Un laïque à cœur ouvert (9)

Siné, Sarkozy, délit de blasphème par l’autocensure…

Voici l’affirmation de Siné que plusieurs “intellectuels” ont qualifié d’antisémite : “Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !”

Les opposants à Siné ont déclaré que la conversion était liée à la réussite sociale et y ont vu de l’antisémitisme. Un autre argument lu ici ou là affirmait que Siné n’aurait pas du écrire cette phrase car elle pourrait être interprétée comme antisémite. Y voix-tu, de ton côté, un écrit raciste ?

Halim AKLI : En réalité, ces attaques contre Siné rendent compte d’un état d’allégeances d’une telle réciprocité entre les religions et le locataire de l’Elysée, produisant des embardées discursives à l’égard de toute expression de lucidité et d’intelligence dont l’objectif est d’instaurer tacitement une sorte de délit de blasphème par l’autocensure à défaut de pouvoir interdire la liberté d’expression. Je dois d’ailleurs signaler que les détracteurs de Siné agissent dans une cacophonie indescriptible. Et pour cause : au moment où certain l’accusent d’antisémitisme, de racisme, d’autres lui reprochent de ne pas avoir été assez claire en lui suggérant presque d’ajouter à son propos l’expression « j’adore la religion juive et les juifs » pour éviter que son propos ne soit interprété d’une manière tendancieuse. Tout le monde aura donc remarqué que les opposants à Siné accusent un grave problème de perception et qu’au lieu de s’inquiéter d’une improbable mauvaise interprétation des écrits de Siné par l’opinion, ils feraient mieux de s’intéresser un peu plus à accorder leurs violons. Au-delà, les propos de Siné qui ne visent à aucun moment et d’une quelconque manière que ce soi la judaïcité d’une juive qu’est l’héritière des Darty, au demeurant discutable comme toute autre religion ou idéologie, sont d’une lucidité à telle enseigne que, loin de verser dans le racisme, ils mettent en évidence un comportement qui relève plutôt de l’immoralité et de la malhonnêteté. Selon son désormais ex directeur, Philippe Val en l’occurrence, qui l’a viré d’une manière mesquine, parait-il, en raison de sa proximité nouvelle avec Sarkozy senior, les déclarations de Siné se seraient avérées fausses. En tout cas, les explications que le directeur de Charlie Hebdo en avait donné récemment chez Roland Ruquier sont loin d’être convaincantes et je trouve cela aberrant et scandaleux de la part d’une personne qui avait été, lui aussi, victime de ce genre de dérives et que nous avons tous soutenu lors de l’affaire de la publication des caricatures danoises. Revenant aux propos de Siné, il s’agit d’un non juif, fils du président de la République et surtout responsable politique qui, par pur opportunisme et esprit mercantile, aurait déclaré sa volonté de se convertir à une religion, celle de l’héritière Darty qu’il convoiterait. Si cette dernière était musulmane, le petit de son paternel aux airs bonapartistes ataviques et pour les mêmes objectifs, aurait été tenté par une conversion à l’islam ! Si ces accusations s’avèrent authentiques, je trouve ce comportement immoral et scandaleux au vu de ce que représente donc Jean Sarkozy ; Un homme politique, se doit d’incarner l’honnêteté et l’éthique, à défaut de quoi c’est sa crédibilité et celle de sa famille politique qui se dissipe si tant est qu’il ait eu une crédibilité puisque étant trop jeune, il ne pourrait se targuer du moindre fait d’armes qui en serait à l’origine.

