Un laïque à cœur ouvert (8)

Isolement des laïcs et solidarité planétaire des islamistes

Justement tu as été l’un des initiateurs d’un appel à une union des laïques du monde entier qui a abouti à une rencontre laïque internationale qui s’est tenue à Paris en février 2007. Peux-tu présenter aux lecteurs cette initiative ? Certains se demanderont s’il s’agit d’abolir les frontières et faire un monde laïque sans frontières. Peux-tu clarifier ?

Halim AKLI : En effet, c’était une belle initiative, émanant de militants laïques de plusieurs pays, qui a prit corps dans des conditions pas du tout évidentes ; le renversement de l’échelle des valeurs conjugué tantôt à la médiocrité, tantôt à la frilosité politique des dirigeants européens ayant déjà entrepris la réhabilitation du religieux dans l’espace public ainsi que l’intégrisme devenu subitement fréquentable car présenté comme « un mode de vie » à respecter et enfin, l’exacerbation d’un communautarisme qui constitue un véritable vivier inespéré pour ce même fanatisme. Pendant ce temps, les défenseurs de la laïcité et des valeurs de tolérance et de démocratie sont désignés par des vocables invraisemblables tels que « extrémistes laïques, racistes … ». D’ailleurs cela persiste encore, notamment en France où Tarik Ramadan, le petit fils du fondateur du mouvement intégriste des « frères musulmans » égyptien, y est plus médiatisé que n’importe quel vis-à-vis laïque.

En revanche, il a été constaté l’isolement des laïcs, éparpillés dans le monde, parallèlement au caractère « solidaire » et planétaire des violences intégristes d’essence religieuse, plus particulièrement à travers Al Qaïda et l’Internationale Islamiste qui regroupe, organiquement ou par effet d’influence, quasiment tous les mouvements islamistes de tous les pays où domine l’islam ou autre, peu importe d’ailleurs l’obédience de ceux-ci ; chiite, sunnite … qui s’affrontent également entres eux pour des raisons tout aussi d’ordre hégémonique à l’intérieur d’une même religion, ici l’islam.

Il n’est pas nécessaire de s’étaler longuement sur la violence islamiste qui s’adonne à une véritable entreprise génocidaire aux quatre coins de la Terre et qui représente à l’heure actuelle le danger principal pour la paix dans le monde. Nous survolerons donc les violences émanant des autres religions, monothéistes ou pas, les plus influentes sur la planète afin de mettre en évidence le lien étroit qui existe entre ces dogmes érigés en mode de gestion collective et leur substrat le fanatisme et son expression violente systématique. Inversement, la laïcité aura agit comme un rempart contre ces dérives et conférera une cohésion sociale et un essor à chaque fois qu’elle vienne encadrer les équilibres sociétaux et à délimiter clairement les aires spirituelle et temporelle.

En Pologne, c’est un intégrisme catholique qu’on avait cru révolu et qui revient plus menaçant que jamais, notamment par rapport aux restrictions de la liberté de la femme et des libertés en général. Le Mouvement du Saint Esprit, sévissant en Ouganda est un autre exemple de ce type de terrorisme qui puise sa raison d’être dans le christianisme. Les violences entres catholiques et protestants illustrent, à travers l’histoire ce recours atavique à l’arme dès que le religieux s’empare de la gestion des affaires publiques. La liste des dérives intégristes d’essence chrétienne est tout aussi longue et le Moyen Âge qui aura duré une dizaine de siècles est édifiant à cet égard. Les tribunaux de l’Inquisition établis par l’Eglise en sont une souillure indélébile qui démontre qu’il ne suffit pas d’être chrétien pour détenir l’exclusivité de la vérité ; la condamnation de Galilée, en 1633, au renoncement de ses recherches en astronomie, jugées contraire à la perception que se faisait l’Eglise de l’univers, en est l’exemple criant.

