Tourner casaque sans complexe

Point de vue d’un indépendantiste kabyle (II)

Mesdames, messieurs les politiciens kabyles, les déclarations d’intentions et les manifestes d’auto-proclamation n’ont jamais suffi à conférer un statut de leader légitime encore moins à constituer un programme politique d’essence démocratique.

Tourner casaque : [1]

Un peuple sans élite est un bateau à la dérive. Un peuple avec une élite collaborationniste est un navire qui finirait au fond de l’océan.

Cet écrit critiquera sévèrement la politique politicienne fondée sur des intérêts particuliers inverses à la kabylité. Il dénoncera sans fard les politiciens carriéristes qui se ressouviennent du peuple kabyle aux échéanciers « électorales ». Il soulèvera la médiocrité et l’opportunisme caractérisant l’exercice de la « politique » au pays du colonisateur. Soulignera la dérive absolue des paradigmes et la soumission aux idéaux du ségrégationniste. Il va de soi qu’aucune personne, aucun parti politique ne sera mentionné. Chacun se reconnaitra ou pas dans le portrait qui sera dressé. Chacun en tirera sa conclusion personnelle et définira les limites de l’indécence. Chacun ses principes, ses objectifs, ses rêves pour la Kabylie. Une Kabylie qui tangue sous la charge d’une force qui accable de malheur son identité bafouée, maltraitée, laissée sans soins et placée sous le signe de la négativité. Elle succombe peu à peu sous le poids d’une Constitution scélérate qui agit sur notre terre colonisée, notre identité niée tel un parasite sur un corps humain fragile et malade.

Mesdames, messieurs les politiciens kabyles, n’est-il pas temps de reformater un logiciel saturé de virus ? Les erreurs sont essentielles à l’accomplissement de la vérité, du savoir… Ce sont les répétitions des mêmes méprises qui sont condamnables. La polémique, les égarements observés et corrigés, la confrontation… donnent l’occasion d’affiner, de rajuster et d’emprunter la voie tracée par la raison du temps courant. Ne déchiffrez-vous pas les signes du temps où l’anesthésie des mémoires par des harangues enthousiasmantes et les conférences alambiquées sont révolues ? Arrêtez les discours aux tournures vitupératrices, rapporteuses d’une vérité cauchemardesque expérimentée au quotidien par le citoyen. Fini les discours-programmes aux tonalités calquées sur les déclarations post in-dépendance versées dans la fabulation sulfureuse ; versés dans le zaïmisme développé pour sanctifier n’est plus ni moins les crimes irrémissibles, matrice d’une tyrannie du chaos primitif qui fait régner la terreur et nous le constatons, la Kabylie a été et est sa proie fétiche.

Fini les lapalissades convoquées par des personnes qui se bouchent les oreilles lorsqu’ils les tiennent. Aujourd’hui, les masques s’effritent comme du vieux bois rongé par les termites. Les compromis, les reniements des prestidigitateurs du réel par le seul effet sémantique apparaissent comme une étoile sous un ciel dégagé. Le peuple kabyle prend progressivement conscience et constate les volte-face et les égarements à répétition. Nous remarquons que les intérêts supérieurs de la Kabylie sont minorés sinon carrément combattus. Notre génération assimile les leçons de l’histoire comme aucune génération kabyle ne l’a fait.

Le peuple kabyle est écœuré de constater que l’algérianisme est plus important que l’identité kabyle vouée à la guillotine par l’idéologie du crime. Las d’entendre les mots d’ordre hurleurs de postulats spécieux contre la politique uniciste, raciste qui, bien avant l’indépendance, a révélé la volonté des pourfendeurs de caractériser les citoyens exclusivement sous le prisme de l’arabité et l’islamité tout autre considération procède des agents à la solde des néo-colonialistes. Le ridicule ne tue pas, il fortifie l’imbécilité spécialement en ces contrées. Fatigué d’entendre les ritournelles fixées par une rhétorique active sur le mode du slogan, de lieux communs. Las des credo poussiéreux, des concepts oiseux très utiles, je le conçois à l’exercice de la politique au pays du colonisateur. Lassé d’une opposition de façade qui farde l’intérieur, une approche qui a généré un je-m’en-foutisme politique pernicieux, très dangereux pour l’avenir de la kabylité.

