Campagnes de Kabylie

Insurrection de 1871 dans la région de Palestro

Dans la direction de la mer, à 8 kilomètres de notre camp, nous distinguons sur les crêtes des hautes montagnes, qui bordent au sud le Col des Beni-Akba, une masse d’indigènes qui montent, descendent, s’assemblent, se séparent, et ont l’air de se concerter sur le parti à prendre. Ce sont les débris de l’armée des insurgés qui a été mise en déroute le 3 mai, et sans doute aussi les habitants des villages voisins qui se sont enfuis à l’approche de la colonne. Nous en voyons qui aban­donnent leurs foyers et gravissent lentement, comme à regret, les collines natales, pour aller rejoindre le gros des insurgés. L’un d’eux a sans doute oublié quelque chose ; il revient sur ses pas, rentre dans sa maison et ressort presque aussitôt pour s’éloigner de nouveau.

En retournant au camp, nous descendons vers un petit hameau situé au pied du Ben-Lemmo. À en juger par ses restes (car il venait d’être incendié et pillé par nos turcos), il n’avait pas eu l’agréable apparence des villages de la vallée. Il y avait, au milieu des ruines et dans les cendres, du grain brûlé, des vases de terre brisés, des corbeilles de figues, des ruches dispersées et des rayons de miel abandonnés. Cruelles représailles, mais nécessaires et méritées, puisque les habitants de cette contrée ont pris part au sac de Palestro. Dans un des villages des Ammals, occupés dans la journée par nos troupes, on a retrouvé des vases sacrés provenant de l’église de Palestro, et l’un des colons de ce village a été renvoyé à notre camp. Ainsi nous avons sans coup férir obtenu d’importants résultats par cette simple excursion : les Khachnas de la plaine et de la montagne, les Zouatnas, les Ammals, ont fait leur soumission et fourni des otages. La sécurité est désormais assurée dans la partie orientale de la Mitidja. Le Fondouk et l’Alma n’ont plus rien à craindre ; une partie des tribus qui ont détruit Palestro sont déjà châtiées ; nous pouvons maintenant livrer à elle-même la vallée du Corso et pénétrer dans le bassin de l’Isser.

Le 8 mai 1871

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Geneviève Harland

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