jeu. Déc 13th, 2018

« Les Arabes ignorants deviendront civilisés et instruits »

Nous savons et connaissons comme un fait vérifié par l’expérience de chaque jour que le gouvernement français n’a pas de plus cher désir que de voir la prospérité du territoire algérien et l’augmentation de sa richesse, et que le but qu’il poursuit est la mise en valeur des territoires et leur peuplement, l’ouverture de nouvelles voies, l’amélioration des anciens chemins, les facilités fournies aux voyageurs, commerçants ou autres, et enfin l’assimilation entre les deux peuples musulman et français.

Or, il est incontestable qu’il résultera de tous ces efforts un grand avantage pour le pays, que la terre sera mise en valeur par des plantations et par de belles cultures, que les musulmans, prenant modèle sur les Français et les fréquentant, amélioreront leurs procédés d’agriculture et qu’une transformation s’opérant chez les Arabes, ils deviendront savants, d’ignorants qu’ils étaient, et civilisés et instruits, de grossiers qu’ils se trouvaient.

Ces modifications entraîneront avec elles, la paix ; les populations vivront dans la sécurité pour elles et pour leurs biens, le bonheur sera général et la subsistance de chacun se trouvera assurée.

Malheureusement, le gouvernement ne s’occupe pas d’une chose très importante, d’une affaire de la dernière gravité qui vient entraver complètement le but qu’on se propose et anéantir les progrès et les résultats de tant d’efforts : c’est comme un poison mortel dont aucun remède ne peut combattre les effets délétères.

Ce terrible fléau, c’est qu’un grand nombre d’habitants arabes de la campagne en Algérie n’ont d’autre métier et d’autre occupation que le mal : ils ne font autre chose que de ravir les biens des gens et attaquer, de nuit, leurs propriétaires, dans les douars, dans les villages, dans les fermes isolées et ailleurs.

Or, sous le gouvernement de l’Islam, les voleurs étaient punis d’une façon exemplaire : on les mettait à mort, on les frappait de la bastonnade, on les mettait en prison, on leur coupait les membres ; aussi, étaient-ils tenus dans une crainte salutaire par ces châtiments.

Dans les premiers temps, ils étaient soumis aux décisions de l’autorité militaire, et ces décisions, indépendantes de toute règle légale, rappelaient, en partie, la manière dont les voleurs étaient punis sous le gouvernement de l’Islam ; aussi, les voleurs étaient-ils, de même, maintenus dans la crainte et la terreur.

El Mekki Ben Badis in Exposé des lois répressives pouvant s’appliquer aux voleurs de la campagne en Algérie, Constantine, le 15 juillet 1875.

EL-MEKKI BEN-BADIS, Cadi de la ville de Constantine, membre du Conseil général de la province de Constantine, Chevalier de la Légion d’honneur, assesseur près le tribunal civil de Constantine, était le grand-père de Abdelhamid Ben Badis, père de la Nation algérienne.

 

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