Documents historiques

Faut-il à l’Algérie une armée spéciale ?

Questions spéciales sur l’Algérie.

La question de savoir si l’Algérie devait avoir son armée, ou s’il ne valait pas mieux y envoyer de France, à tour de rôle, les divers régiments, a été vivement controversée ; et les raisons données à l’appui de chaque opinion méritent d’être examinées avec soin.

Les partisans d’une armée spéciale font ressortir le caractère nouveau et tout particulier que prend la guerre en Afrique. Là, en effet, au rebours de ce qui se passe en Europe, il y a peu de sièges, peu de batailles, mais en revanche beaucoup de petits combats ; un ennemi prompt à la fuite et presque insaisissable profite, pour se dérober aux poursuites, des avantages que lui offre un terrain très difficile : il y a donc là, pour les corps venant de France, un apprentissage à faire, et le défaut d’expérience peut entraîner, comme on en a vu plus d’un exemple, les plus funestes conséquences. On ajoute que le climat, agissant d’une manière fâcheuse sur les régiments nouvellement débarqués, réduit considérablement l’effectif; de sorte que dans le cas, possible assurément, d’une guerre européenne. les communications avec la métropole venant à être interceptées, l’armée ne pourrait réparer ses pertes. Tous ces inconvénients disparaîtraient, dit-on, avec une armée propre au pays, le connaissant bien, rompue au genre de guerre qui s’y fait, et parfaitement acclimatée, de manière à pouvoir toujours entrer en campagne dans la plénitude de ses forces.

On répond, dans le système contraire, que si, en Algérie, le soldat n’apprend pas la grande guerre, il y trouve de nombreuses occasions de se former, de s’endurcir à ce mépris des fatigues et du danger qui seront toujours la véritable base de l’éducation militaire : c’est là, pour l’armée entière, un avantage inappréciable en temps de paix, avantage qu’elle ne saurait trouver dans les loisirs des garnisons de France. Quant à ce qu’on allègue au sujet de l’inexpérience des troupes nouvelles et de la funeste influence du climat, il est facile d’y remédier en laissant pendant quelques mois les nouveaux corps dans les garnisons du littoral, et en les encadrant ensuite, pour les employer à un service actif, dans des troupes déjà formées.

Cette dernière opinion a toujours prévalu dans la pratique : on a seulement créé quelques corps destinés spécialement à l’Algérie, et donnant aux autres troupes une coopération basée sur l’expérience. En général ces créations ont amené les meilleurs résultats.

Ajoutons ici, en faveur du système adopté de préférence, une considération importante, et qui, pour ne pas être exclusivement militaire, n’en a pas moins une grande valeur , c’est qu’un séjour de quelques années en Algérie ne peut manquer d’exercer sur l’armée tout entière, sur les chefs comme sur les soldats, une très heureuse influence. Il est certain que le contact de cette immuable race arabe, si bien douée sous certains rapports, que le spectacle de cette forte et grande nature du midi, déjà révélée à la France lors de l’expédition d’Égypte, réagissent d’une manière salutaire sur l’esprit des troupes, et ont pour effet d’élever chez elles le niveau moral et intellectuel. Et, à ce point de vue, ce n’est pas là le seul avantage de l’envoi successif des régiments à cette grande école de l’Afrique ; ces régiments, à leur rentrée en France, rapportent avec eux la connaissance et le goût de la nouvelle colonie; ils les propagent sur toute la surface du pays, et ils rallient de tous côtés, à l’œuvre difficile entreprise en Algérie, des sympathies et d’utiles adhésions.

  1. Lainné, avocat à la cour royale de Paris, 1847.

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Geneviève Harland

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