Yasmine, la femme kabyle et l’inquisition

Suite à mon interview avec « Jasmine la Kabyle qui rêve de faire danser tout Londres », je suis surpris et effaré par certaines réponses.

Les propos de ces gardiens du temple moral kabyle, insultants et d’une bassesse inouïe sont révélateurs des archaïsmes qui sont incrustés au plus profond d’eux-mêmes, inculqués par une culture arabo-islamique qu’ils prétendent combattre en adoptant exactement ses méthodes. Parler des ventres des femmes en termes de fonction de reproduction, c’est tout simplement réducteur pour ne pas dire macho. La précision de l’un de ces intervenants, de ces vierges effarouchées devrais-je dire, se rapportant aux valeureux hommes (pourquoi pas aux valeureuses femmes aussi ???) que les ventres des montagnardes de Kabylie auraient procréés, est (la précision) tout simplement sotte puisque, un esprit moderne digne de notre époque devrait de s’élever au-dessus des considérations raciales (racistes) pour atteindre le stade de l’égalité des êtres inconsidérément de la race, de la couleur et de la culture, de telle sorte à considérer que tous les « ventres de toutes les femmes » de par le monde, se valent et tous ont mis bas de valeureux hommes et de valeureuses femmes, comme ils ont enfanté, y compris des « ventres » kabyles, des traîtres, des soûlards, des obsédés sexuels, des criminels, des monstres … etc.

Après cela, il s’agit d’une jeune fille (21 ans) qui a apprivoisé une danse semblable à toutes les danses du monde, un art comme tous les arts du monde qu’elle exerce dans un cadre associatif et dans une projection purement artistique, activité dans laquelle elle tente, au demeurant, d’introduire, entre autres, la danse kabyle comme discipline à part entière et la langue kabyle comme l’une des langue de sa communication et ce, en pleine capitale anglaise.

Au risque de vous décevoir et de décevoir tous ces « irgazen » [1] comme vous, en fait des loups libidinaux comme vous vous définissez vous-même, au risque donc de vous décevoir et de faire dégonfler votre muscle de bas ventre qui fait de vous, croyez-vous, des hommes qui peuvent se permettre de coucher avec toutes les femmes qu’ils peuvent se permettre et qui crient au déshonneur dès qu’une jeune fille se met à disposer de ce qui lui appartient totalement, son corps, en s’en servant dans la recherche de sa voie, dans une optique, encore une fois, purement artistique ; Yasmine n’est pas une dépravée, elle tient à son honneur plus que vous, elle ne se produit jamais dans les bars, ou dans les boites de nuit, ce qui aurait été du reste, son droit inaliénable. Son espace, ce sont son association et les salles de spectacles où des « loups » n’iront jamais car avant ou après le spectacle de Yasmine, c’est souvent Shakespeare qui est proposé et ça, une moelle épinière ne suffit pas pour le comprendre.

Enfin, si l’origine nord-africaine de la danse du ventre viendrait à être vérifiée, Yasmine sera sans nul doute reconnue comme celle qui aura restitué un fait historique, corrigé une erreur de mémoire. Au-delà, si c’est le fait que la danse du ventre soit perçue comme une danse orientale ou égyptienne et donc « non kabyle » ou c’est le fait de faire apparaître la peau du ventre propre à cette danse qui fait réagir certains, seraient-ils alors contre le fait de voir des filles kabyles exécuter des mouvements des danses (samba, slow, moderne, classique…) autres que ceux de la danse kabyle ce qui , selon eux, condamnerait tout kabyle qui serait tenté de pratiquer un art qui n’est pas kabyle ? Seraient-ils contre le fait que des femmes kabyles puisse aller à la plage en maillot de bain ? Dans ce cas là, je refuse de débattre avec des intégristes islamistes qui, eux au moins, ont le mérite de s’afficher clairement par rapport à ça, c’est-à-dire à ce que vous avez en commun : l’interdiction qu’ils imposent à la danse du ventre dans pas mal de pays et du droit des femmes à se baigner en maillot de bain.

Ce genre de langage, je n’en disconviens pas, ne sied guère à une certaine espèce de frustrés qui ne peuvent regarder une femme autrement que comme cet objet sexuel dont la moindre partie du corps porte une source d’excitation sexuelle, incarnant de ce fait, pour reprendre la terminologie intégriste, une source potentielle du péché, dans le meilleur des cas, comme des ventres qui mettent au monde des mâles qui nargueront tout au long de leur vie de c… ces « femelles » qu’ils jugeront, condamneront, insulteront, malmèneront, mépriseront… tout en criant dans les espaces publics, dans des rencontres, des conférences, des kermesses où les hypocrites qu’ils sont arboreront pour l’occasion leur habits de citoyens égalitaires réclamant les droits des femmes, leur émancipation… En conclusion, si la danse du ventre doit être interdite au motif qu’elle porte en elle une source de sensualité, elle est en définitive semblable à tout autre style de danse dans le sens où il est question d’utiliser les mouvements du corps dans une certaine logique, une certaine cadence et une certaine suite de mouvements spécifiques qui, à l’origine, tenez-vous bien chers « irgazen à la libido débordante », toutes les danses furent un moyen d’expression corporelle destiné à susciter auprès de l’autre sexe une attirance en vue de l’accouplement, un peu à la manière d’ailleurs de beaucoup d’espèces animales qui recourent à ce procédé dans ce que les biologistes appellent « les parades nuptiales ».

Il y a certes des danses guerrières qui étaient pas moins associées à cet enjeu voluptueux. La danse kabyle en tout cas, ne fait pas partie des héritages guerriers ! Ce n’est qu’après des siècles que chaque danse devient un élément culturel, voire identitaire en s’incrustant dans les traditions qui se mettent en place sur une durée relativement très longue. Partant de ce point de vue purement biologique, ethnologique et anthropologique, il n’y a rien, si ce n’est l’ignorance et la mauvaise foi, qui expliqueraient ces attaquent infondées et complètement inquisitrices dirigées contre la jeune Yasmine. Si la science n’est pas à la portée de ces « vierges effarouchées », qu’ils aient le culot de déclarer toutes les danses prohibées et la gent féminine impure et indigne de liberté.

Quant à la culture et à la langue kabyle, c’est souvent l’histoire du voleur qui crie au voleur ! Autrement dit, ce n’est pas Yasmine qui met en danger sa culture, elle qui projette de faire de sa langue maternelle une des langues de communication de son association. Je crois, en toute sincérité, que ce genre de médisances ne reflète guère l’opinion de la majorité de nous autres Kabyles et imazighen [2], fort heureusement d’ailleurs. Il se trouve hélas, que c’est souvent ceux qui auraient pu se suffire d’une moelle épinière qui sont plus bavards que la majorité.

Il est entièrement recevable de porter des critiques objectives et constructives, on peut même se permettre de conseiller la jeune Yasmine qui vit à Londres avec ses parents, mais de là à aller jusqu’à l’insulter d’une manière aussi abjecte, aussi vile, cela est tout simplement inacceptable et lâche.

Allas Di Tlelli

Notes

[1Hommes

[2Berbères

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*