Un laïque à cœur ouvert (10)

Politique musulmane de Bouteflika, sourates, hadiths et terrorisme

Les exemples ne manquent pas concernant des islamistes ayant “pignons sur rue en Europe” mais la charia, la ouma ou le djihad ne sont pas des inventions occidentales. Il y a bien dans les dogmes islamiques des sources qui motivent les islamistes. A l’origine de la fatwa au Maroc autorisant le mariage de gamines il y a bien Aïcha, à l’origine de la lapidation ou de la peine de mort des apostats il y a bien un hadith. On pourrait multiplier les exemples ainsi. Qu’en penses-tu ?

Halim AKLI : Il est difficile de savoir dans quelle mesure dois-je aborder un sujet aussi délicat où le sacré s’imbrique dans les passions endiablées, les instincts dans le défendu, le tabou dans les affaires du ciel… En effet, rarissimes sont ceux, parmi les exégètes et les représentants de l’islam, qui ont osé aller à l’encontre de certains versets ou hadiths qui sont, pour le moins, incompatibles avec l’esprit républicain et démocratique qui régit la société humaine contemporaine, pendant que d’autres, en proposant tout simplement une réforme de l’islam, du reste inévitable, notamment par une nouvelle interprétation de ses préceptes qui se baserait sur ce que les musulmans appellent l’ijtihad afin de les adapter aux valeurs de démocratie, de pluralité, de liberté d’opinion, de laïcité qui devront porter, plus que jamais, le monde actuel, se sont rendus coupables d’apostasie et d’atteinte à la sacralité de l’islam et donc, condamnés à mort par des fatwas émanant des défenseurs d’un islam tel qu’il fut à l’époque de Mahomet et de ses compagnons. Il est donc fort probable que ces propos ne soient pas encenseurs pour beaucoup de musulmans dont la connaissance de l’islam se limite aux grands axes que sont la chahada, la prière, le jeûne, l’aumône et le pèlerinage. Je ne parle même pas des chefs intégristes qui m’accuseront de mensonges. Depuis quelques temps, les autorités algériennes s’adonnent à une véritable chasse aux sorcières qui s’apparente à s’y méprendre à de l’inquisition notamment en renvoyant au chômage des fonctionnaires intègres en raison de leur confession autre que l’islam, en mettant en prison des jeunes et des femmes pour atteinte à l’islam, notamment en ayant montré en public qu’ils n’avaient pas observé le jeûne pendant le ramadan ceci après que des milliers d’Algériens aient été mutilés par les islamistes car déclarés impies. En fait, cela ne fait que renforcer en nous l’idée selon laquelle il faut lutter sans cesse contre la bêtise et l’ignominie même quand celle-ci (devrais-je dire surtout) est frappée du sceau de la sacralité, car au final, la laïcité reste le seul cadre à même d’endiguer les dérives d’une religion qui, comme dirait Mustapha Kémal Atatürk, règle la forme de la constitution ainsi que les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. Mes propos n’en sont pas moins présentés avec littéralité conformément aux sources que sont le Coran, les hadiths et autres rapporteurs des traditions relatives à l’époque de Mahomet ainsi qu’à celles de ses compagnons. Rien n’est ajouté ou créé dans un but de manipuler ou d’induire en erreur. Ma propre opinion a été sciemment mise de côté afin, justement, de répondre avec précision à la question qui m’a été posé ; partant, pour permettre au lecteur d’en tirer ses propres conclusions en toute liberté puisque j’ai cité avec exactitude toutes les sources d’où sont tirés cet échantillon d’extraits que je livre à l’état brut et que voici-ci :

A propos des droits de l’homme sur épouse, le Coran fait savoir que « les hommes ont autorité sur les femmes en vertu de la préférence qu’Allah leur a accordé sur elles, et à cause des dépenses qu’ils font pour assurer leur entretien ». Sourate IV verset 34.

