Un laïque à cœur ouvert (6)

Islamistes, massacres et pouvoir algérien

Le monde entier connaît la guerre sanglante que l’Algérie a subit. Ici, en Occident, certains accusaient le pouvoir algérien d’être à l’origine de massacres. Je me souviens avoir lu un article concernant les mouvances islamistes en Algérie. J’y ai appris qu’il y avait des partisans du califat comme les GIA et leurs opposants islamo-nationalistes (FIDA entre autres). Les deux étaient farouchement opposés l’un à l’autre. N’y a t’il pas eu des règlements de compte entre ces deux groupes ? Pourrais-tu nous éclairer sur ces soupçons entre pouvoir algérien et guérillas islamistes ?

Halim AKLI : Depuis le début de la déferlante terroriste islamiste en 1991, nous avions souffert autant de la barbarie terroriste que de l’amalgame entretenu par une certaine terminologie en vogue ici en Occident et ce, jusqu’à ce que la bête immonde décide de montrer sa nature abjecte et supranationale, en frappant à Paris en 1995, au WTC à New York, à Madrid… etc. En effet, des islamistes notoires soutenant publiquement le terrorisme avaient trouvé refuge et protection dans tous les pays occidentaux ; un véritable sanctuaire d’où étaient acheminés des armes et des fonds aux maquis algériens, passant « bizarrement » par la Grande Bretagne, la Belgique, l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Maroc et enfin le maquis algérien. On parlait alors de « guerre entre une opposition armée et le pouvoir militaire », de « guerre civile » ou encore, d’un coup d’État ayant mit fin à un processus dit électoral et qui aurait produit une réaction armée naturelle. Cette pollution lexicologique, surtout médiatique, n’avait été finalement qu’un prélude à une complicité criminel d’ONG et autres gouvernements occidentaux qui ont versé illico dans le fameux « Qui tu qui ? » qui avait entretenu longtemps le flou et le doute quand à la responsabilité directe des islamistes dans les massacres et autres carnages et attentats à la bombes qui endeuillaient les populations d’Algérie au quotidien ; les victimes connaissant souvent leurs bourreaux qui appartenaient aux FIS avant sa dissolution salutaire par feu Boudiaf. Cet intox médiatique occidentale ; relayée par les islamistes, n’avait pris fin qu’après (on est presque tenté de dire « qu’à la faveur ») le 11 septembre où l’horreur islamiste avait mit fin au doute occidental. L’islamisme ayant été désigné ennemie numéro 1 de la stabilité dans le monde, la traque des réseaux intégristes en Europe et ailleurs avait alors coupé les ponts entres les différents anneaux de l’organisation terroriste, produisant, d’une manière quasi simultanée, l’isolement des maquis terroristes en Algérie, ce qui était loin d’être synonyme de la fin du terrorisme et des actes terroristes ; ceux-ci, bien que moins fréquents, avaient gardé une capacité de nuisance toujours aussi meurtrière en raison, notamment, des politiques périlleuses des autorités algériennes, appelée pompeusement, tantôt « Rahma » (Clémence) intervenue après l’élections du président Zeroual, tantôt « concorde civile » (1999) et enfin, « charte pour la paix et la réconciliation nationale » (2005) qui se sont avérées, en fin de compte, être de véritables aubaines pour la régénération des groupes terroristes islamistes.

Par rapport au vocable de « guerre » ou de « guerre civile » que je récuse énergiquement, bien que d’autres l’ayant déjà fait avant moi et que, par conséquent, le sujet pourrait paraître, à tort, quelque peu suranné, ce qui est loin d’être l’avis des victimes de cette barbarie qui continuent, à l’heure où je vous parle, de mourir déchiquetées par les attentats suicides ou carrément à l’arme blanche, sa prolifération (ndrl : vocable « guerre civile ») à l’époque du « Qui tue qui ? » (1992 – 2001) répondait d’une logique délétère et irresponsable qui tendait à cultiver le doute, à légitimer le terrorisme islamiste présenté alors comme une « opposition armée » qui aurait réagit par la guerre à un coup d’État militaire et enfin, ce qui n’était pas le cas de tous les médias occidentaux, des nostalgiques d’une époque révolue s’y étaient mêlés pour solder leurs comptes avec le passé ainsi que des cercles douteux qui prétendaient lutter pour l’instauration de la démocratie en Algérie en adoptant une posture pour le moins étrange pour ne pas dire complice qui consistait à tenter par tous les procédés imaginables et inimaginables d’isoler et de détruire l’État algérien, en tant que cadre institutionnel, tout en soutenant un terrorisme islamiste d’une rare sauvagerie alors même que l’opposition démocratique et citoyenne qui évoluait sous le tir croisé et des islamistes et des généraux, avait été, ou ignorée ou suspectée de connivence avec le pouvoir, car refusant obstinément de légitimer une barbarie qu’elle subissait de plein fouet et au quotidien.