La rupture avec le régime ségrégationniste n’est plus une question à soumettre à un examen contradictoire, mais une urgence vitale. L’urgence d’arracher les liens qui unissent faussement est un impératif salutaire que requiert la nécessité de dresser un rempart pour protéger la kabylité de l’anéantissement. En effet regardons la réalité crue, brutale, véhémente, premièrement le colonisateur nous ordonne de patienter encore un peu pour la cession de nos droits fondamentaux. Ils nous demandent de reculer l’échéance, de reculer, de reculer, simplement nous sommes déjà au bord du précipice, malgré ce « détail », il nous exhorte à reculer encore un peu. Est-ce pour brusquer notre chute ? Est-ce pour nous inciter faire le dernier pas vers le trépas ? Chacun sondera sa conscience pour trouver la réponse. Chacun s’interrogera pour savoir s’il est disposé, pour une carrière politique, un portefeuille garni, etc., à accélérer le mouvement ? Deuxièmement, disons les choses sans hypocrisie : les aspirations, les certitudes, les réflexions, les horizons du peuple kabyle n’ont absolument rien en commun avec le reste des Algériens y compris les Chawis, les Ichenwiyenes… qui ne manquent jamais une occasion de se désolidariser des Kabyles. Oh que non ! Je n’ignore pas qu’il y a une infime minorité de Chawis identitaires, eh bien, qu’ils rejoignent le rang des Kabyles identitaires, ils trouveront leur place dans une nation kabyle libre que l’on renommera Numidie ou autre.

Comment continuer à ergoter à l’infini sur la nation algérienne, une nation synthétique confectionnée par la France, pour la France et a fini entre les mains des intrus de surcroit racistes ?

Comment continuer à cancaner, trépider d’orgueil, la main sur le cœur, la larme au coin de l’œil, devant l’hymne national d’un algérianisme négateur pour ne pas écrire génocidaire, debout au côté des criminels qui n’ont pas hésité à assassiner des centaines de Kabyles, par la suite leur administrateur en chef de déclarer : « je ne sais pas qui a fait cela ». Voulait-il dire qu’il n’a pas encore eu l’occasion de recevoir, de mettre un visage sur les criminels ? Avoue-t-il qu’il ne contrôle rien au pays négligé par la technologie et la science ? Une certitude : il sait pourquoi et contre quel peuple le crime contre l’humanité a été perpétré. Il sait pourquoi ils n’ont jamais été inquiétés.

Réveillez-vous Kabyles crédules, candides cessez de voter pour la duperie, cessez de cautionner la dérive des « électoraliste ». Cela aura aussi pour conséquence de soulager les décharges publiques où finissent vos bulletins de vote. Cessez de voter pour des politiciens plus préoccupés de leurs inscriptions dans l’actualité ; de leur intérêts particuliers que de la kabylité sacrifiée jour après jour aux exigences d’une idéologie ethnocide plus soucieuse de financer l’éradication de la kabylité que de combattre la misère économique et métaphysique où croupissent nombres de citoyens algériens. Je vous en conjure, réveillez-vous âmes sensibles, les partis politiques électoralistes dit-on démocratiques et paraît-il kabyles ne comptez plus sur leurs « compétences » pour sortir la Kabylie de l’ornière. Où est-il l’espoir qu’ils suscitèrent au début des années 90 ? Ils faisaient de la défense de la kabylité, de l’opposition au ségrégationniste une question de principe, d’honneur, un principe inaliénable. À peine deux décennies plus tard, ils finissent par céder aux tentations des avantages pratiques et profits à tirer pour collaborer avec lui en participant aux élections (travesties) pour, jure-t-on, transformer le régime de l’intérieur. Certes, la participation se fait de manière qui se veut subtile, manichéenne, saupoudrée d’un florilège du discours oppositionnel. Avec le recule, je me demande quel pays veulent-ils transformer de l’intérieur ? Citons un exemple tout simple : dans l’hémicycle, leurs illégitimes (députés) de l’assemblé des opportunistes (ANP) s’expriment en langue arabe, lors des « débats », des élaborations de « lois ». De sorte qu’ils sont les premiers à fouler aux pieds la constitution en marginalisant la langue kabyle. En effet, la langue tamazighte n’est-elle pas langue nationale depuis 2002 ? Ne sont-ils pas les représentants d’une région mazighe ? Si le ségrégationnisme leur interdit l’usage de leur langue maternelle, qu’attendent-ils pour démissionner ? Qu’attendent-ils pour quitter la maison de cyniques accomplis ? Il est vrai, il est problématique de se passer des généreuses « subventions aux partis » et les juteuses rémunérations aux « élus ».