Interprétant ce verset, Ghazali affirme que « le mariage est une sorte d’esclavage, c’est-à-dire, que l’épouse est une esclave pour l’homme et lui doit une obéissance absolue » [1]. Pour étayer son opinion, il se réfère aux hadiths suivants, rapportés par al-Tirmizî, Abî Daoud et Ibn Mâja [2] :

Un des droits de l’homme sur la femme est absolu. S’il convoite sa femme « qui se trouve même sur le dos d’un chameau, elle ne pourra pas refuser. » « Si un homme appelle sa femme pour son plaisir sexuel, elle devra obéir, même si elle est aux fourneaux »

« Si j’ordonne à quelqu’un de se mettre à genoux, je donnerai cet ordre à la femme de le faire devant son mari, car il jouit d’un grand droit sur elle »

Dans un autre hadith cité par al-Tirmizî et al-Hakim, Mahomet aurait dit au calife Omar : « Toute femme qui décède après avoir joui des bonnes grâces de son époux, entrera directement au paradis ».

Le coït avec une femme capturée, même accompagnée de son mari, est autorisé par le Coran et Mahomet. Dans la Sourate IV verset 24, il est dit : «  Les femmes mariées vous sont interdites, sauf celles que vos mains droites ont capturées ».

Selon l’auteur d’Al-Taj, : «  la capture d’une mécréante défait le mariage, même si son époux, le mécréant, est capturé avec elle ».

Ainsi, selon les commentateurs de ces hadiths, les femmes captives de guerres sont légitimes pour les musulmans. Ce genre de préceptes a été à l’origine des fatwas autorisant les terroristes islamistes à capturer, lors des carnages, des femmes algériennes, dont beaucoup faisaient la prière et observaient le jeûne, qu’ils violaient par la suite pour être égorgées dès qu’elles tombaient enceintes ou gardées esclaves dans les maquis. Ainsi, il suffisait qu’un émir ou imam influent décrète que telle femme est mécréante, même si celle-ci se considérait comme musulmane et qu’elle pratiquait l’islam au quotidien, elle devenait illico mécréante et donc une cible que le musulman devrait capturer et pourrait, s’il le désirait, abuser d’elle au nom de Dieu !

Le « nikah de la main droite », c’est-à-dire, « le droit de se marier avec les femmes que sa main droite peut procurer, esclaves, servantes ou captives de guerre, se distingue du nikah [3] permanent par la forme de sa conclusion. Rien est exigé ni dot ni présence de témoin ni tuteur. La femme, ainsi obtenue, musulmane ou non, n’a ni le droit d’hériter ni celui de protester contre le mariage de son mari avec d’autres femmes ni contre l’injustice dans la distribution des biens entre épouses. Le mari musulman a le plein droit, et à tout moment, de l’abandonner sans répudiation légale. » [4]

Ce type de mariage diffère par sa nature de celui de jouissance (nikah el moutâa), un mariage approuvé et reconnu par les musulmans d’obédience chiite. Il est conclu avec une femme musulman, croyante et non mariée. « le mariage de la main droite » ne peut être conclu qu’avec une servante ou une esclave ou une impie tombée captive.

Le mariage de jouissance ou nikah el moutâa est un mariage à durée déterminée, interrompu ou provisoire. Un musulman a le droit de le conclure avec une femme musulmane croyante et libre ou avec une femme des « gens du Livre ». Tous les deux conviennent ensemble de la durée, moyennant un salaire ou un honoraire précis. Ce mariage s’achève sans divorce. Dans le mariage de jouissance chez les chiite, le nombre de femmes n’est pas limité. Le contrat peut être renouvelé sans recours à un délieur (muhallil). Ce mariage entre en vigueur à partir du moment où la femme prononce une de ces trois phrases en s’adressant à son prétendant : «  Je m’offre à toi comme épouse, je te laisse copuler avec moi ou je te laisse jouir de moi » [5].

Pour reconnaître la légalité de ce mariage, les chiites se réfèrent à un verset coranique dans la sourate les femmes, qui dit : « Donnez à celles avec lesquelles vous avez cohabité leur salaire ; cela est un devoir obligatoire » (Sourate IV verset 24). Pour plus de détails, je vous renvoie notamment à l’oeuvre « La vie privée de Mahomet » de Joseph Azzi, professeur de philosophie et d’islamologie à l’Université de Kaslik au Liban.