La guerre est, par définition, le recours à la force armée pour dénouer une situation conflictuelle entre deux ou plusieurs collectivités organisées, clans, factions ou États. Hors, ce qui s’est passé et se passe encore dans mon pays, c’est une agression criminelle permanente émanant de collectivités terroristes islamistes organisées et frappant des civiles qui sont loin d’être organisés à cet effet et qui n’étaient coupables que de leur farouche refus d’abdiquer devant le diktat des ayatollahs et des wahhabites afganisés qui aspiraient à l’instauration d’une république islamiste à l’iranienne sur la côté sud de la méditerranée, c’est-à-dire, au seuil de l’Europe. Avant l’annulation des législatives de décembre 1991, réclamée par ailleurs par l’opposition démocratique et par la société civile dans son ensemble, les intégristes avait déjà versé dans une violence protéiforme, du reste inséparable de leur matrice idéologique, l’islam politique. Des attaques furent perpétrées contre des campements militaires, occasionnant des pertes considérables parmi des appelés qui n’étaient là que pour le service national. Des femmes et des filles refusant le port du voile étaient quotidiennement vitriolées, des appels au meurtre des démocrates et des laïques, fusaient 5 fois par jour dans des meetings qui se tenaient dans la quasi-totalité des mosquées d’Algérie, soit, quelque 50 000 meeting/jour faisant l’apologie du crime et de la violence. Le pouvoir de l’époque, à travers toutes ses versions qui se sont succédées depuis l’indépendance à ce jour, à l’exception de l’intermède Boudiaf, étant médiocre et uniquement préoccupé par sa propre survie et les intérêts de ses clans, avait toléré ce funeste prélude à l’horreur de l’après 1992. Le vieux continent doit beaucoup aux démocrates et républicains algériens sans qui l’Algérie serait aujourd’hui entre les mains de Ben Laden et l’Europe en aurait subit les contrecoups dramatiques de sa cécité politique qui aurait permit au terrorisme international de s’offrir une immense base arrière en Afrique du Nord.

En outre, ce que je déplore chez les Occidentaux et qui est toujours incompréhensible et frustrant dans mon pays, c’est indéniablement ce catalogage des victimes du terrorisme et des violences armées, en victimes de premier et de second rang ; selon qu’elles soient algériennes, rwandaises, « World Trade Centeriennes », madrilènes …etc. Les populations d’Algérie, victimes d’un génocide estimé à plus de 100 000 morts, à des milliers de déplacés, à des millions d’orphelins et de veuves, autant de mutilés à vie … n’auront suscité en Occident que polémiques, manipulation, intox et black-out. Au même moment, l’émotion atteignait son paroxysme dès que la même violence s’abattait sur d’autres contrées et de véritables réactions de solidarité et d’investigations s’ensuivaient aussitôt pour aboutir illico à la condamnation sans réserve des auteurs, exécutants et commanditaires, des crimes terroristes en question. Il m’est pénible de recourir à une comparaison macabre, car j’estime qu’une victime du terrorisme et de la violence, d’où qu’elle soit, c’est déjà inadmissible, mais devant l’ampleur du génocide de Abassi Madani et consorts, Milosevic apparaît comme un enfant de chœur. Pourtant, le traitement de ces deux situations par la communauté internationale, n’est pas sans en soulever des questions d’éthique et d’équité.

