Chronique

En finir avec le rêve kabyle

Les Kabyles, pauvres et miséreux qu’ils étaient durant le début du siècle dernier ont décidé de construire un idéal et «un rêve» au milieu des souffrances et des tunnels à charbon; un rêve de voir les peuples de l’Afrique du Nord accéder à la liberté et au progrès qu’ils voyaient autour d’eux. Tellement c’était un rêve ils ont donné le nom de l’Etoile Nord-Africaine, ils ont voulu une renaissance à l’européenne, un rêve qui a condamné des millions de Kabyles à donner leur argent à cette organisation, un rêve qui a condamné les Kabyles à être exilés, assassinés pour qu’ils puissent un jour réaliser ce rêve dont rares ceux qui y croyaient en dehors d’eux.

J’écris ces lignes sur une terrasse d’Alger au milieu de constructions coloniales françaises, et des camions de policiers qui se disent entre eux « aujourd’hui on va frapper », parmi eux on distingue le Kabyle et le non Kabyle. Le Kabyle décontracté baisse les yeux vers le sol. Si tu croises son regard, il te sourit et détourne son regard. Par contre le non Kabyle te jette un regard agressif, sa main prête à frapper « Shab Lfarchita »; pour reprendre leurs propos. Je me dis est-ce un prolongement de l’esprit de ces constructions qui hante certains “individus” pour être avec l’esprit de l’étranger de campus ?
Je pense que ce n’est ni l’un ni l’autre car le rêve ne peut être réalité. Les Kabyles ont rêvé, dans les petites chambres parisiennes froides et humides, mais ils ne se sont pas réveillés pour le réaliser.

Un rêve ne peut être réalisé que par le rêveur. La liberté est une conception pour celui qui la conçoit. Les peuples sont différents, les cultures ne se valent pas; mais on a cru aux théories de Marx et d’Engels dans leur idéalisme surhumain. L’Étoile Nord-Africaine est un rêve qui nous a tant coûté.

Aujourd’hui on se réveille petit à petit de notre rêve en prenant conscience de notre réalité. On se sent faible et, telles des mouches, on rase les murs en silence.

Un peuple qui n’a pas d’élites, un peuple qui n’a pas d’État, un peuple qui n’a de langue n’est pas un peuple libre et ses sujets sont voués soit à l’aliénation soit à la disparition.

Quel chemin prendrons-nous ? Celui de la peur ou celui du courage ? Personnellement j’ai connu tant dans de choses dans ma vie, j’ai cru en des dogmes religieux, politiques, philosophiques, économiques et j’en passe. J’ai adhéré à des structures et j’ai fait l’expérience de la vie. Mon vécu me renforce dans l’idée que quel que soit le prix je dois vivre libre.

Athmane Bessalem

 

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