La littérature kabyle

Invité de l’A.C. Tiewinin, le professeur Muhend Akli Salhi a animé une conférence-débat sur la situation de la littérature kabyle. En voici un modeste aperçu :

« L’être humain n’est pas un animal sans cervelle qui pense uniquement à dormir et manger. Il a un besoin vital de la culture pour vivre. La littérature dans tous ses genres et sa diversité fait partie intégrante de la culture.
Dans les pays civilisés, la littérature a une place privilégiée par rapport aux autres domaines comme par exemple l’économie. En Algérie, la littérature en général et la littérature kabyle en particulier sont déconsidérées.
La littérature kabyle a le mérite d’exister grâce au militantisme et à la résistance de ses enfants. La littérature kabyle reste invisible. Elle patauge dans l’obscurité. Elle n’a pas les moyens étatiques pour affirmer sa présence, son dynamisme et sa splendeur. Les médias lourds comme les radios et les télévisions ne font rien ou si peu pour la promouvoir. Ils refusent l’accès aux éveilleurs de consciences. Ils préfèrent les chansons à dormir debout.
Ces dernières années, la littérature kabyle commence à sortir de l’ombre grâce aux associations culturelles comme Tiewinin qui donnent la parole aux écrivains, les festivals qui donnent l’opportunité aux écrivains d’exposer et vendre leurs livres, l’internet qui facilite la promotion, l’information, la communication…et certains éditeurs courageux. Les écrivains kabyles ont dû se convertir en éditeurs pour éditer leurs œuvres et contourner l’épineux problème de l’édition.
La littérature kabyle affiche un grand retard par rapport aux autres littératures pour les raisons suivantes :
– Elle a été farouchement combattue par le pouvoir algérien. Elle a été longtemps muselée, réprimée, niée, méprisée…
– Elle a du mal à se départir de son vieux réflexe de littérature orale.
– Elle subit la domination des autres littératures plus performantes car disposant de plus de moyens, de structures, d’assises, de temps…
Les écrivains kabyles ont été obligés d’éditer leurs livres à l’étranger. Il a fallu attendre les années 90 pour voir enfin des livres berbères édités en Algérie.
Pour terminer, je réitère mon optimisme pour prédire de meilleurs jours à la littérature kabyle qui survit héroïquement malgré les multiples obstacles dressés par le pouvoir algérien.
La littérature kabyle peut prospérer grâce au dynamisme de ses écrivains, ses lecteurs, ses libraires, ses enseignants, ses éditeurs et tous les autres acteurs qui gravitent dans le secteur ».

Par Boussad Hammar Amazigh

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