la première artiste femme, dont la maîtrise des langues kabyle et française est irréprochable (diplômée de L’INALCO en Berbères et de l’Université en Linguistique, elle est cadre supérieur).

Son style très particulier révèle une connaissance profonde du patrimoine poétique kabyle traditionnel et moderne tant sur le plan de la thématique que de la forme. A bien l’écouter, on peut ça et là, entendre des échos des isefra de Si Muh U Mhend (A€yigh), ou des souffrances féminines inexprimées, thème cher à Nwara ou Zuhra, dans seb€a igenwan (7ème ciel) et des revendications d’égalité, chanson dans laquelle c’est la femme qui exprime librement sa passion pour l’être aimé, par un subtil procédé d’inversion. On se reconnaît tous, sans limite d’âge, dans ces vers pleins de sensibilité écrits pourtant par une femme étonnamment jeune.

Mais cet album parvient aussi à réunir tradition et modernité notamment par un travail musical extrêmement dépouillé et inventif. Certaines des mélodies empruntent aux grands maîtres le respect des modes classiques de la musique algérienne mais sont investis d’un souffle prodigieux de vivacité et d’innovation : insinuation de gammes occidentales riches et complexes Azerzur, qui s’harmonisent parfaitement avec les modes traditionnels algériens. A cela s’ajoute le choix pertinent d’une orchestration variée et imprévisible : emploi audacieux de la guitare électrique dans Anida, du saxophone (A Tasa) de la batterie aux rythmes entraînants, sans oublier les instruments traditionnels comme le mandole (Imjerrab n tayri) ou l’abendayer (bendir) (Azerzur)…

Un véritable voyage dans le temps et dans l’espace grâce à ces 11 titres plus variés les uns que les autres : bilingue pour Les mots et la Lumière de mes Yeux, moderne pour Tiftilin, traditionnel pour A€yigh. Autant de chansons qui réussissent la prouesse de ne jamais trahir l’âme de la poésie et de la musique kabyle ancestrale tout en lui insufflant un élan de modernité, ce qui, en définitive, la revivifie à la manière des illustres prédécesseurs que sont Idir grâce à A Vava Inouva et Ferhat avec 20 issegawsen.

Forte d’une solide expérience scénique et de bon nombre de mariages privés, elle prouve par là qu’elle aura dans un futur relativement proche sa place aux côtés des grandes femmes artistes kabyles comme Malika Dumran ou Djura. Elle marque le renouveau de la musique féminine en particulier avec beaucoup de sensibilité, une grande maîtrise musicale et vocale et, contrairement à ce qui fait défaut ces temps-ci, Taninna renforce l’exigence du sens dans la musique Kabyle, fidèle en cela aux principes des génies du verbe que sont Ait Menguellet, Matoub ou Sliman Azem.

Ali Umangelat

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