Un rassemblement qui n’a pas eu lieu

Mais une voie qui s’ouvre ?

Étant à l’origine de l’Appel aux rassemblements du 24 septembre à travers les grandes villes de Kabylie, je me devais de préparer quelques banderoles, faire un tirage de quelques exemplaires du résumé de l’Appel en insistant sur les motivations et les objectifs et pour expliquer également pourquoi, hormis ma signature automatique sur le Mur Facebook de l’événement « Rassemblement contre la terreur en Kabylie », aucun nom de personnes, de partis, d’organisations ou autres n’a été associé à cette action qui se voulait citoyenne, populaire, rassembleuse et vouée uniquement à la Kabylie et à ses valeurs. C’était trop beau pour être vrai, ou si vous voulez, trop naïf !

En effet, ayant passé la nuit à préparer le nécessaire, je n’ai pu m’endormir qu’aux alentours de 04H du matin pour me lever à 08H. Voyant que je risquais de ne pas arriver à l’heure puisque je demeure à près de 40 kilomètres du lieu désigné pour le rassemblement de Tizi-Ouzou (place de l’ancienne mairie), je loue un taxi et j’arrive au lieu dit à 09H 45minutes, soit, un quart d’heure avant l’heure du début du rassemblement. Dans le ciel de Tizi, le soleil et les nuages luttaient pour s’imposer chacun au détriment de l’autre de telle sorte que le temps était tantôt frais et tantôt brûlant. J’arrive sur le perron de l’ancienne bâtisse, je me mets debout sur les marches de l’escalier, guettant l’arrivée d’éventuels manifestants. Durant 45 minutes, j’ai eu à accueillir une trentaine de personnes venues individuellement prendre part au rassemblement. Toutes, cependant, ont une expression d’inquiétude dans le regard de telle sorte que juste après leur arrivée, ces personnes semblaient pressées de s’éloigner à tel point que rares sont celles qui s’y sont croisées. A 10H 30, je décide, à mon tour, de quitter les lieux.

Que peut-on retenir de cette tentative de mobiliser la Kabylie par ce seul moyen moderne qu’est le réseau social Facebook ?

D’abord, que les 4000 participants virtuels (en attendant quelques éventuels échos qui pourraient nous parvenir de Bejaia, de Bouira et de Boumerdès), auraient cliqué sur « je participe » sans réel engagement qui devait se traduire, le jour « J », par la présence sur le lieu du rassemblement. Ainsi, beaucoup, en cliquant sur « je participe », adhérent certes à l’esprit et aux objectifs de l’initiative mais n’ont pas fait le lien entre cette adhésion et la nécessité de participer, concrètement, sur le terrain. Cela peut avoir plusieurs lectures et je choisi pour ma part de retenir celle qui consiste à dire que si Internet a pu être à l’origine de la chute d’un dictateur en Tunisie, il faut attendre encore longtemps pour pouvoir constituer un moyen de communication consistant et efficace en Kabylie.

Par conséquent, toute mobilisation future se devra de ne considérer Facebook et les nouvelles technologies de l’information que comme des moyens complémentaires dans la sensibilisation et la diffusion de l’information qui ne pourrait se passer des méthodes classiques ou traditionnelles.

Ensuite, les arguments contradictoires que sont celui de rejeter toute action qui serait chapeautée par une quelconque organisation ou mouvement au motif que cela relèverait de la manipulation et de la récupération politique, pendant que d’autres disent ne pas faire confiance aux initiatives émanant d’individus ou de groupes de personnes sans cadre politique, sans structuration, qu’on assimilent d’ailleurs très facilement à des « anonymes »… ces deux arguments donc ne peuvent pas être crédibles du fait de, non seulement de leur nature contradictoire mais surtout de leur irrationalité. Ce ne sont finalement que des attitudes tendant à justifier l’immobilisme et partant, à exprimer ce sentiment d’impuissance qui ronge la société de l’intérieur ; un sentiment d’impuissance qui est en partie la conséquence direct de tant de virages ratés depuis au moins le début des années 90 mais aussi d’un travail de sape que mènent, dans ce sens, les services du pouvoir visant à créer puis à consolider cette fausse certitude dans les esprits.