Ils restent étrangement silencieux face aux dérives racistes d’un régime qui emprisonne des dé-jeûneurs ; des convertis en christianisme etc., sinon protestent du bout des lèvres pour la forme et la posture. Ce ne sont pas les dénonciations du bout des lèvres qui changeront quelque chose. Le silence conjugué à une colère indicible m’ont, au préalable, accablé de douleur. Une douleur profondément ressentie au point de faire des cauchemars. Je suis sorti de cette phase moins naïf, plus aguerri, avec une meilleure maitrise de mon pessimisme, devenu comme indiqué au chapitre qui lui est consacré, temporaire et régénérateur. Il nourrit ma radicalité positive et je saisis mieux le rôle de cet apparent paradoxe de la politique à double direction. Je garde aussi cette colère intacte, sans haine, sans ressentiment, sans rancune, elle me guide et enseigne le pragmatisme.

Ils sont devenus des détaillants d’illusions, des marchands du contresens historique. L’ont été depuis toujours. Que reste-t-il des principes du début ? Rien juste des déclarations de principes utiles aux seuls effets de manches. Je les qualifie volontiers de chimère [2] de Jerjer, à tête de Kabyle, cerveau de musulman et crache les mensonges scolastiques. Ils exploitent sans vergogne la confiance du peuple kabyle, ils ont embrouillé les repaires pour entortiller sa lucidité. En contrepartie, le régime a augmenté l’assiette des dépenses domestiques pour multiplier les récompenses aux nouveaux collaborateurs zélés qui n’ont rien à redire au profit immérité. En effet, les vacances en Europe coûtent excessivement chères, sans parler des denrées alimentaires, qui, miracle, s’enflamment au mois « sacré » du calendrier musulman.

Ils ont accompli leur « devoir » en s’attaquant à la force irrépressible de la liberté qui est une nécessité pour l’esprit kabyle. Un peuple qui n’a jamais succombé à la résignation. Un peuple que nulle force n’a pu soumettre est, aujourd’hui, au bord de l’épuisement. Il a, avec l’aide bienveillante des négationnistes, révisionnistes, falsificateurs, emmuré ses ressources intérieures et leurs capacités à renverser le cours de l’histoire lorsqu’il lui pèse ; il a emmuré sa hargne, sa combativité. Son caractère d’irréductible se fissure, il est devenu, par méfiance et colère, prisonnier de la peur, le mensonge, l’hypocrisie, la manipulation, la falsification des fossoyeurs. Il est embourbé dans les sables mouvants de la division. Conséquence calamiteuse, il ne sait plus vers quel « auguste » se tourner ; à quel « leader » accorder sa confiance. La situation est-elle irréversible ? Je laisse la naissance du MAK et les voix indépendantistes qui s’élèvent, de plus en plus nombreuses en Kabylie, y répondre par un NON majuscule et gras.

Devant ce constat amer à ma plume qui écrit avec les larmes versées sur les enfants fauchés par les armes de guerre en 2001 ; avec les larmes versées sur mon maitre à penser : Matoub Lounes. Versées sur ma Kabylie. Face à ce constat impitoyable, sans le NON, sans la naissance du mouvement autonomiste, sans les voix indépendantistes qui retentissent en Kabylie, le pessimisme accablerait de désespoir mon dilemme, ma colère positive sombrerait dans la mélancolie de ne point trouver d’écho semblable au sien. J’aurais probablement, versé dans un défaitisme irréversible et fini par renoncer à ma kabylité pour trouver un semblant de paix sous des cieux plus cléments, plus favorables à l’oubli. La raison, l’explication de ma colère ? L’engagement politique du peuple kabyle aurait dû être propice à son émancipation. Aurait dû permettre à construire des réseaux de militants patriotes fermement engagés dans un projet de reconquête territoriale et nationale. Le plus attristant, rageant est qu’effectivement la patrie kabyle regorge de ce type de militants compétents, déterminés. Fidèles à l’esprit de résistance de nos ancêtres, de rébellion lorsque la liberté est bafouée, d’insoumission à l’injustice. Bref, la compétition pour le portefeuille plutôt que la celle pour les intérêts de la Kabylie a semé la méfiance, le désordre, la suspicion ; elle a embrouillé les idées ; enchevêtré la situation. Elle a engendré un retard regrettable.

Firmus T.

Notes

[1XVIIe siècle : Du comportement d’un duc de Savoie, qui portait un vêtement aux couleurs de la France ou de l’Espagne, pour plaire à son interlocuteur. Changer d’opinion, de parti avec une grande facilité et de manière intéressée.

[2Dans la mythologie grecque, la chimère est une créature fantastique, composée de plusieurs animaux. Elle est généralement décrite comme ayant une tête de lion, un corps de chèvre et une queue en tête de dragon, crachant du feu et dévorant les humains

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