Ne relève-t-on pas dans ce même propos et en filigrane une dénonciation d’une justice à deux poids, deux mesures, pour ne pas dire carrément d’une justice aux ordres s’agissant du statut du mis en cause, Sarkozy junior, et de l’origine du plaignant, un arabe ? Car, il faut souligner que Siné n’a pas été seulement la cible de ceux qui voient partout de l’antisémitisme mais aussi des cerbères islamistes qui lui reprochent son islamophobie et qui feignent de n’avoir pas remarqué le soutien que Siné porte à l’auteur de la plainte contre le fils du président. On ne le répétera jamais assez, les religieux zélés ou les intégristes ne sont pas de mauvaise foi, ils sont pires. Non, tout comme moi, Siné n’est pas raciste et en étant islamophobe, il n’exprime rien d’autre qu’une peur (phobie) somme toute légitime et largement partagée, d’une religion (l’islam) qui, sous l’effet d’une grave instrumentalisation, bouleverse les équilibres sociétaux, remet en cause des acquis démocratiques et civilisationnels à la Pyrrhus et tente d’instaurer des modes de vie et de comportements archaïques et incompatibles avec les valeurs universelles de liberté, d’égalité, de laïcité et des droits humains qui régissent les grandes démocraties et auxquelles aspirent les peuples du tiers monde en général et des pays sous domination des lois plus ou moins inspirées de la charia en particulier. Non, tout comme moi, Siné n’est pas antisémite en étant judaïophobe quoi que le judaïsme soit beaucoup moins expansionniste que l’islam et le christianisme. Nous ne nourrissons aucune haine envers l’homme blanc en ayant peur de l’expansionnisme chrétien. Pour nous autres laïques, les humains et les cultures séculaires et/ou modernes se complètent et se partagent indépendamment de la couleur de la peau et du sexe. Les religions étant une question qui relève du strict privé et donc à dissocier de l’identité et de la culture puisque des personnes appartenant à une même identité ethnique, ne partagent pas forcément les mêmes croyances, doivent être appréhendées en tant que telles ; c’est-à-dire, un ensemble de croyances et d’idées propres à une personne ou à un groupe de personnes dont l’identité est définie non par ces opinions mais par rapport à la culture ancestrale et à un pays ou à ensemble de pays partageant la même histoire, la même langue… En étant un athée, je ne suis pas moins un Amazigh, un Nord-Africain et un méditerranéen qui sont autant de repères que je partage avec des musulmans, des chrétiens, des juifs et des athées bien entendu qui baignent dans le même bain culturel que moi ! De même et contrairement au président Sarkozy qui déclarait que « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes », ce qui renie le long et violent conflit entre l’Eglise tyrannique et un mouvement des Lumières s’inspirant résolument de l’héritage grecque, de l’humanisme et de la Renaissance ainsi que d’un judéo-christianisme sécularisé puisque et jusqu’au XXe siècle, l’Eglise s’opposa à la liberté de croyance (comme c’est encore le cas en islam) et le conflit prit fin avec l’avènement de la laïcité qui en est l’aboutissement et le dénouement. Ainsi, être Français ne se définit pas par rapport au christianisme mais par rapport aux valeurs culturelles et civilisationnelles qui le distinguent d’un autre Européen.

Le dessinateur Siné, encore lui, avait écrit : « Je n’ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s’arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul ! » Puis il continue, et on peut lire de sa plume : « Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n’ont rien à leur envier point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon cœur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche ». Peux-tu donner ton avis concernant ces propos ?

