jeu. Nov 15th, 2018

Abdelkader Hadj Hamou rêvait d’une Algérie à jamais française

Il est intéressant de connaître le point de vue des lettrés de l’époque coloniale vis-à-vis de la colonisation française et de ses bienfaits ou méfaits. Les propos de ce professeur de medersa ne manqueront pas de vous étonner, de vous scandaliser ou de vous ravir.

Abdelkader Hadj Hamou, né en 1891 à Miliana, fils du cadi de la ville a été vice-président de l’Association des Écrivains Algériens fondée par des français algérianistes. Franc-maçon, « Indigène citoyen français ». Professeur d’arabe, titulaire de la chaire de la Grande Mosquée pendant près de 20 ans ; mouderrès à Saint Eugène. Diplômé d’interprétariat judiciaire (tribunaux de 1ère classe). Mort en 1953.

Il a fait ses études à la medersa d’Alger, il poursuit une carrière professionnelle dans la justice sur les traces de son père. Parfait bilingue, il est également professeur d’arabe et diplômé d’interprétariat judiciaire. En 1930 lors des célébrations du centenaire de la présence française en Algérie, il prononce à Sidi Fredj un discours « au nom des écrivains français d’origine arabo-berbère ». Abdelkader Hadj Hamou est l’écrivain algérien de langue française de l’entre deux guerres qui a le plus de contacts avec les auteurs contemporains de la littérature coloniale. Franc-maçon et ami de Robert Randau et de Jean Pomier, il occupe une place importante au sein du mouvement algerianiste. Après la seconde guerre mondiale, il est invité à devenir le vice-président de l’Association des écrivains algériens. Il débute dans la vie littéraire avec une nouvelle en 1925 dans un recueil dont la préface est écrite par Louis Bertrand. L’année suivante il publie le roman Zohra la femme du mineur, puis quelques années après, sous un pseudonyme et avec Robert Randau, Les compagnons du jardin, un dialogue sous forme de récit, considéré comme « la bible de la coexistence entre communautés européennes et indigènes ». On lui doit également plusieurs articles dans les journaux et revues littéraires de l’époque, ainsi qu’une série de contes publiés dans les années quarante. Pour ses publications il a souvent utilisé des pseudonymes comme (El Arabi ou Abdelkader Fikri), et en conséquence possédait deux adresses différentes à Alger.

Fidèle à l’islam, il rêvait d’une Algérie à jamais française, d’une assimilation totale ou la religion de l’autre serait respectée et connue de chacun. A travers son dialogue avec Robert Randau ou à travers ses publications dans les revues, se dessine une vision idéalisée de la coexistence entre les différentes parties de la population de l’Algérie. Beaucoup d’ambiguïtés, une occultation de la réalité coloniale et une très forte acculturation caractérisent ses écrits qui étonnent et qui interpellent le lecteur d’aujourd’hui sur l’intégrité de ses prises de position. Pour mesurer la profondeur de cette assimilation qui veut tout accomplir pour correspondre au discours idéologique dominant de l’époque, voici juste quelques passages étonnants parus dans le mercure de France :

« La France étant par le cœur la plus grande puissance musulmane du monde, tout Français a pour devoir de connaître l’islam et les musulmans »

Ou en parlant de l’influence de la France sur les pays musulmans :

« Ils commencent en Algérie et au Maroc, depuis que le drapeau français y flotte, à comprendre leur religion qu’ils ignoraient (….). La France est venue, ses écoles continuent à dissiper les ténèbres. »

On comprend qu’Abdelkader Hadj Hamou ne soit pas apprécié par les nationalistes algériens et que ses œuvres soient rapidement oubliées par les historiens de la littérature algérienne de langue française. Si son roman, Zohra, la femme du mineur, a été accueilli avec beaucoup de critiques à cause des maladresses dans l’expression et des lourdeurs de style, c’est surtout le dialogue avec Robert Randau, les compagnons du jardin qui a soulevé une critique violent et acerbe, essentiellement à cause de son idéalisme abstrait occultant les réalités du système colonial et de la vie quotidienne des musulmans de l’Algérie de l’entre-deux-guerres. L’itinéraire intellectuel d’Abdelkader Hadj Hamou et sa cohérence interne en font sans doute le plus problématique de tous les auteurs musulmans d’Algérie de l’époque. En effet, comment lire et comprendre aujourd’hui un discours qui est tellement empreint des ambiguïtés nécessaires et illusions inévitables de l’époque ?

Extrait du livre Le roman algérien de langue française de l’entre-deux-guerres, Discours idéologique et quête identitaire de Ferenc Hardi publié chez l’Harmattan, 270 pages.

Lire aussi :

Gloire à la France plus grande puissance musulmane du monde

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *