Campagnes de Kabylie

Chasse au bœuf

Insurrection des Kabyles en 1871.

Récit d’un militaire qui a participé à la campagne de 1871.

Le camp a été levé à cinq heures du matin et la colonne s’est mise en mouvement dans la direction du sud, vers le Djebel Bou-Zegza ; on passa à 3 ou 4 kilomètres du pic de Zugagha, qui est de 300 mètres moins élevé, mais qui présente pourtant un massif fort imposant, déchiqueté, rongé par le temps, privé de toute verdure, mais blanc par endroits et brillant comme une montagne de glace. Je regrettai de n’en pouvoir tenter l’ascension, mais il fallait suivre la colonne. Tant que l’on fut sur la crête qui sépare les Ouled-ben-Noura des Beni-Mestina, la marche n’eut rien de bien pénible ; mais dès que l’on descendit vers l’Oued-Corso, elle devint plus fatigante que s’il eût fallu monter. Nous traversâmes quelques plantations de figuiers peu vigoureux et de maigres champs de céréales, mais la plus grande partie du terrain était inculte ; la partie supérieure du bassin du Corso n’est pas aussi fertile que sa partie inférieure.

On fit la grand-halte à la source de l’Oued-el-Bahara, l’un des affluents du Corso. Pendant que l’on préparait le café, j’allai m’asseoir à l’ombre, sur une grosse pierre, dans le lit même de ce ruisseau, et j’assaisonnai mon déjeuner de nombreuses rasades d’une eau claire et passablement fraiche. Tout à coup, je vis passer des cavaliers indigènes, au grand galop, et peu après j’entendis plusieurs détonations. Je me hâtai d’armer mon revolver et d’aller à la découverte ; j’eus le spectacle d’une chasse comme on n’en voit pas en France : quelques-uns des nôtres avaient découvert une quinzaine de bêtes à cornes que le gardien essayait de cacher derrière les rochers boisés et escarpés du Drâ-el-Ilafa ; on l’avait tué d’un coup de fusil et l’on avait également tiré sur le troupeau qui se dispersa aux quatre coins de l’horizon. Nos hommes se mirent à la poursuite des vaches ; ceux-ci leur envoyaient des balles ; ceux-là les saisissaient par les cornes et s’efforçaient de les terrasser ; d’aucuns les perçaient à coups de baïonnettes ; d’autres les abattaient avec les hachons qui leur servaient à couper des broussailles ; elles furent dépecées en un clin d’œil sans que l’on prit la peine de les écorcher. Allait se servir qui voulait, il y eut plus de viande qu’on n’en put emporter et j’en vis de gros quartiers qui restaient sur le terrain ; les bêtes de proie eurent aussi leur part ; mais il n’en revint pas un morceau aux colons à qui ces vaches avaient peut-être été dérobées.

 

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Geneviève Harland

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