D’après les traductions du Coran du cheikh Boubakeur Hamza, ancien recteur de la mosquée de Paris et père de Dalil Boubakeur, également ex recteur et de D. Masson, parue en 1967 aux Editions Gallimard, nous pourrons relever quelques extraits que je préfère laisser à l’appréciation du lecteur :

Sourate V-64 : «  Les juifs disent : La main de Dieu est fermée ! que leurs propres mains soient fermées et qu’ils soient maudits à cause de leur paroles »

Sourate V-72 : « Oui, ceux qui disent : Dieu est le Messie, fils de Marie, sont impies »

Sourate II – 191 : « Tuez-les partout où vous les rencontrez – la sédition est pire que le meurtre »

Sourate XLVII – 35 : « Ne faiblissez pas ! Ne faites pas appel à la paix quand vous êtes les plus forts… »

Sourate IX – 5 : « A l’expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes (ou les païens) partout où vous les trouverez. Capturez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. Mais s’ils se repentent, s’ils s’acquittent de la prière et du versement de l’aumône, laissez-les libres… »

Sourate XLVII – 4 : « Lorsque vous rencontrez les athées, tranchez leur le cou » (la nuque selon certaines traductions NDL)

Sourate XLIX – verset 15 : « Sont seulement croyants ceux qui croient en Allah et en son prophète, qui par la suite ne doutent point et luttent, corps et biens, pour la cause d’Allah. Voilà les véritables (croyants) »

Sourate IX – verset 12 : « s’ils attaquent votre religion, combattez alors, les chefs de l’infidélité »

Sourate IX – verset 14 : « Combattez-les ! Allah les châtiera par vos mains »

Sourate IX – verset 20 – 21 : « Ceux qui auront cru, ceux qui auront émigré, ceux qui auront combattu dans le chemin d’Allah avec leurs biens et leurs personnes, seront placés sur un rang très élevé auprès d’Allah : voilà les vainqueurs ! Leur Seigneur leur annonce une miséricorde venue de lui, une satisfaction et des Jardins où ils trouveront un délice permanent ; ils y demeureront, à tout jamais, immortels »

Sourate IX – verset 29 : « Combattez : ceux qui ne croient pas en Allah et au Jour dernier ; ceux qui ne déclarent pas illicite ce qu’Allah et son prophète ont déclaré illicite ; ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion »

Sourate IX – verset 30 : « Les Juifs ont dit : Uzaïr est fils de Dieu ! Les Chrétiens ont dit : Le Messie est fils de Dieu ! Telle est la parole qui sort de leurs bouches ; ils répètent ce que les athées disaient avant eux. Qu’Allah les anéantisse ! »

En conclusion, il serait utile de préciser que les chefs des réseaux terroristes cherchent par la violence à satisfaire des ambitions politiques et personnelles. Les personnes qui les suivent répondent par contre à des pulsions liées à des frustrations d’ordre identitaire, économiques ou liées au sentiment d’injustice. La religion qui offre des références dans ce sens, sert de prétexte inconscient. Cependant, la misère sociale et économique n’explique pas tout. Et pour cause : les gens des premiers cercles d’Al Qaïda ont tous suivi des études supérieures, y compris parmi les auteurs des “attentats suicides” du 11 septembre qui sont issus, pour l’essentiel, des milieux aisés. Ainsi, l’aisance économique seule ne viendra pas à bout du terrorisme islamiste en particulier et du terrorisme religieux en général si on ne s’attaque pas aux origines de cette violence qui se retrouvent dans le dogme lui-même. Cela n’est possible que par l’instauration de la laïcité et de la rationalité comme socle de la démocratie.

À suivre…

Entretien réalisé par Youri K. pour Kabyles.Net.

Notes

[1(Ghazâlî, op.cit.,2/56)

[2(Ghazâlî, op.cit.,2/57)

[3Fornication au sens littéral ou mariage

[4(Joseph Azzi in « La vie privée de Mahomet »)

[5(Source : Fûda, Dr. Farag, Zaouâj al-mutaa (Le mariage de jouissance), Le Caire, al-Dâr al-arabîya lil-tibâa wal-nachr wal-taouzî, 1re éd. 1993, 288p., voir p. 23-24)

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