En Inde et au Pakistan, les conflits religieux communautaires contemporains prennent leurs racines dans leur histoire moderne. Ces deux pays sont nés en même temps, en août 1947, après un siècle de colonisation britannique. Selon sa Constitution, l’Inde devient un État laïque et accueille plusieurs religions en son sein. Ainsi, la majorité de près d’1 milliard d’hindous vivent en bonne entente avec 140 millions de musulmans, 20 à 25 millions de chrétiens, autant de sikhs et une communauté bouddhiste. Le Pakistan qui ignore ce pluralisme, devient une République islamique à forte composante sunnite (80%). Des millions de musulmans quittent alors l’Inde pour s’installer au Pakistan. Autant de sikhs et d’hindous prennent le chemin inverse. Des carnages sont commis des deux côtés.

N’étant pas à l’abri des phénomènes de populisme et d’intégrisme, l’Inde avait un gouvernement ultranationaliste dominé par le Bharatiya Janata Party (BJP, parti du peuple hindou), qui avait remporté les élections générales en 1996, 1998 et 1999, avant de s’effondrer aux élections de 2004. Sa politique consistait à faire « l’Inde pour les Hindous » ce qui n’est pas sans rappeler « Israël pour les juifs » ou encore « Terre d’islam » qui désigne à tort l’identité des pays multiethniques où domine la religion musulmane.

A titre d’exemple de ces violences interreligieuses, en décembre 1992, des hindous extrémistes rasent une mosquée à Ayodhya dans l’Etat d’Uttar Pradesh au prétexte qu’elle est construite sur un temple dédié à Râma, une divinité hindoue. Les affrontements qui ont suivi ont fait des milliers de victimes. Cette même violence y est également dirigée contre la minorité chrétienne.

Le Mouvement des étudiants islamiques d’Inde (Simi), l’un des auteurs des attentats meurtriers de Bombay, fantasmait tout bêtement à instaurer un califat en Inde.

Ainsi, Il y a des foyers récurrents d’affrontements sous-jacents, des brasiers qui ne demandent qu’à s’enflammer. Le phénomène de l’hindouisme, pourtant très fortement influencé par la non-violence du Mahatma Gandhi et qui a débouché sur un mouvement si violent est loin d’être inédit. Gandhi lui-même a été assassiné non par un chrétien, un musulman ou un juif ou un athée mais par un extrémiste hindou.

Dans le bouddhisme où le lama serait d’origine divine et Bouddha une divinité, les germes de la violence sont tout aussi patents. Beaucoup de personnes ne perçoivent la religion bouddhiste qu’à travers le prisme, du reste pompeux, « d’art de vivre » qui n’impliquerait point de contraintes et qui favoriserait le développement de la personne, ce qui est vraisemblablement du à l’ignorance de la réalité du bouddhisme lui-même. Ainsi, les fondamentaux de cette religion se résument aux « Quatre Nobles Vérités » de bouddha, à savoir, « Tout est souffrance », « La souffrance est créée par le désir », « On peut stopper cette souffrance par le nirvana » et enfin « La voie qui y mène c’est l’Octuple chemin » qui signifie « fuir le plaisir et ne plus avoir d’envies ». Par ailleurs, le Bouddhisme se fonde aussi sur le principe de la réincarnation. En effet, à la mort, seul le Karma reste. Il s’agit d’un potentiel chargé positivement ou négativement suivant le vécu. Et, si on a mal agi dans la vie antérieure, le Karma est chargé négativement. Il s’agit d’une juste punition et on se doit de l’accepter sous peine de charger encore son Karma négativement.

Ainsi, vivre sous un régime bouddhiste, c’est accepter le monde tel qu’il est et la soumission de l’individu au destin et à la parole divine de Bouddha qui est « la pensée juste – l’action juste ». Ainsi, le peuple admet l’inadmissible. Au Tibet, sous le poids d’un clergé hiérarchisé, le moine ou lama qui signifie « celui qui se tient plus haut, celui qui domine », étant le maître, l’adepte doit recevoir l’enseignement du gourou sans broncher. De la sorte, l’adepte doit être d’une obéissance absolue et ne devant jamais se permettre de contester les actes de son lama, ni nourrir de doute de leur opportunité. Dans le dogme bouddhiste, le Lama a reçu son héritage de sagesse d’une lignée de gourous qui remontent au Bouddha un peu à la manière du roi marocain qui tire sa légitimité d’une prétendue filiation à Mahomet.

Au Tibet d’avant l’invasion chinoise, on ne vivait pas moins dans la terreur exercée par des Lamas et le Dalaï-lama. Ce dernier était un véritable roi, il régissait le pays et avait droit de vie et de mort sur ses sujets. Les moines étaient la caste privilégiée du système. Les moines représentaient 20% de la population et le peuple devait leur donner un tiers des récoltes. Le peuple était sciemment laissé dans la misère économique, sociale et culturelle par les moines, afin de mieux les soumettre. Aussi, sous couvert de morale religieuse, le bouddhisme se fait le chantre de la misogynie puisqu’il considère les femmes comme des êtres pervers car elles provoqueraient les désirs, sources de malheur. Par ailleurs, en Thaïlande, les moines bouddhistes s’opposent fermement à l’IVG et à la contraception, déclarés actes négatifs dans la théorie du Karma. Enfin, dans les monastères, le vœu de chasteté produit toujours les mêmes effets : les violences sexuelles ou des pratiques sexuelles diverses y sont pratiquées en secret.

En Corée, le temple bouddhiste Chogye-Sa, au Sri Lanka où le Bouddhisme est reconnu religion d’État, en Thaïlande, au Japon, notamment entre 1894 et 1945, lorsque le Bouddhisme fut un soutien inconditionnel de la politique expansionniste et nationaliste de l’Empire… sont autant de violences émanant du Bouddhisme érigé en système de gestion politique et sociétale.

L’intégrisme juif n’est pas en reste. Son caractère nuisible réside essentiellement dans le fait qu’il a exalté en priorité deux éléments potentiellement immoraux : le mythe de « la Terre promise » à un « Peuple élu » au nom de son « Alliance » avec Yahvé et l’élément racial concernant la transmission héréditaire de la qualité de « juif » dont s’inspire les musulmans … L’idéologie sioniste qui en résulte est dominatrice et violente et l’apartheid en est une donnée constitutive. Ainsi, la constitution israélienne qui consacre le judaïsme religion d’État, considère les non juifs comme des citoyens de seconde zone… Des observateurs avisés pensent qu’Israël n’aura jamais la paix tant qu’il ne sera pas un État laïque et démocratique.

C’est donc le constat de ces atteintes récursives à la dignité humaine, aux libertés fondamentales et aux droits de l’hommes qui se produisent, indépendamment des époques et partout où la religion s’empare de la politique, de l’économie, du social et du culturel qui a présidé à l’idée de rassembler, dans une organisation mondiale laïque, tous les hommes et toutes les femmes, athées, agnostiques, musulmans, juifs, chrétiens, bouddhistes, indous mais profondément engagés en faveur de la laïcité car, nous considérons qu’en dehors de la non-violence et de la générosité, les valeurs guides pour la concorde et la paix dans un monde pluriethnique unique sont la démocratie et la laïcité. La première rencontre a eu lieu en février 2007 à Paris et ce fut une sacrée réussite. Il n’est pas question pour nous d’abolir les frontières politiques des États car nous considérons que cela concerne les peuples eux-mêmes. En revanche, il s’agit d’abolir les frontières mythiques qui lézardent la démocratie, les droits de l’homme et la laïcité que je considère, pour ma part, universels. Il appartient désormais aux laïques du monde de ne pas s’arrêter en si bon chemin.

A suivreRetour ligne manuel
Entretien réalisé par Youri K.

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