A partir de là, il est capital, de s’organiser et de rendre lisibles et visibles et les motivations et les objectifs de chaque action politique. Il est de même également de précéder tout action sur le terrain par un travail soutenu et prenant en compte la réalité du terrain pour en appliquer les méthodes adéquates pour une transmission de l’information efficace et une diffusion la plus large et la plus convaincante de celle-ci. Le facteur temps est donc un élément à ne pas négliger, la réalité du terrain sociétal implique forcément une détermination précise du temps nécessaire pour que l’information, ayant exploité d’une manière efficiente les méthodes de communication appropriées, puisse atteindre et convaincre le plus grand nombre.

Enfin, ne jamais se confiner dans des revendications purement politiques et idéologiques, le social et l’économique sont indissociables de toute action pérenne. Cela porte le risque de dessiner les contours d’un nouveau parti ou organisation politique, ce qui, présentement, serait à même d’effrayer plus que de rassurer, mais comment et que faire dans ce cas ?

« Ne rien faire », voilà la pire des choses à faire justement car, c’est vers cette logique là qu’on nous a poussés, produisant des sociétés atomisées qui ont fini par croire que ce que nous font subir le Pouvoir et les islamistes sont irréversibles, une fatalité, d’où cette résignation. Matoub l’avait si bien décrit lorsqu’il chantait : « …Ħeđmen yeffeγ-iten laman… ».

L’initiative ratée de ce 24 septembre, au-delà de toutes ces considérations, a le mérite d’être là. Le sage disait : « Win yeţrużżun asalu, iteddu akken yuffa, mačči akken yevγa ». Ainsi, avec 4000 adhésions sur Facebook en l’espace de 3 semaines alors que l’unique espace exploité est le Mur même de l’événement, ça démontre au moins que le désir de rassemblement, la prise de conscience du fait kabyle, l’ouverture à l’opinion différente, l’aspiration à un destin kabyle pleinement assumé et décomplexé et l’espoir, sont une réalité palpable dans la société kabyle. Une telle initiative, même si, faute d’une diffusion conséquente de l’information, n’a pu se traduire que par la présence d’un nombre très réduits de participants, une telle initiative donc, aura esquissé les contours d’un débat kabylo-kabyle ouvert et une réflexion sur une nouvelle voie qui, sans exclure quiconque, invite tout le monde à assumer pleinement sa kabylité avant tout autre référant identitaire, ce dont a grandement besoin la Kabylie et ce, sans que personne ne soit contraint de renier ses choix politiques, fussent-ils faux, pourvu que la Kabylie soit assumée clairement et que ses valeurs soient portées, réaffirmées et partagées par tous les Kabyles quelles que soient les orientations idéologiques ou politiques. Cela n’est pas une tentative de passer l’éponge sur les errements politiques des uns et des autres, mais une porte ouverte sur une perspective où le passé, sans qu’il soit effacé, ne constituera pas une raison d’y enfermer la convergence des bonnes volontés kabyles qui sont éparpillées ça et là.

A travers une telle opinion, tout est possible dans le sens de l’épanouissement de la Kabylie décomplexée et portant fièrement ses repères identitaires propres (langue, culture et identité kabyles) et consolidant ses valeurs civilisationnelles de démocratie, de laïcité, de solidarité et de liberté. Aussi, le débat se poursuivra pour qu’une lumière jaillisse afin d’éclairer davantage les contours que prendra cette nouvelle voie. Les actions sur le terrain se tiendront au moment opportun mais avec, en amont, un travail profond et massif d’information et de sensibilisation qui requiert la contribution de chacun et de chacune. Pour se faire, l’opinion, l’analyse et l’adhésion de tous et de toutes est primordiale. Nous devons agir pour la Kabylie des Lumières que nous souhaitons léguer à nos enfants, nous leur devons bien ça.

Ahaw san yiwwass !

Allas DI TLELLI

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