Halim AKLI : (Sourire) Je redécouvre ces propos que je trouve, pour ma part beaux et vrais à telle enseigne d’ailleurs que je me suis tout de suite rendu compte que j’ai eu à penser la même chose et à maintes reprises ! En effet, la dérision dont use Siné cache en fait la grande « tolérance » qui le caractérise contrairement aux agressions réelles et quotidiennes émanant des intégristes islamistes, en France et ailleurs. Quant il dit qu’il n’a jamais brillé pour sa tolérance, il ne fait rien d’autre que de se démarquer de l’hypocrisie ambiante qui pervertie le fait de tolérer qui vient du mot latin « tolerare » qui signifie « supporter » et veut dire que l’on « admet à contrecœur la présence de quelqu’un ou de quelque chose de désagréable » et c’est bien le cas de le dire, car, pour reprendre une satire de la rue algérienne, un homme exhibant une barbe hirsute et portant un kamis ou un « sarouel coranique », une femme portant le voile ou le tchador… c’est tout simplement une agression caractérisée contre l’environnement et la vue. Tolérer une chose ou quelqu’un de désagréable sous-entend une action limitée dans le temps car personne n’est en mesure de tolérer indéfiniment. Une fois de plus, ces signes religieux idéologiques qui renvoient, précisons-le tout de suite, à l’obscurantisme, ne sauraient être pris pour des attributs raciaux, culturels, ethniques ou autre sinon, il aurait fallu parler de respect de la différence qui, lui, intervient dans une parfaite réciprocité et dans le respect des droits de l’hommes et de l’esprit démocratique qui suggèrent l’adhésion sans équivoques à certains nombres de valeurs démocratiques et républicaines comme l’égalité homme-femme, le caractère républicain des institutions et de l’école, la liberté de la presse, la liberté de pensée et donc de critiquer tout ; y compris la religion, le principe de laïcité qui doit être appréhendé ici au-delà de ses spécificités régionales (nord-africaine, française, anglo-saxonne, turque, indienne …) Vous l’aurez compris, je trouve absurdes et complètements scélérats les accusations d’antisémitisme dont a fait l’objet Siné que je soutiens de toutes mes forces comme j’ai eu à soutenir Geert Wilders, le caricaturiste danois Kurt Westergaard, Charlie Hebdo, Nawal Sadaoui… avec qui je ne partage pas tout mais que je soutiens dans leur travail de création et dans leur droit de critiquer le fait religieux. Je vous rappelle qu’une tentative d’imposer à l’ONU l’établissement du délit de blasphème est toujours en cours. Celui-ci, s’il venait à être adopté, mettra fin, du moins théoriquement, au droit d’examiner, par la littérature, les médias ou par tout autre moyen de création, tout ce qui relève du religieux, c’est-à-dire « tout ». Si cela venait à se produire, le monde ferait un pas de géant dans le passé car, les fanatiques religieux qui grignotent chaque jour dans l’espace public, en crachant acerbement et par des procédés aussi abjectes que multiples, sur toutes les avancées de l’Humanité acquises au prix de siècles de souffrances, de lutte, d’intelligence et d’ingéniosité, ne font qu’envahir chaque petite parcelle de terrain que les « grands » de ce monde leur concèdent.

Enfin, être un anti-islamiste ou un adversaire résolu de l’expansion des signes religieux et de l’influence de la religion en dehors de la mosquée, de l’église, de la synagogue ou du temple, est un devoir citoyen universel. C’est ce qu’il ne faut jamais accepter d’assimiler à l’antisémitisme que les fanatiques exploitent systématiquement dans un processus de victimisation et de pollution sémantique bien connu au demeurant. Autrement dit, être laïque aujourd’hui, c’est distinguer entre, d’un côté, l’antisémitisme et tout autre forme de racisme et d’exclusion et, de l’autre côté, l’islamisme, les communautarismes et toute forme de haine de soi et d’extrémisme religieux. Dans le premiers cas, un laïque se doit de défendre le droit, à tout un chacun, de pratiquer, dans l’espace réservée à cet effet, ce que dans sa religion ou de vivre ce que dans sa culture d’origine est compatible avec les valeurs démocratiques universelles. Dans le deuxième cas, il faut empêcher ; par tous les moyens légaux ; politiques, juridiques ou autre, que ces fléaux qui sapent les fondements même de la société dans son ensemble, ne puissent s’emparer de la frustration et du sentiment d’exclusion qui rendent vulnérable, notamment la jeunesse des milieux défavorisés. Enfin, être laïque c’est constituer des lobbys et c’est être aussi aux côtés des exclus et des laissés-pour-compte …

A suivreRetour ligne manuel
Entretien réalisé par Youri K.

 

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