jeu. Nov 15th, 2018

Alger au XVIIIe siècle : Cabaïlis de Flissa et de Zevawa

Ce texte écrit au XVIIIe siècle prouve, encore une fois, que les Kabyles étaient indépendants avant l’invention de l’Algérie par la France. Malheureusement la haine entre Kabyles ne date pas d’aujourd’hui. Connaître son passé permet de ne pas reproduire les erreurs et d’aller de l’avant. Nous avons gardé les termes utilisés par l’auteur pour désigner les populations et les villages.

La plupart des montagnes, depuis le royaume de Sous jusqu’à la plaine du kairoan, sont peuplées de nations indépendantes. Alger en a deux fameuses qu’il n’a jamais pu soumettre : les Cabaïlis[1] de Flissa et ceux de Zevawa[2]. Les montagnes de Flissa règnent depuis Dellis jusqu’au Collo ; celles de Zevawa sont plus au midi. Les Zevawis[3] ont près de 300 villages ; ils ne payent ni tribut, ni capitation, mais ils se font entre eux une guerre extrême et ne se réunissent que ; contre l’ennemi commun. Ils viennent cependant à Alger et ils y forment même un corps de nation qui a des privilèges ; ils sont chargés d’une patrouille nocturne. Flissa est régie aussi par des chaïks particuliers.

Les Cabaïlis semblent tenir une place intermédiaire entre les hordes sauvages et les nations civilisées. Ils professent la religion mahométane sans entendre cependant l’Alcoran[4]. La plupart ne savent que leur langue très pauvre, très bornée et n’ayant aucun terme abstrait. À peine savent-ils compter jusqu’à mille, ils n’ont point de livres, ni d’écriture ; la mémoire des événements ne s’y conserve que par tradition. Les montagnes inaccessibles dans lesquelles ils vivent les mettent à l’abri des vexations des Turcs, mais entre eux ils se font des guerres éternelles, le plus faible se fait soutenir par le commandant turc le plus voisin, qui profite de ces divisions pour les dévorer. Leur haine est implacable et n’est assouvie que par le sang.

Jean Michel de Venture de Paradis, Tunis et Alger au XVIIIe siècle 

[1] Kabyles
[2] Zwawa (Igawawen)
[3] Les Kabyles
[4] Le Coran

Quelques notes explicatives :

Zwawa (Igawawen) est, chez les auteurs arabes, et selon les arabophones contemporains, un nom masculin pluriel substantif et adjectif de la tribu des Zouaoua Al-Zwâwiz. Les écrivains arabes, géographes, historiens ou chroniqueurs anciens, écrivent le nom Zwâwa sans précision vocalique, ou bien Zuwâwa (Ibn Hawqal, 378/988) ou Zawawa (Ibn Khalikân, 672/127 ‘4). Il en est de même des voyageurs européens, comme l’a fait Venture du Paradis en utilisant Zevawa.
C’est un nom propre, désignant une ethnie non-arabe, berbère. Les Igawawen ou Gawawa constituent huit tribus groupées autrefois en deux confédérations, dont les noms sont encore connus et vivants.
Leur territoire correspond à huit tribus :
On constate que l’ethnique Igawawen n’est utilisé que par les Kabyles de la Haute Kabylie ; il l’est parfois, rarement, par ceux de la basse Kabylie qui ne se sentent pas concernés par ce nom.
Pour des raisons complexes, c’est le nom ethnique Zouaoua (ZWAWA) qui prédomine pour désigner le territoire des Igawawen et ses habitants et, plus largement, toute la Haute Kabylie jusqu’au Sebaou. Cette extension du terme Zouaoua peut en particulier être un résultat de l’organisation administrative du pays kabyle par une puissance politique qui lui est étrangère, turque et française.
Conformément à des dénominations traditionnelles, dont déjà Ibn Khaldoun rassemble les données au XIVe s., dans les pays limitrophes de la Grande Kabylie et plus largement dans le Maghreb Central, on emploie le terme Zouaoua pour désigner les populations de la Grande Kabylie, de Bougie à Dellys et du Djurdjura jusqu’à la Méditerranée, et on n’utilise pas (et même on ignore ordinairement) le nom Igawawen.

 

 

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