Un laïque à cœur ouvert (5)

Démocratie, laïcité, nation et matérialisme

Quels liens fais-tu entre démocratie, laïcité, nation et matérialisme ?

Halim AKLI : Vous savez, je ne suis pas un partisan de l’idée de nation telle que définie jusque-là dans les manuels didactiques et autres. Je pense que la notion même de « nation » devrait être redéfinie ; étant quelque peu malmenée par les répercussions de la mondialisation et de l’extraordinaire essor des nouvelles technologies et au-delà en raison des brèches qui sont ouvertes dans sa définition traditionnelle qui reposait jusque-là, sur l’idée de territorialité, d’unité historique, linguistique, culturelle, économique …, plus ou moins forte, propre à une communauté donnée. Cela dit en passant, le concept de « nation » a servit partout dans le monde a justifié l’hégémonie d’une unicité culturelle, confessionnelle et autre, au détriment des minorités dont beaucoup ont complètement disparu pendant que d’autres continuent à ce jour de subir la répression et le déni, justifiant souvent des génocides ethniques, culturels, confessionnel… pour ne pas dire des génocides tout court. Il est donc plus approprié de parler de nation humaine et d’États qui la forment pour renvoyer à l’idée de pluralité qui sous-tend la nature même de l’humanité et du monde !

Seulement, faire admettre et protéger cette pluralité qui renvoi à l’idée de tolérance, au plus grand nombre et surtout aux tenants de la décision, n’est pas une sinécure. Pire, cela relève souvent de l’illusoire car la soif de domination, la peur de l’autre, la haine de soi …etc. sont autant d’éléments qui exacerbent les tensions et rendent moins humaine la vie des hommes. Cette pluralité synonyme de tolérance, pour survivre et insuffler de l’espérance, nécessite un cadre à même de lui conférer une pérennité et une matérialité évidente. Nous avons dis précédemment qu’au vu de l’évolution imposée par la mondialisation, la laïcité apparaît plus que jamais comme le fondement essentiel à toute cohésion sociale qui consolide la construction de la démocratie réelle. La laïcité étant consubstantielle à la rationalité, elle est fondamentale dans toute quête de solutions aux problèmes, d’ordre politique, économique, scientifique, social et culturel qui rythment la vie d’une nation (État ?). Elle est donc la condition sine qua none pour la pérennité de la Démocratie. Ce lien quasi vital et indéniable qui lie la trilogie Laïcité-Démocratie-Cohésion sociale (ou paix civile) puise toute sa force pour ne pas dire sa légitimité loin de tout spiritualisme (à ne pas confondre avec spiritualité) et donc dans ce qu’il y’a de plus rationnel, à savoir le matérialisme qui, faut-il encore le rappeler, ne cesse de nous interpeller depuis l’Antiquité d’Épicure jusqu’à la pensée scientifique du XIXe siècle ; en passant par le matérialisme dialectique et le XVIIIe siècle de Holbach qui relie une conception mécanique de la matière à une proclamation d’athéisme.

A suivreRetour ligne manuel
Entretien réalisé par Youri K.

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