mer. Déc 12th, 2018

Gloire à la France plus grande puissance musulmane du monde

Discours prononcé par Abdelkader Hadj Hamou en 1930 lors des célébrations du centenaire de la présence française en Algérie.

Mouderrès (1), au nom du Personnel enseignant des Mosquées.

Le 14 juin 1830 nos aïeux prirent peur. Allaient-ils devenir chrétiens malgré eux ? Ils ne connaissaient pas l’esprit libérateur et large de la magnanime nation qui réprouve l’asservissement de l’esprit.

Les troupes débarquèrent et notre terre se mit à s’ouvrir partout et, comme dans les Mille et une Nuits, en jaillirent des jardins, des sources, des roseraies et le pampre aux couleurs vertes de l’espérance et de la vie.

Les troupes mirent pied à terre et une baguette magique transforma nos esprits querelleurs et anarchiques en intelligences vives au service de la paix et de la discipline.

Nos mosquées furent respectées et une parole d’honneur, jamais démentie un instant, nous permit d’éclairer nos frères, enfants ou hommes, sur le culte d’Allah et de la vie. Nous pouvons enseigner à nos frères que l’islam n’est pas une religion de fanatisme, mais de tolérance et de progrès, et nos auditeurs des mosquées d’Algérie sont ravis, nous comprennent et nous suivent dans l’amour commun de la sainte République Française laïque.

Oui, frères musulmans, nous avons le droit de nous réjouir maintenant et de louer Allah d’avoir appelé sur nous le bonheur en nous envoyant ces hommes, aujourd’hui nos amis et nos frères qui vinrent nous délivrer de l’ignorance le 14 juin 1830.

Oh ! La date merveilleuse ! Mais elle inscrite au radium de l’exultation de nos âmes vibrantes ! Mais elle est notre force vitale.

Commerçants, cultivateurs, docteurs, cals, professeurs, ouvriers de la plume ou de la main, nous tous indigènes, nous tenant par la main, déposons aujourd’hui à vos pieds, français, nos frères un bouquet de fleurs représentant notre gratitude que les siècles n’effaceront pas. N’est-ce pas Apulée, n’est-ce pas Ibn Khaldoun, n’est-ce pas Mahomet, toi notre Seigneur aimé qui donna à l’élite humaine le rang des prophètes ?

Pouvons-nous oublier le 14 alors que dans un mois, le 14 aussi nous célébrerons avec vous chers frères français, la prise de la Bastille ? Le 14 juin vous nous avez affranchis pour nous élever, sans restriction aucune, jusqu’à vous. Le 14 j juillet, sous la poussée irrésistible de vos philosophes, les nôtres aussi maintenant, vous avez supprimé la manie de l’autocratie, vous avez abattu les dernières citadelles de l’hypocrisie.

Si aujourd’hui nos consciences sont libres de toute entrave, nous le devons à la sagesse du peuple de France ; si nous pouvons discuter de tout, comme vous, frères français, c’est la République de 1789 qui en décida ainsi, c’est dans vos écoles que nous avons reçu des lumières aussi vives que douces.

France de Bossuet, France de Voltaire, France de Danton, France magnanime, de toutes les libertés humaines, salut !

Au nom du personnel enseignant de toutes les mosquées de l’Algérie, au nom des écrivains français d’origine arabo-berbère, sois bénie, va toujours de l’avant vers la libération de l’esprit humain, né sans entrave.

Et toi, Sidi Ferruch, marabout symbolique et accueillant, et toi, Sidi Fredj qui permis aux armées du bonheur de débarquer sur cette terre autrefois champ de bataille , aujourd’hui usine des inventions scientifiques, palais des poètes et des artistes , toi, marabout vénéré, qui sus semer la banne parole, regarde, si tu le peux, ce peuple frère qui se donne l’accolade avec un amour aussi sincère qu’émouvant.

Dieu, quels pas de géant nous avons fait, guidés par une main maternelle souvent invisible, ta main, France généreuse, ta main qui enseigne en caressant.

Crions, crions sans nous lasser :

Gloire à, la France laïque, pays de l’idéal humain !

Gloire à l’islam tolérant !

Extrait du livre Le roman algérien de langue française de l’entre-deux-guerres, Discours idéologique et quête identitaire de Ferenc Hardi publié chez l’Harmattan, 270 pages.

Notes :

(1) Mouderrès c’est-à-dire professeur dans les mosquées

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