Tizi-Ouzou aujourd’hui : Trois « marchettes », une population sur les trottoirs

30 printemps après celui de 1980, l’heure est incontestablement au bilan et à la refondation de l’action politique en Kabylie. Depuis quelques années et à partir d’aujourd’hui, nous avons la preuve tangible que continuer d’occulter cette réalité mène droit dans le mur. Des papiers publiés dans la presse arabophone d’obédience islamiste ou proche des cercles du pouvoir, ne se gênent guère de jubiler devant une Kabylie embarrassée et loin de la ferveur d’antan qui entoure la symbolique d’avril 80 et 2001 et qui est en butte à la division des rangs (ou de ce qu’il en reste) qui accentue le fossé entre la politique et une population lasse et usée par les intrigues d’un pouvoir machiavélique certes, mais aussi par des partis qui, à force de tourner le dos aux aspirations populaires et à un vrai rassemblement des forces représentatives de la Kabylie, ont fini par s’isoler chaque jour d’avantage en laissant, au grand Dam de ces populations, la majorité de ses citoyens livrés à eux-mêmes, eux qui ne demandent que de nouvelles raisons de croire à nouveau.

Certains parlent de la « marche des citoyens algériens » ? Mon œil comme dirait-on ! Depuis quand les algériens, en dehors de la Kabylie et quelques fois seulement des Aurès, marchent pour le 20 avril ? La langue de bois ne sert plus à rien, il est grand temps de se rendre compte que l’Algérie est loin de réunir tous les éléments nécessaires pour former une nation, un peuple, voire même un pays. Il n’y a jamais eu de volonté réelle d’aller dans une telle direction en dehors de la Kabylie. Plus que jamais, les préoccupations du citoyen kabyle sont à des années lumières de celles du citoyen de la vallée du Mzab, celles du citoyen de Ghardaïa sont à des années lumières du citoyen de l’Oranie…etc. Le temps est venu d’oser enfin regarder la réalité en face et de comprendre que le destin de nos régions est aussi multiple que le sont nos préoccupations respectives.

Quant à la marche d’aujourd’hui, plutôt, aux marches d’aujourd’hui, j’espère que la faible mobilisation qui n’a fait que confirmer celles des années précédentes, donnera matière à réfléchir à nos responsables quant à cette limite atteinte par un fonctionnement peu crédible pour ne pas dire plus. Cela a servit des apparatchiks au détriment de la base militante et des idéaux pour lesquels des vies ont été offertes et partant, au détriment du citoyen lambda-électeur. Cette démobilisation de la population est un signal fort aux appareils partisans pour qu’ils cessent aussi d’afficher cette suffisance outrancière et cet individualisme exacerbant qui fait que même là où il n’y a absolument rien qui puisse diviser, comme le fait de marcher un 20 avril, on se permet quand même d’appeler séparément à des marches distinctes qui ont lieu sur un même itinéraire, offrant un spectacle désolant d’à peine quelques petites centaines de marcheurs par marche au moment où sur les trottoirs de la ville, le « peuple » s’il en est un, regarde médusé ou amusé, ce carnaval désespérant.

Pour avoir été à Tizi-Ouzou ce matin, je peux l’affirmer, beaucoup de citoyens restés sur la marge de cette journée, chère à tous et à toutes me, l’ont avoué : « ça ne sert plus à rien de marcher tant que ces appareils ne redeviennent pas des mouvements politiques mûrs capables de cesser d’admirer leurs nombrils, de dépasser leurs préjugés et leurs différents pour se mettre enfin à se parler, à s’écouter, à se respecter quand il s’agit des questions fédératrices comme la question identitaire ou, tout au moins, quand il est question de marcher pour célébrer avril 1980 et avril 2001… » m’ont-ils dit en substance (enregistrement audio et vidéo sera incessamment mis en ligne).

Bien entendu, certains adeptes de la démagogie qui continuent de privilégier leurs plan de carrière et leurs intérêts mesquins en prenant les gens pour des cons, rétorqueront, chacun depuis sa bulle douillette que leur Appel à « eux » avait bel et bien mentionné qu’il invitait tout le monde à se joindre à leur propre marche !!! L’autisme du pouvoir algérien, comme toutes ses tares, est contagieux, cela n’a rien de surprenant.

Le temps est donc, plus que jamais, à la méditation, à la refondation de l’exercice politique et à l’urgence d’une mise en place d’un smic politique entre toutes les parties, plus ou moins crédibles en Kabylie, à même de recréer une dynamique citoyenne nécessaire pour toute aspiration pérenne. Dans ce processus salvateur à enclencher au plus vite par une forte implication d’une élite jusque là peu visible et par une prise de conscience des populations pour contraindre les organisations en question à une remise en cause d’un fonctionnement suranné, il y’a lieu de ne pas perdre du regard que personne n’est incontournable et que tout le monde est indispensable.

Peut-être que l’année prochaine…

Allas Di Tlelli

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