Le pouvoir algérien est, du point de vue politique et juridique, responsable du génocide qui continue de s’y produire. A l’heure où je vous parle, le jeune maire de Timezrit, dans la région de Béjaïa vient d’être assassiné un faux barrage islamiste et un petit commerçant égorgé à Boumerdès. Le pouvoir est non seulement garant, constitutionnellement, de la sécurité des biens et des personnes, pire encore, le terrorisme islamiste est le produit direct de sa gestion catastrophique, la conséquence de sa nature dictatoriale, corrompue et populiste. Plus grave encore, après avoir encouragé les barbus pour affaiblir les mouvements progressistes et culturalistes durant les années 70 et 80, après avoir toléré l’envoi de milliers de jeunes pour prendre part à une « guerre sainte » en Afghanistan contre l’Union Soviétique « impie » à la fin des années 80, à Peshawar et au Soudan pour s’initier au maniement des armes et aux techniques terroristes, après avoir piétiné la constitution en procédant à la légalisation de partis politiques religieux gérés en sus par d’anciens terroristes issues de la première nébuleuse terroriste du sinistrement célèbre Bouiali, après avoir admis l’instauration de mini républiques islamistes dans des communes gérées par des élus de la même mouvance…etc., le régime tribal algérien, à travers tous ses remodelages de façade, n’avait en fait rien fait d’autre que redoubler sans cesse d’artifices dans le seul soucis de se maintenir au pouvoir et donc de garder le monopole sur la rente pétrolière mais pas seulement, puisque, pour ma part, je refuse qu’on me présente nos dictateurs et leurs serviteurs comme des corrompus sans visées idéologiques. Ils ont certes en priorité les pétrodollars, mais, l’arabo-islamisme, dans sa version nationaliste, explique pourquoi ils préfèrent cohabiter avec les terroristes islamistes que d’accepter l’alternative démocratique qui ne pourrait s’en passer de son soubassement laïque. Il serait utile de rappeler que le pouvoir algérien, excepté la parenthèse Boudiaf qui n’aura duré que 166 jours, n’a jamais cessé de négocier avec des barbares de la pire espèce pour les ramener à accepter un deal qui se ferait sur le dos des populations et de la démocratie. Cela s’est réalisé en 1997 dans un maquis, Bouteflika est arrivé donner la contre partie aux égorgeurs en leur accordant l’amnistie, la réintégration sociale, le blanchiment de l’argent du terrorisme et bien d’autres privilèges encore, tout aussi scandaleux, pendant que les victimes du terrorisme survivent dans le dénuement et sont sommés de baisser les yeux au passage du bourreau et surtout… d’oublier. Voici le prix de la « paix » version pouvoir algérien, une paix qui n’est toujours pas là, puisque les « repentis » qui narguent l’opinion en déclarant publiquement n’avoir jamais renoncé à leur projet, ni n’avoir regretté leur « guerre sainte », ni n’avoir demandé pardon pour être considérés comme des « repentis », contribuent en fait à reconstituer les réseaux terroristes qui sont à bout de souffle et complètement isolés de la société. Certains auteurs des derniers « attentats suicides » étaient des « repentis »… Au mieux, ceux qui ont renoncé à la violence, adoptent une autre stratégie autrement plus intelligente et plus dangereuse ; consistant à reconnaître la défaite de l’action armée à laquelle ils substituent le jeu démocratique de circonstance pour arriver un jour, peu importe quand, à réaliser leur funeste projet : Abolir la démocratie et instaurer la charia. Hitler est passé par là …

Vous parlez aussi de partisans du califat et des islamo-nationalistes qui seraient farouchement opposés l’un à l’autre et des règlements de compte qui se seraient produits entre ces deux phalanges. Les déchirements internes à la mouvance islamiste, survenus dans les maquis et qui se soldaient souvent par des accrochages où les uns et les autres enregistraient des pertes considérables dans leurs rangs, n’avaient, en fait, rien à voir avec la question d’un hypothétique califat qui n’étaient guère à l’ordre du jour du fait que la priorité était d’instaurer d’abord l’État islamique en Algérie, ce qui leur paraissait de plus en plus irréalisable du fait d’une farouche résistance citoyenne. En effet, plusieurs factions terroristes rivales, conduites par des délinquants, anciens repris de justice ou des fanatiques désespérés se livraient une guerre totale marquée par des règlements de compte qui eurent lieu entre eux et au sein des factions elles-mêmes, dont la seule et unique motivation était le control des territoires, du maximum de terroristes et du trésor du terrorisme. C’est une guerre de leadership provoquée par un large sentiment de désespoir de cause où les uns complotaient pour une reddition qui devaient passer par l’élimination des jusqu’au-boutistes qui désiraient, dans leur ultime effort, frapper les esprits par des attentats dont les limites de l’horreur seraient repoussées à chaque fois, et où les autres, pensaient déjà à leur « réintégration » et à celle de leur fortune amassée par le racket, le sang et le feu. Il y’a eu même des tentatives de réunification de ces hordes terroristes qui n’ont pu aboutir même sous l’égide des commanditaires politiques emprisonnés comme celle qui a eu lieu en mai 1994 où les émirs avaient discuté de la nécessité de s’unir pour rendre plus « efficaces » leurs terreur ; clé de voûte qui les rapprocherait de leur objectif initial (l’État islamique), mais à aucun moment, la question du califat n’eut été abordée.

A suivreRetour ligne manuel
Entretien réalisé par Youri K.

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